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À moins d'une semaine du vote en Écosse

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Je parlais la semaine passée du référendum sur l'indépendance de l'Écosse. À cette date, le NON restait en tête mais le OUI semblait avoir un léger momemtum.

À 5 jours du vote, est-ce la situation a changé? La réponse est difficile. Premièrement, pour la première fois de la campagne, un sondage a eu le OUI en tête. Et récemment, un 2e sondage avait le OUI même largement en avance. En même temps, la majorité des sondages continuent d'avoir le NON en tête. Et la taille d'échantillon du sondage avec le OUI devant était relativement faible (705 répondants, en ligne). Au final, il semble que la course soit très serrée dans cette dernière ligne droite. Et comme toujours dans ce cas, chaque nouveau sondage avec ses variation de quelques points cause de grands titres et analyses dans les journaux. Un jour le OUI est en progression constante, le lendemain le NON est assuré de gagner. Bien sûr, si l'on regarde tous les sondages, on voit une situation différente.

J'ai pris tous les sondages faits depuis le 2 septembre (j'y ai ajouté le sondage ICM/Telegraph avec le OUI largement devant vu que la page wiki ne l'avait pas) et j'ai fait une moyenne. En procédant ainsi (et en ignorant ainsi les différentes tailles d'échantillons (elles sont toutes entre 700 et 1200) ou les méthodologies), j'obtiens que le OUI est à 44%, le NON à 46.4% et les indécis à 9.4%. En attribuant les indécis proportionellement, le NON l'emporterait 51.3% à 48.7%.

Est-ce que cela est significatif? Vu que la moyenne se base sur 8 sondages totalisant une taille d'échantillon de plus de 8000 observations, la réponse est oui, mais de peu (il faut une avance de 2.2 points pour être significatif à 95%). Et n'oublions pas que cela ne tient compte que de l'incetitude statistique normale. Or, nous le savons bien, les sondages ont bien davantage d'incertitude en raison de la méthodologie, du nombre de personnes qui ne répondent pas ou bien sûr du fait que les électeurs peuvent changer d'avis. Une avance de 2-3 points avec 9% d'indécis n'est de loin pas assurée. Surtout que nous avons maintenant des sondages donnant le OUI en tête (cela reste un fait majeur; En effet, une avance de 3 point est petite, mais si 10 sondages donnent la même avance, il reste bien peu d'incertitude).

La semaine passée, j'expliquais qu'il ne semblait pas y avoir "d'indépendantistes cachés" et que ces indécis devraient se répartir au mieux 50-50 (ou proportionnellement) ou vers le NON (l'option la moins risquée, ce qui est normalement l'option par défaut des indécis). Cependant, la tendance récente montre que le camp du OUI récupère davantage de ces indécis que le camp du NON. Le graphique ci-dessous vous montre l'avance du NON (donc un résultat négatif montre le OUI devant) et le pourcentage d'indécis dans chaque sondage depuis le mois de juin.

Indécis et avance du NON Écosse

Comme vous pouvez le voir, à mesure que le  nombre d'électeurs Écossais indécis diminue, l'avance du NON fond. Cependant, statistiquement parlant, la corrélation n'est pas significative. Cela peut sembler étrange à la vue de ce graphique, mais le test significatif montre une relation loin d'être significative. Il faut dire que le graphique est possiblement trompeur car la tendance élimine toutes les variations. Or, comme vous pouvez le voir, il y a beaucoup de "bruit" (beaucoup de variations si vous voulez). De plus, si l'on ne prend que les sondages récents (de ce mois-ci par exemple), la tendance disparaît.

Étant donné qu'il reste 9% de ces indécis actuellement (en moyenne), le camp du OUI a besoin d'aller chercher 5.5 points de ces 9% (ou, si vous préférez, 60% des indécis). Cela ne semble de loin pas être une tâche impossible pour les indépendantistes Écossais. Si l'on se fie à la tendance, on devrait même conclure que cela est vraisemblabe! En utilisant une régression toute simple, on obtient que l'avance du NON baisse de 0.1 point pour chaque baisse de 1 point de pourcentage du nombre d'indécis.Vu qu'il en reste environ 9-10%, cela veut dire que si la tendance se maintient, à 0% d'indécis, l'avance du NON sera d'environ 1 point de pourcentage de moins que maintenant. Vu que l'avance actuelle est de 2.4 points, cela ferait en sorte que le NON l'emporterait par 1.4 point environ. En d'autres termes, même si la tendance continue (et rappelons que cette tendance n'est pas statistiquement significative), le OUI perdrait quand même.

Pour espérer gagner, le camp du OUI se doit vraiment d'aller chercher encore davantage d'indécis que ce que nous avons observé jusqu'à maintenant. De plus, nous partons ici du principe que ces sondages ne sur ou sous-estiment pas l'une des options. Or, si le référendum du Québec de 95 est d'aucune indication, on peut facilement imaginer que les sondages sous-estiment le nombre d'indécis (ou d'électeurs peu sûrs de leur choix) qui opteront finalement pour le NON. Après tout, en 95, le OUI avait le vent dans les voile selon les sondages de la dernière semaine. Or, les indécis restant (qui représentaient aussi à cette époque là environ 10%) ont finalement choisi le NON (note: je connais bien le cas de 95 et je n'ai pas le temps ni l'envie de recommencer le débat concernant d'éventuelles fraudes). Je l'avais dit la semaine passée et je persiste à penser que pour obtenir une victoire du OUI, il faudrait que cette option soit en tête dans les sondages, et assez largement. La tâche pour les indépendantistes Écossais n'est de loin pas facile. Ils doivent aller chercher une majorité des indécis restants tout en conservant les votes techniquement acquis.

En conclusion, il est vraiment difficile de prévoir ce qui arrivera le 18 septembre. Les sondages actuels montrent que le NON devrait l'emporter. Cependant, la tendance récente et le nombre d'indécis font en sorte que tout peut arriver. L'intuition me fait penser que le NON reste cependant favori. Mais je ferai une dernière mise à jour la veille du référendum.

4 commentaire(s)

J-F. Couture dit :
14 septembre 2014 à 6 h 53 min

Et si «la tendance se maintient», les «bonshommes sept-heures» porteurs de menaces, vont tendre à se multiplier à la vitesse grand «V», le tout accompagné de grandes déclarations d'amour, la main sur le cœur, faisant diminuer au même rythme le nombre d'Écossais tentés de voter «OUI». Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose?

Gilles Bousquet dit :
14 septembre 2014 à 8 h 26 min

Peut-être que OUI, peut-être que NON à la question, au 18 septembre, attendons.

Pete dit :
14 septembre 2014 à 12 h 08 min

Les "Caribous" écossais vont vivre le choc de la réalité le 18 septembre prochain comme nous l'avons vécu en 1995 et encore une fois ce sera les médias qui auront entretenu l'espoir du OUI jusqu'au bout...

Jean-Luc Proulx dit :
14 septembre 2014 à 20 h 09 min

@ Bryan.

«vers le NON (l’option la moins risquée, ce qui est normalement l’option par défaut des indécis)»

Peut-être pour l'électeur moyen québécois mais peut-être pas pour l'électeur moyen écossais (plus jeune, plus ambitieux, plus soucieux d'un avenir collectif, moins multiculturaliste). Tu peux difficilement comparer un Écossais moyen avec un Québécois moyen.

Au fait, je sais que tu ne fais plus de commentaire politique et que tu te limites plus à l'analyse des sondages mais j'aimerais beaucoup lire le fédéraliste que tu es essayer d'expliquer pourquoi les Écossais ont opté pour l'indépendance (censée être «dépassée») advenant une victoire du OUI en Écosse. Je crois bien que je rirais. ;-)