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L’Église du Journal

Facile de créer une fausse religion

Notre journaliste fonde une fausse religion

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Au moment où Québec intensifie la lutte à l’évasion fiscale pour augmenter ses revenus, c’est un vrai jeu d’enfant de créer une religion de toute pièce et ainsi ne pas payer d’impôt. Il suffit de débourser 200 $, de remplir quelques formulaires et le tour est joué.

Au moment où Québec intensifie la lutte à l’évasion fiscale pour augmenter ses revenus, c’est un vrai jeu d’enfant de créer une religion de toute pièce et ainsi ne pas payer d’impôt. Il suffit de débourser 200 $, de remplir quelques formulaires et le tour est joué.

Le Journal vous présenteL’Église Jésus Christ Rédemption, une coquille nous permettant d’avoir accès à tous les avantages fiscaux des organismes sans but lucratif (OSBL).

«L’objectif de notre Église est purement charitable», avons-nous écrit au Registraire des entreprises afin de recevoir nos lettres patentes.

Lors de la création de cette société religieuse, aucun employé du gouvernement n’a posé de questions, demandé d’explications ou douté de notre démarche. Pourquoi? La réponse est simple: au Québec, il est tout à fait légal de créer sa religion et de mettre sur pied une Église.

«L’État n’a aucune expertise et n’a aucun droit de déterminer si les convictions [de l’Église] sont religieuses ou pas. La seule chose qu’elle demande, c’est de faire un rapport d’impôt chaque année», indique Alain Bouchard, sociologue des religions à l’Université Laval.

Les Églises sont traitées au Registraire des entreprises comme tous les OSBL. En fait, l’État ne peut pas juger de la valeur «religieuse», mais doit simplement se fier à la Loi sur les compagnies.

Fiscalistes et experts préoccupés

Le constat du Journal survient alors que l’État cherche à augmenter ses revenus, notamment en luttant plus efficacement contre l’évasion fiscale.

Or, les centaines de sociétés religieuses ont droit aux exemptions de taxes prévues dans la Loi municipale et aux avantages fiscaux du gouvernement provincial liés à leurs activités, ce qui représente des millions de dollars de moins dans les coffres du gouvernement.

«Oui, la porte est ouverte à l’abus. Là arrivent tous les problèmes des paradis fiscaux», indique Alain Bouchard.

Exemptes d’impôt au Québec, pas de taxes sur le capital au niveau municipal et crédits d’impôt sur les dons de bienfaisance au Canada: certaines sociétés religieuses savent comment s’enrichir, soutiennent les fiscalistes. «Parce qu’elles nous disent qu’elles sont charitables, on leur donne les plus gros avantages fiscaux. On leur permet de ne pas payer d’impôt et on leur donne le droit de signer des reçus de don», signale la fiscaliste Brigitte Alepin.

Les Québécois ont hérité d’une histoire catholique et traditionnellement nous avions l’Église qui éduquait etsoignait. «En contrepartie, l’État ne taxait pas ces gens-là», relate M. Bouchard.


 

4 «nouvelles religions» et leurs sources de revenus

Créées majoritairement par des «pasteurs», des «illuminés» ou des «entrepreneurs» qui pigent leurs rites et leurs croyances à l’intérieur d’écrits ancestraux, les nouvelles sociétés religieuses du Québec regorgent d’éléments étonnants. Le Journal en a visité quelques-unes. Voici notre compte-rendu.

Église adventiste du 7e jour

Le pasteur Ngoy Kyala gère la faction Québec de la religion adventiste, une branche chrétienne baptiste fondée par l’américain William Miller au milieu du XIXe siècle et présente partout dans la province. À Québec, «l’église» bâtie sur trois étages reçoit 100 personnes chaque dimanche pour «la prêche». Des citoyens d’environ six nationalités se réunissent pour prier, dont des Africains, des Haïtiens des Antillais et des latinos. Dans la salle, une grande bassine est installée afin de baptiser les fidèles qui doivent être immergés lors de la célébration. Profitant des avantages fiscaux offerts par l’État québécois, la religion incorporée incite ses membres à donner 10 % de leur salaire à l’Église en plus de faire une offrande d’amour.
 

Aujourd’hui L’Espoir

«Évangéliser toute la Terre»: voici l’objectif de cette société religieuse chrétienne, qui soutient ne pas être une religion, mais un outil servant à propager le message de l’évangile depuis 18 ans. Les cinq employés permanents produisent des émissions de télévision diffusées sur Télé-Mag et sur le web, en plus d’émissions de radio diffusées partout dans le monde. «On veut aider les églises locales évangéliques. On transmet le message de liberté», indique le directeur général, Marcel Perron. La société soutient qu’elle ne profite pas de tous les avantages fiscaux auxquels elle pourrait avoir droit. Aujourd’hui L’Espoir vit des dons, mais aussi de ses productions multimédias.

Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours

Mormons, et dirigés par le président Thomas S. Monson, «le prophète, voyant et révélateur, ainsi que par les douze apôtres», les fidèles se disent «enfants spirituels d’un père céleste aimant qui les a envoyés sur cette terre pour apprendre et progresser dans la condition mortelle». À Québec, «l’Institut», voisin du Cégep de Sainte-Foy est bondé de jeunes venus au Québec afin d’évangéliser la population. Par exemple, les «Sœurs» Gerday et Scheurch sont en mission de 24 mois à Québec. Elles ont à peine 20 ans. L’une vient des États-Unis et l’autre de Belgique — où cette religion est considérée comme une secte. Elles ont donné leur argent à l’Église, qui leur alloue un budget hebdomadaire.
 

Eckankar

Eckankar accueille chaque semaine ses fidèles afin de participer à un chant du HU. Ce geste permettrait «d’ouvrir sa conscience, expérimenter l’amour divin, trouver la paix». Le jour de notre visite, dans un local situé au fond d’un centre d’achat de Sainte-Foy, à Québec, une dizaine de membres assis en cercle chantaient le HU. Leur chef spirituel, qui vit au Minnesota, se nomme Harold Klemp et sa mission est de guider les âmes sur le chemin du retour de Dieu. Il signe les livres, les discours et le chemin à suivre que les membres doivent se procurer. Afin de devenir membres de cette religion, les fidèles doivent payer 60 $ par année. Les dons volontaires sont aussi recommandés.


 

L’Église catholique prête à débattre

Les dirigeants de l’Église catholique plaident l’héritage patrimonial de leur communauté pour justifier, en 2014, leur droit aux avantages fiscaux et aux exemptions de taxes, alors que les petites sociétés religieuses soutiennent que l’aide gouvernementale est nécessaire à leur survie.

Depuis 400 ans, l’Église catholique possède des terres et des bâtiments partout dans la province. Ils font aujourd’hui partie du patrimoine religieux du Québec. Selon les dirigeants, cet aspect historique est vital pour le Québec, ce qui devrait lui conférer naturellement le droit de garder ses avantages auprès des gouvernements.

«Encore nécessaire»

«Pour nous les catholiques, c’est encore nécessaire et motivé, et ce, même si nous n’avons plus d’écoles, même si nous n’avons plus d’hôpitaux», laisse tomber Germain Tremblay, adjoint au directeur général des évêques catholiques du Québec. «Nous nous occupons de services publics et communautaires, en plus du patrimoine religieux.»

Selon les catholiques, l’État détient le pouvoir de modifier ces règles pour éviter les abus, ce qui pourrait ouvrir, comme avec la Charte des valeurs, un débat public risquant de secouer les colonnes du temple.

«Il y aura des conséquences. […] Le parc immobilier que nous détenons est très différent des nouvelles religions qui ont trois ans d’existence et un bungalow pour leurs 15 membres.»

Chaque dimanche, le pasteur de l’Église Vie abondante, Benoît Therrien, accueille ses 200 fidèles dans le gymnase du Centre de formation Eastern Québec.

L’homme vit des dons de ceux qui adhèrent au message du «Christ». «Nous avons la chance d’avoir des fidèles très généreux», souligne le pasteur que nous avons rencontré dans les locaux permanents de l’Église sur le chemin Sainte-Foy, terré dans le même bâtiment que le restaurant Casa grecque.

L’Église Vie abondante, qui a aujourd’hui 17 ans d’existence, se définit comme pentecôtiste.

Selon le pasteur, il est important que les nouvelles églises comme la sienne puissent avoir les mêmes avantages fiscaux que les catholiques. «On voit ça comme une reconnaissance à ce que peuvent apporter nos Églises dans la société. On n’est pas là pour faire de l’argent, on est là pour bénir la société.»

 

 

 

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