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Le charme de Tony

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Avec sa beauté virile, son regard perçant et son sourire carnivore, l’homme qui témoigne cette semaine à la commission Charbonneau écrase de son charisme les commissaires qui l’interrogent. Tony Accurso est à l’image des immenses chantiers qu’il a construits partout à travers le Québec.

Avec sa beauté virile, son regard perçant et son sourire carnivore, l’homme qui témoigne cette semaine à la commission Charbonneau écrase de son charisme les commissaires qui l’interrogent. Tony Accurso est à l’image des immenses chantiers qu’il a construits partout à travers le Québec.

C’est un meneur d’hommes, un entrepreneur visionnaire qui a bâti un empire à la force de sa compétence, de ses talents et de son incommensurable ambition de réussir et de s’enrichir.

Les centaines d’accusations de corruption, de collusion et autres méfaits qui s’abattent sur lui ne semblent pas avoir affaibli sa volonté de vaincre ses ennemis, c’est-à-dire tous les citoyens qui croient que l’éthique doit imposer ses règles dans la société. Tony Accurso n’a pas lu Le Prince de son compatriote Machiavel, mais il a su intuitionner sa philosophie sur l’être humain. Il connaît la faiblesse humaine, il sait que rares, très rares sont ceux qui échappent à la flatterie, aux privilèges et à l’argent.

L’amitié, à ses yeux, semble indissociable de l’intérêt. Cela s’appelle le renvoi de l’ascenseur. Et lorsqu’on devient il cavaliere, entouré de courtisans, on fait son chemin tout seul. L’on se moque des lois et des règlements qui entravent la montée vers la puissance, ce qui fut le parcours de Tony Accurso jusqu’à ces récentes années.

Un bon Québécois

Dans son témoignage, l’homme a fait son acte de foi québécois. Il veut faire savoir qu’il a hautement contribué à construire le Québec, sa terre natale. Il croit aussi au syndicalisme et en particulier à la FTQ, et il vénère le Fonds de solidarité de la FTQ, cette institution qui l’a nourri, enrichi et à laquelle il a renvoyé lui-même l’ascenseur à hauteur de 95 M$ au cours des années. Sur cette foi exprimée, il dit vrai. C’était l’entrepreneur le plus performant, le plus professionnel, le plus efficace. Mais à quel prix, au propre comme au figuré?

Ceux qui espèrent qu’il s’incrimine font preuve de naïveté ou d’ignorance. Un tel homme non seulement ne tombe pas dans les pièges que pourraient lui tendre les procureurs de la commission, mais il protégera ceux qui l’ont servi dans sa carrière, car il n’ignore pas que le silence est d’or et que la loi du silence est plus forte que la loi elle-même.

Redevables

En ce sens, son bateau n’a jamais eu l’allure d’un bateau ivre. Ceux qui en franchissaient la passerelle lui étaient redevables et pénétraient dans le cercle de la connivence qui peut être une forme de complicité.

Ceux qui seraient tentés de croire que ce portrait de Tony Accurso lui est favorable se trompent. Comment comprendre que l’homme a pu atteindre pareille réussite si on le diabolise ou le sous-estime? L’homme possède des qualités remarquables, et avant tout une intime connaissance de l’âme humaine qu’il sait si bien manipuler.

Il pourra sortir indemne des interrogatoires de la commission Charbonneau. Ce sont les tribunaux qui décideront si monsieur Tony Accurso, grand bâtisseur québécois, est coupable d’avoir eu la faiblesse de laisser la puissance et l’argent l’enivrer par-delà ses talents.

 

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