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L’exception culturelle ici au Québec

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Les gouvernements du Québec, depuis fort longtemps, se font le chantre de l’« exception culturelle » sur la scène internationale.

Les gouvernements du Québec, depuis fort longtemps, se font le chantre de l’« exception culturelle » sur la scène internationale.

Qu’importe le parti au pouvoir, le gouvernement place la culture à l’abri des accords de commerce internationaux, comme ce fut le cas lors de la négociation et de l’adoption récente de l’accord entre le Canada et les 28 pays de l’Union européenne.

Ceci pour empêcher que des états ou des entreprises, au nom du libre échange, contestent l’aide qu’il dispense aux créateurs, aux producteurs et aux diffuseurs d’ici, sous prétexte qu’elle constitue une concurrence déloyale ou encore, pour protéger nos lois linguistiques qui pourraient être considérées, par certains, comme des entraves au commerce. La culture, répète-t-on d’un gouvernement à l’autre, n’est pas une «marchandise» comme les autres.

Cela a conduit le Québec à travailler de concert avec la France et la Francophonie pour convaincre tous les pays membres de l’UNESCO, à la notable exception des États-Unis et d’Israël, d’adopter en 2003 une Convention sur la promotion et la protection de la diversité des expressions culturelles. Il s’agit certainement d’un des hauts faits de la diplomatie québécoise.

La même logique à l’interne

Or, si le gouvernement du Québec proclame haut et fort partout dans le monde que la culture n’est pas une marchandise comme les autres, il doit appliquer la même logique à l’interne, en acceptant de ménager le budget du ministère de la Culture et des Communications, à la veille d’une ronde de compressions annoncée à l’avance comme étant l’une des plus difficiles à réaliser de l’histoire.

La doctrine Gérin-Lajoie, que l’on définit comme le prolongement sur la scène internationale des compétences internes du Québec implique une contrepartie: fais chez vous ce que tu prônes ailleurs.

Pour des raisons évidentes liées d’abord à notre identité et à la cohésion sociale que favorisent les politiques culturelles dans un contexte de mondialisation qui induit l’homogénéisation des cultures, mais aussi parce que ce ministère ne dispose même plus du fameux 1% du budget de l’État que nous nous sommes collectivement fixés comme objectif. C’est dire que ce n’est pas dans ce ministère que le gouvernement réalisera des économies significatives.

Présage de jours sombres

Déjà, au premier budget Leitao, la réduction de 20% des crédits d’impôt dont profitaient plusieurs entreprises culturelles s’est avérée un dur coup, avant même que la commission de révision des programmes ou celle sur la fiscalité n’aient produit une seule recommandation. Cela laisse présager des jours sombres.

Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que la ministre Hélène David ait appelé le milieu culturel dans son ensemble à se mobiliser. Elle aura besoin de beaucoup de soutien, de tous horizons, pour défendre son budget et affronter ses collègues. Il faut le lui donner.

Comment compenser ces compressions? N’oublions pas, notamment, qu’il se trouve un énorme surplus à Ottawa qui nous appartient pour le quart. Un butin qui illustre à quel point le déséquilibre fiscal est encore d’actualité. Et combien ce régime fédéral est dysfonctionnel.

 

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