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Documents judiciaires troublants

L’UPAC n’échapperait pas à la corruption

Un appel anonyme a mené à enquêter sur l’ex-patron de l’informatique du ministère de la Sécurité publique

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Accusé de fraude par l’UPAC, l’ex-patron de l’informatique du ministère de la Sécurité publique Abdelaziz Younsi aurait contourné les règles pour tenter de favoriser une compagnie pendant qu’il travaillait… avec l’UPAC.

Accusé de fraude par l’UPAC, l’ex-patron de l’informatique du ministère de la Sécurité publique Abdelaziz Younsi aurait contourné les règles pour tenter de favoriser une compagnie pendant qu’il travaillait… avec l’UPAC.

Des documents judiciaires dont l’interdit de publication a partiellement été levé hier par le tribunal montrent que des malversations présumées se sont répétées au cours des dernières années sans que l’UPAC ou le ministère mènent d’enquête dans leur propre cour.

C’est seulement après une dénonciation anonyme sur sa ligne 1 888 que l’UPAC s’est penchée sur le cas de son grand patron de l’informatique du ministère.

Ces documents concernent l’enquête qui a mené à l’arrestation, en juin, de deux noms connus à Québec: Abdelaziz Younsi, ex-directeur des technologies de l’information du ministère, et Mohamed El Khayat, dirigeant de la firme informatique de Québec EBR.

Les deux hommes sont accusés d’abus de confiance, de fraude (évaluée à 400 000 $) et de fabrication de faux. Les autorités les soupçonnent d’avoir bâti un stratagème frauduleux par lequel au moins un contrat public aurait été obtenu en échange de pots-de-vin. D’ailleurs, l’UPAC écrit vouloir obtenir «tous les documents faisant mention de voyage, de voyage de chasse [...]» auxquels auraient participé les deux hommes.

En lien avec l’UPAC

Les documents montrent notamment que Younsi a déjà lui-même contacté un employé de l’UPAC responsable de la sécurité informatique afin de lui parler d’un produit spécifique à acquérir. En temps normal, il aurait dû présenter une «brochette de produits» et non pas un produit spécifique.

Dans une rencontre ultérieure concernant ce même produit, un représentant de la firme EBR s’est étrangement présenté devant l’UPAC alors qu’il n’était pas inscrit au registre des lobbyistes. Quelqu’un avait visiblement impliqué EBR dans le processus et ce n’était pas l’UPAC.

Un autre événement concernant l’acquisition de bracelets électroniques témoignait aussi d’un rapprochement entre Younsi et EBR. Malgré ces situations, ni l’UPAC ni le ministère n’ont cru bon d’enclencher une enquête sur cette apparence de proximité. C’est plutôt un autre contrat qui a mené aux accusations, celui-ci visant l’acquisition d’ordinateurs portables pour 3,6 M$, octroyé par le ministère à EBR de 2011 à 2014.

Où est l’argent?

Des centaines de milliers de dollars ainsi versés par EBR n’auraient pas servi à payer les ordinateurs et se seraient transformés en crédits. Cette somme d’argent atteignant plus de 400 000 $ et que les enquêteurs ont tenté de retracer est au cœur de l’enquête. «C’est entre mes mains», a déjà dit Younsi à un collègue qui lui demandait ce qu’il faisait avec ces crédits.

Selon les documents, une collègue de Younsi au ministère aurait même mentionné devoir «tenir une comptabilité parallèle, différente de la réalité» relativement à un contrat avec EBR.

 

Les enquêteurs souhaitent obtenir:
«
Tous documents faisant mention de voyage, de voyage de chasse ou autre type de voyage ou de loisir; billets d’avion, relevé de carte de crédit, agenda, note, photo, etc. [...] auxquels auraient participé Abdelaziz Younsi et Mohamed el Khayat au même moment »
extraits des documents judiciaires
Un fonctionnaire, collègue de Younsi, aurait déjà affirmé avoir dû « tenir une comptabilité parallèle, différente de la réalité, sur le nombre de PC (personal computers) de table livrés par la firme EBR »
Un cadre en informatique du ministère de la Sécurité publique dit à une employée de l’UPAC que « l’UPAC devrait s’intéresser aux compagnies à trois lettres »
«
(Un cadre en sécurité informatique au ministère de la Sécurité publique) ajoute qu’à sa connaissance, avant l’arrivée d’Abdelaziz Younsi, aucune transaction n’avait eu lieu entre la Direction des technologies de l’information et la firme EBR »
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