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Une orange pour la rentrée

Une orange pour la rentrée
illustration colagene.com, benoit tardif

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Mes camarades de classe se tenaient fièrement sur l’estrade dans un costume de scène. C’était la chorale. Avec des papillons au ventre, j’attendais ma chanson préférée, celle de l’orange.

Mes camarades de classe se tenaient fièrement sur l’estrade dans un costume de scène. C’était la chorale. Avec des papillons au ventre, j’attendais ma chanson préférée, celle de l’orange.

Une orange se balance sur un oranger

Une fille sous ses branches chante au vent léger

Va vers mon amour, jolie chanson, jolie ballade

Fais venir le jour où il viendra pour me donner son nom

Certes, j'étais un peu romantique. Et puis naïve aussi, puisque j'ignorais que «donner son nom» voulait dire se marier et prendre le nom de son époux.

Dans mon univers post-hippie, les gens se mariaient peu et les enfants portaient deux noms. On apprend de tout, dans les chansons...

Rêver, chanter

Je n'avais jamais vraiment voulu chanter, mais après avoir quelques fois entendu cette chorale, j'ai eu très envie de m’y mettre. Mais je n'ai jamais pu. La chorale relevait de l’église voisine et on ne pouvait y chanter sans être baptisé. Je n'étais pas baptisée.

J'ai un vague souvenir que ma mère a tenté quelques manigances pour contourner le règlement. Il n’y avait rien à faire: je ne chanterais pas. C'est dommage quand on y pense: tout le monde trouvait que j’étais trop enfermée dans mes pensées, ils ont manqué une belle occasion de me sortir un peu de ma tête.

Mais je vous rassure tout de même – et le ministre de l’Éducation aussi - je n'en suis pas morte. Vraiment pas. Je vais même plutôt bien. Ça aura, certes, pris presque 30 ans et une machine de karaoké pour que me revienne l'envie de chanter, mais c’est un détail insignifiant dans le cours d’une vie. On ne meurt pas de ne pas pouvoir chanter dans la chorale.

Ce qui est bête, c'est que personne ne serait mort de me laisser chanter. Quelqu'un aurait pu accepter de revoir le règlement, de réfléchir à ce que ça voulait dire pour une enfant, d'y voir une occasion de mieux m'intégrer. Tout indique que même si une petite mécréante avait gagné le droit de s’époumoner sur l’histoire d’une orange, la vie du village aurait continué normalement.

Rêver, mieux vivre

L’école est censée être le lieu de l’égalité des chances, même si ce concept est toujours imparfait. À ce titre, elle a aussi le mandat de donner aux enfants accès à des expériences culturelles qu’ils ne vivent pas toujours ailleurs. Ils chantent, ils voient des spectacles, ils apprennent des histoires, ils lisent, ils dansent, ils dessinent, ils sont confrontés à des images...

Mais on sait bien que l’accès à la culture, comme aux livres, est très inégal d’une commission scolaire à l’autre et que la situation est particulièrement criante dans les milieux ruraux.

Une étude de la Fédération des professionnelles et professionnels de l’éducation du Québec (CSQ) de 2013 nous apprenait que près de 30% des commissions scolaires n’ont pas de bibliothécaires. Qu’en est-il de l’égalité dans ce contexte?

Parce qu’une fois qu’il est entendu que les enfants ne mourront pas d’avoir accès à moins de livres, on peut aussi se demander si ça leur permettrait de mieux vivre. Appelons ça une approche préventive.

 

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