/opinion/columnists
Navigation

Diffuser une image d'une situation publique: très risqué!

Coup d'oeil sur cet article

Un journal avait illustré un article intitulé «Le voile intégral est de retour à Québec – Choc visuel et stupeur au Marché aux puces de Sainte-Foy» d’une photo d’une femme accompagnée de son mari et d’un enfant.

Un journal avait illustré un article intitulé «Le voile intégral est de retour à Québec – Choc visuel et stupeur au Marché aux puces de Sainte-Foy» d’une photo d’une femme accompagnée de son mari et d’un enfant.

La semaine dernière, un juge de la Cour supérieure a condamné le journal à verser 7000 $ au couple. Même portant le voile intégral, la femme y est identifiable et, surtout, le média n’a pas réussi à démontrer que l’intérêt public justifiait la publication de la photographie.

Le juge a appliqué les principes d’une décision de 1998 de la Cour suprême. La Cour avait alors estimé qu’il n’y avait pas d’intérêt public à publier une image d’une personne se trouvant dans un lieu public dans le cadre d’un article proposant une réflexion sur la vie urbai­ne.

Dans la décision de la semaine dernière, le juge interprète plus strictement l’intérêt public.

La femme et l’homme photographiés ne dépendent pas de l’opinion publi­que, ne sont pas connus, ne jouent pas un rôle de premier plan dans une affai­re relevant du domaine public et leur réussite professionnelle ne dépend pas de l’opinion publique.

Donc, il n’y a pas de justification d’intérêt public à publier une photo relatant une situation constatée dans un lieu public.

Le juge écarte l’évaluation du journal, qui avait estimé que la controverse existant lors de la publication de l’article au sujet du port du voile dans l’espace public faisait de cette situation une matière d’intérêt public.

Liberté d’Expression

Pour le juge, l’intérêt public pertinent lors de la diffusion d’une photo serait uniquement celui qui est relatif au rôle que tient la personne photographiée.

Le précédent accentue encore plus le déséquilibre entre la liberté de presse et le droit à l’image qui bénéficie, au Québec, d’une inquiétante suprématie sur la liberté d’expression.

Tout aussi inquiétant est le prononcé du tribunal selon lequel «l’article en question pouvait facilement être écrit sans nécessiter d’y juxtaposer la photo des demandeurs.»

Il faut voir en effet ce que cela signifie pour ceux qui ont à décider, au jour le jour, de publier des reportages sur des phénomènes qui font l’actualité.

Avant de publier, les médias devront se demander, chaque fois, si un juge trouverait que la publication d’une photo est «nécessaire» au reportage.

Le droit à l’image permet aux tribunaux de juger après-coup s’il est légitime de diffuser l’image d’une personne prise dans un lieu public.

La Constitution protège la liberté de presse, mais le Québec est le seul endroit sur le continent où il est si risqué de diffuser l’image de personnes se trouvant dans les lieux publics.

Les individus impliqués dans une situation publique ont un droit de veto sur les informations qu’on peut y observer. Il urge de rétablir l’équilibre rompu et appliquer une vision plus démocratique de l’intérêt public.

La diffusion d’une image permettant de connaître et d’illustrer ce qui se passe dans les lieux publics doit être protégée par la liberté d’expression.

Commentaires
Commentaires

Vous devez être connecté pour commenter. Se connecter

Bienvenue dans la section commentaires! Notre objectif est de créer un espace pour un discours réfléchi et productif. En publiant un commentaire, vous acceptez de vous conformer aux Conditions d'utilisation.