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Politique | Livre

Un deal qui n’en était pas un

Une biographie non autorisée de Brian Mulroney apporte un éclairage nouveau sur sa mésentente avec Lucien Bouchard

Brian Mulroney
Photo courtoisie

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Contrairement à ce que prétend Brian Mulroney, Lucien Bouchard n’a pas fait un «deal» avec le Parti québécois avant de quitter avec fracas son gouvernement un mois avant l’échéance de l’accord du lac Meech, suggère une nouvelle biographie.

Contrairement à ce que prétend Brian Mulroney, Lucien Bouchard n’a pas fait un «deal» avec le Parti québécois avant de quitter avec fracas son gouvernement un mois avant l’échéance de l’accord du lac Meech, suggère une nouvelle biographie.

Une biographie non autorisée intitulée Brian Mulroney – L’homme des beaux risques à paraître le 3 septembre, met en doute la théorie de l’ex-chef conservateur. À l’aide de multiples entrevues, l’auteur et journaliste Guy Gendron revient sur la chaîne des événements ayant précédé la «rupture» de cette longue amitié entre les deux hommes.

«Je pense que je déconstruis sa version qu’il a dans son autobiographie du télégramme», explique M. Gendron, en entrevue avec Le Journal.

L’auteur apporte ainsi un éclairage nouveau sur l’argument voulant que Jacques Parizeau, alors chef de l’opposition à Québec, ait lui-même rédigé le fameux télégramme que Lucien Bouchard a envoyé au Conseil national du Parti québécois, à Alma en mai 1990. Dix ans après l’échec du premier référendum de 1980, le ministre conservateur y vantait René Lévesque qui, écrivait-il, «a fait découvrir aux Québécois le droit inaliénable de décider eux-mêmes de leur destin».

S’il est vrai que David Cliche, un souverainiste convaincu et conseiller de M. Bouchard, avait soumis l’idée du télégramme au chef péquiste quelques jours avant le Conseil d’Alma, la missive a, elle, été rédigée par le ministre, alors poussé par son mécontentement à l’égard des conclusions du rapport Charest sur l’impasse constitutionnelle. Aucune des suggestions proposées par M. Parizeau pour rendre le message «plus nationaliste» n’a été retenue si ce n’est que des «changements cosmétiques».

Bernard Landry, mandaté par M. Parizeau pour recruter en coulisse les députés fédéraux mécontents de la tournure des discussions entourant Meech, afin éventuellement de créer le Bloc québécois, confirme aussi que M. Bouchard n’était pas à ce moment-là dans leurs «plans» en raison de son amitié avec M. Mulroney.

Coup d’éclat

On y découvre aussi l’origine de la fuite de la lettre de démission de M. Bouchard en première page du quotidien Le Devoir. Cette lettre a été perçue comme un coup d’éclat de sa part alors qu’il s’agissait plutôt du coup de chance d’une journaliste qui se dirigeait vers le bureau de M. Bouchard au moment où son assistante en dictait la rédaction.

Guy Gendron a commencé son projet par une série biographique sur M. Mulroney présentée à Radio-Canada, avant de pousser l’aventure 400 pages plus loin, avec l’écriture d’un livre. L’auteur revient sur le parcours de premier ministre du «petit gars de Baie-Comeau», un Anglo-Québécois catholique d’origine irlandaise. On y apprend que le thème de la réconciliation nationale et l’idée du caractère distinct du Québec se retrouvaient déjà, en 1959, dans la thèse universitaire du jeune étudiant de 19 ans.

Le livre revient aussi sur son élection à la tête du Parti progressiste-conservateur en 1983, l’accord de libre-échange, le bras de fer mené contre Margaret Thatcher contre l’apartheid, ses amitiés avec Ronald Reagan et François Mitterand et ses déboires dans l’affaire Airbus quil’ont hanté pendant 15 ans.

Extraits
«
J’avais prôné une politique de bilinguisme officiel, bien avant monsieur Trudeau. C’était en 1962. Alors je suis pas mal fier de ça aujourd’hui.»

«
La mort de Meech m’a terrassé, m’a presque tué sur le spot. (…) Pour moi, c’était comme un décès dans la famille. Ça m’a complètement matraqué. C’était le pire moment de ma vie politique ou même, je pense parfois, de ma vie entière.»
— Brian Mulroney
«
Le Québec et ses habitants sont différents du reste du Canada. Mais pas de manière irréconciliable.»
— Tiré de sa thèse universitaire écrite à 19 ans.
«
Je pense que c’est une série de malentendus et de gestes pas très bien pensés qui ont mené à la rupture. D’abord, je pense que Brian et son entourage ont surréagi lorsque Lucien a envoyé son fameux télégramme pour célébrer l’anniversaire [du référendum].»
— Son ami et conseiller, Peter White
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