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Charles Sirois

Charles Sirois: l’entrepreneur en mission

Charles Sirois.
Photo Archives / Agence QMI Charles Sirois.

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MONTRÉAL – De son bureau, situé au 38e étage d’une tour du centre-ville de Montréal, Charles Sirois aperçoit des dizaines d’immeubles qui abritent des centaines d’entreprises et d’entrepreneurs.

Aux yeux de ce bâtisseur, en affaires depuis l`âge de 26 ans, ils ne sont pas assez nombreux. Son rêve n’est pas de multiplier les pains. Mais les créateurs d’entreprises pour que le Québec devienne une économie de propriétaires.

«Ça pourrait changer la destinée de la province», a exprimé le fondateur et président du conseil de Telesystem, dont la fortune est estimée à 1 milliard $.

Cette ambition vient de le pousser à accepter la présidence du conseil d’administration de la Fondation de l’entrepreneurship, en remplacement de Pierre Karl Péladeau, qui a quitté le poste lors de son saut en politique.

«Le Québec c’est chez-nous et je veux que mes cinq petits enfants vivent dans un Québec prospère aux plans économique, culturel et institutionnel. Je pense qu’en m’impliquant, je peux faire avancer les choses», a-t-il lancé.

Selon lui, l’entrepreneuriat est un outil de développement extrêmement puissant, car les entrepreneurs sont nés pour créer des emplois. C’est ce qu’il s’emploie à faire avec l’équipe de Telesystem, son holding familial qui possède plusieurs investissements dans les médias et la technologie, notamment.

L’ancien géant mondial des télécommunications, ébranlé par la bulle technologique des années 2000, possède des intérêts dans le producteur Zone 3, le distributeur de musique Stingray Digital et le réseau social Woozworld.

Capital de risque

Charles Sirois et ses associés ont également des participations dans Coveo, un expert en gestion de données d’entreprises, et dans CVT Corp, un fabricant de transmissions. Telesystem gère aussi des fonds de capital de risque, par le biais de Tandem expansion.

«Avec le capital de risque, on a accompagné plusieurs jeunes qui sont devenus des entrepreneurs brillants. Alexandre Taillefer, Éric Boyco et Louis Têtu, par exemple», a confié M. Sirois, rappelant qu’il fait un travail semblable avec Enablis, en Afrique. La fondation soutient les entrepreneurs dans huit pays du continent, depuis plusieurs années.

Charles Sirois croit qu’il y a suffisamment de capital de risque au Québec, avec l’apport des fonds de travailleurs, de la Caisse de dépôt et des autres fonds. Mais il estime que le Québec a de la difficulté à assurer la pérennité des jeunes entreprises.

«Le capital d’amorçage et de croissance sont des étapes différentes. On ne réussit pas à orchestrer le passage d’un niveau à l’autre. Souvent, la compagnie doit être vendue, car elle a épuisé les capitaux du début avant d’être considérée par les fonds de croissance», a déploré le gestionnaire.

Celui qui amorce la soixantaine en connaît beaucoup sur les entreprises. Il en a créé des dizaines, vécu des succès et des échecs. Les déboires de Téléglobe l’ont poussé à démanteler une partie de son empire pour préserver d’autres entreprises.

«J’ai trouvé ça absolument terrible de vendre des actifs qui valent de l’or aujourd’hui, comme Microcell Fido. C’était la plus belle boîte, mais elle avait 3 milliards $ de dettes pas finançables», a-t-il rappelé.

L’entrepreneur croit qu’il a eu de la chance, malgré les malheurs qui l’ont frappé, car il a réagi avant de frapper le mur. «Ça allait très mal, mais nous avons pu vendre un paquet de compagnies, en Roumanie, au Brésil et en République tchèque.

Charles Sirois mise sur le mentorat

Pendant son mandat à la Fondation de l’entrepreneurship, Charles Sirois compte développer encore davantage le Réseau M, un groupe de mentorat mis sur pied par l’organisation.

Il croit que la brigade de mentors, composée de gens d’affaires aguerris, peut devenir un puissant outil de développement, car elle va faire grandir les jeunes entrepreneurs québécois.

«Je crois beaucoup au partage de l’expérience. Ça permet aux jeunes d’éviter certaines erreurs qu’ils pourraient rencontrer sur le parcours de leur vie d’entrepreneur», a exprimé l’homme d’affaires.

L’entrepreneur, qui prononce occasionnellement des conférences à l’École d’entrepreneurship de Beauce, croit que miser sur la formation permettra d’accroître le nombre d’entrepreneurs et de relancer le Québec.

«Proportionnellement, il y a autant d’entrepreneurs au Québec qu’aux États-Unis. Mais on les développe moins bien. S’il y a beaucoup de Québécois dans la LNH, c’est parce qu’on excelle dans la formation des joueurs de hockey», a illustré le nouveau président du conseil, qui entre en fonction ce lundi.

Il ne croit pas pour autant que tous les Québécois peuvent plonger dans l’entrepreneuriat. «C’est inscrit dans le code ADN. Quelque chose qui est inné et qui permet de prendre plus de risques que les gens en général», a-t-il dit.

La CAQ a de l’avenir

Charles Sirois est fier du travail que François Legault et ses confrères de la Coalition avenir Québec (CAQ) ont accompli jusqu’à maintenant, même s’ils forment le troisième parti à l’Assemblée nationale.

L’homme d’affaires, qui promet de ne jamais faire de politique, a imaginé le cœur du programme de la CAQ, avec François Legault, à l’époque de la Coalition pour l’avenir du Québec, le groupe d’idées qu’ils avaient lancé.

Selon lui, les Québécois finiront par être prêts pour les propositions caquistes. «Les gens commencent à être conscients, à penser à leurs petits enfants, aux dettes et à l’héritage qu’on va leur laisser», a-t-il affirmé.

Il déplore qu’un contribuable qui gagne plus de 50 000 $ par année doit céder environ 65 % de son salaire, en impôts sur le revenu, en impôts fonciers et en taxes à la consommation, principalement.

Le fait que le gouvernement Couillard semble déterminer à renverser la vapeur en faisant le ménage dans la fiscalité et les programmes réjouit M. Sirois. Mais il attend de voir le contenu du prochain budget avant d’aller plus loin.

«Pour le moment, disons que le Parti libéral a pigé quelques idées dans le programme de la CAQ», a poursuivi le fédéraliste convaincu, précisant que pour que le Québec s’en tire, il est primordial de ne pas revenir aux conflits entre souverainistes et fédéralistes.

Pour bien relancer le Québec, l’entrepreneur pense aussi que l’éducation doit devenir la priorité numéro un, devant la santé, malgré les sondages d’opinion. «On devrait avoir le meilleur système d’éducation, car si on a une population éduquée, formée et prête à affronter le monde moderne on va régler tous nos problèmes, dont la Santé», a-t-il commenté, rappelant que la santé ne crée pas de richesse.

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