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Agent immobilier

L'agresseur avait «perdu le contrôle»

Un ex-agent immobilier accusé d’agression sexuelle a expliqué que ses émotions avaient «pris le dessus»

André Diotte
Photo Martin Alarie

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Après avoir qualifié son geste de simple «accident», un courtier accusé d’agression sexuelle sur une de ses clientes a finalement reconnu avoir «perdu le contrôle» et s’est excusé auprès de la présumée victime.

Après avoir qualifié son geste de simple «accident», un courtier accusé d’agression sexuelle sur une de ses clientes a finalement reconnu avoir «perdu le contrôle» et s’est excusé auprès de la présumée victime.

«C’était vraiment un accident (...). Ç’a glissé un petit peu, ce sont mes émotions qui ont pris le dessus (...). Oui j’ai perdu le contrôle (...). J’ai fais une erreur et je m’en excuse», a déclaré André Diotte d’une voix claire et posée, dans une écoute électronique entendue hier en cour.

Cet ancien agent immobilier, dont le procès s’est ouvert lundi au palais de justice de Laval, est accusé d’avoir agressé sexuellement une de ses clientes alors qu’il procédait à l’évaluation financière de sa maison, le 1er décembre 2011.

Peu convaincue d’obtenir des aveux à l’époque, la police de Laval avait décidé de tendre un piège au courtier - avec la collaboration de la présumée victime (qu’on ne peut nommer) - en le mettant sur écoute.

Appelée à la barre hier, la cliente de M. Diotte a revécu, difficilement, l’intégralité de la conversation de 27 minutes qu’elle a tenue avec son agresseur un peu plus d’un mois après les faits (voir encadré). Très affectée par la situation, elle a laissé couler quelques larmes et s’est bouché les oreilles lors de certains passages. Assis au fond de la salle, l’accusé avait les mains croisées et faisait de temps à autre craquer ses doigts.

Témoignage éprouvant

La présumée victime a ensuite raconté au juge, en détails, la journée de son agression. Vers 9h, après avoir fait le tour de la résidence avec la propriétaire, André Diotte serait rapidement entré dans le vif du sujet en lui confiant : «j’ai des problèmes avec ma femme, ça fait un mois qu’elle ne me laisse plus la toucher». Par la suite, il aurait pris sa cliente par la taille, mais celle-ci se serait immédiatement dégagée.

La présumée victime aurait alors tenté de changer de conversation. Mais le courtier se serait assis sur un sofa, avant de se lever puis de s’approcher d’elle à nouveau. «Il m’a pris les poignets, m’a accotée contre le mur, m’a fixé les bras en hauteur et il m’a écrasée», a-t-elle raconté.

Il aurait commencé à l’embrasser mais devant les cris et les réticences de la femme, se serait arrêté. Il tremblait. Cette dernière aurait tenté de l’apaiser, en lui disant qu’elle avait peur et en le priant une nouvelle fois de partir.

Mais l’accusé aurait alors redoublé de violence. Il l’aurait attrapée par les cheveux avant de la traîner, tête contre le mur, dans une petite chambre où il l’aurait jetée sur un lit. «J’ai vu toute l’agressivité dans ses yeux (...). Il me touchait comme s’il n’avait jamais vu de femme de sa vie. Il était comme un animal», a témoigné la présumée victime.

Volonté de dénoncer

Après avoir été forcée à commettre des actes sexuels, la femme se serait réfugiée dans la salle de bain pour vomir. En sortant, elle a retrouvé M. Diotte, très calme. «Il était comme un être humain normal», rapporte-t-elle. À cet instant, il lui aurait lancé : «Dis-toi que ce sont des émotions, ça ne fait de mal à personne, ça ne fait que du bien», avant de la remercier et de quitter la résidence.

Après être passée par des phases de colère, d’incompréhension et de désespoir, la présumée victime s’est rapidement décidée à contacter la police, inquiète à l’idée que M. Diotte puisse recommencer. «J’ai toujours dit dans ma vie qu’il ne fallait pas laisser une injustice passer», a-t-elle confiée. Son témoignage se poursuit aujourd’hui avec le contre-interrogatoire de la défense.

 

Ce qu’André Diotte a dit à sa cliente sur l’écoute électronique
«
Je n’ai pas d’autres réponses à te donner, à part que j’ai fait une erreur, c’est infiniment dommage et plate mais c’est très difficile à contenir des émotions. C’est la première fois que ça m’arrive [...]. C’est malheureux, ça aurait pas dû arriver »
«
Ostie de câlisse que je m’en veux, c’est pas une façon d’agir. Ça se peut pas ce que j’ai fait [...]. C’est la première fois que ça m’arrive et je ne veux plus jamais que ça arrive. Je t’offre toutes mes excuses »
«
Je n’ai pas voulu te faire de mal. Je ne sais pas quoi te dire. Il faut que tu comprennes, je n’ai vraiment pas voulu te faire de mal »
«
Ç’a pas été facile pour moi non plus après. J’étais pas fier de moi, normalement j’ai le contrôle de moi-même »
«
Je ne suis pas dangereux pour cinq cents. Je suis un gros niaiseux, jamais personne n’a peur de moi »
«
Dans ta tête et dans ton cœur je pense comprendre que je t’ai fait mal et je m’en excuse »
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