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Relations incestueuses

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Le témoignage de l’ex-président d’Hydro-Québec, André Caillé, devant la Commission Charbonneau a levé le voile sur les étroites relations entre le gouvernement au pouvoir à Québec et la direction d’Hydro.

Le témoignage de l’ex-président d’Hydro-Québec, André Caillé, devant la Commission Charbonneau a levé le voile sur les étroites relations entre le gouvernement au pouvoir à Québec et la direction d’Hydro.

André Caillé a été nommé président-directeur général d’Hydro en 1995 par le gouvernement de Lucien Bouchard. Il a révélé devant la commission qu’il lunchait presque toutes les semaines avec le premier ministre, ce qui est le privilège de quelques très rares personnes seulement. Le Grand Verglas de 1998 les a rapprochés encore plus.

M. Caillé rencontrait le ministre des Finances d’alors, Bernard Landry, moins souvent, certes, mais avec assiduité et le ministre des Ressources naturelles, une ou deux fois par mois.

Des commandes politiques

Y a-t-il encore quelqu’un au Québec pour croire qu’Hydro-Québec ne répond pas à des commandes politiques autant pour le développement et le lancement de projets, ses approvisionnements auprès de différentes filières énergétiques (minicentrales hydroélectriques, éoliennes…), ses demandes de hausses tarifaires à la Régie de l’énergie?

Un premier ministre et son ministre des Finances suivent de près au cours d’un exercice financier le rendement de la société d’État. Hydro-Québec verse près de 3 G$ en dividendes au gouvernement. Elle est la troisième source de revenus autonome du gouvernement après les impôts et les taxes sur les ventes au détail.

M. Caillé n’a d’ailleurs pas fait mystère qu’il avait compris en 1995 que son mandat était de faire rentrer un maximum de dividendes au gouvernement, tout en vendant l’électricité à bons coûts aux Québécois.

Contrôle de l’information

D’autre part, si le premier ministre, ses ministres des Finances et des Ressources naturelles entretenaient des relations suivies avec le président d’Hydro, toutes les demandes d’informations provenant d’autres personnes de l’appareil gouvernemental, cabinets de ministres, députés, attachés politiques, étaient canalisées vers Me Marie-Josée Nadeau, vice-présidente corporative, responsable du Service des relations gouvernementales.

Les décideurs à l’intérieur de la société d’État étaient de la sorte à l’abri de pressions ou de demandes d’informations pouvant profiter à des firmes de génie ou à des entrepreneurs, a expliqué M. Caillé. Hydro contrôle ainsi la circulation d’informations sensibles en direction des appareils politiques.

À une seule reprise d’ailleurs, selon M. Caillé, l’entrepreneur-collecteur de fonds pour le PLQ, Marc Bibeau, ami de Jean Charest, s’est essayé en demandant des informations sur des firmes de génie qui auraient obtenu ou seraient susceptibles de profiter de contrats d’Hydro-Québec.

L’expertise

Hydro-Québec se protège enfin contre la collusion ou les demandes non justifiées de dépassements de coûts en cours de réalisation de projets, en développant et en conservant l’expertise de son capital humain, en particulier ses ingénieurs. Tout donneur d’ouvrage doit posséder son propre service de génie et son expertise.

Le témoignage d’André Caillé ne fut pas spectaculaire. La barre était haute après le passage de Tony Accurso. Il aura cependant fourni aux Québécois un cours 101 sur les relations brumeuses entre le président d’Hydro-Québec, le premier ministre et ses ministres des Finances et des Ressources naturelles.

De plus, ses remarques sur la précieuse importance de l’expertise interne et la mise à l’abri des gestionnaires de pressions externes inspireront certainement des recommandations des commissaires.

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