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CA_Patrick-DésyMathieu Turbide

Où sont passés nos vins de pays ?

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Je sais que le consommateur normalement constitué ne suit pas l’actualité des appellations de près, et je le comprends fort bien.

Mais à titre de rappel, les petits vins français qu’on trouvait traditionnellement sous la dénomination «vins de pays» n’existent plus officiellement depuis le millésime... 2009. Ils ont été remplacés par les IGP (vins à Indication Géographique Protégée).

Encore une fois, ce n’est pas très grave si la chose vous a échappé et j’avoue que pour moi le premier, les notions d’appellation ont perdu un peu beaucoup de leur intérêt.

Pourquoi ? Parce qu’il y a longtemps que j’ai cessé de juger de la qualité d’une bouteille par son appellation ou sa dénomination, la vérité étant toujours dans le verre, comme on dit.

Mais quand on se promène dans les vignobles européens, français en particulier, on constate en revanche l’importance qu’occupe dans les préoccupations des vignerons la notion d’appellation d’origine.

Et de leur point de vue, effectivement, la chose se comprend aisément.

Car au-delà des guéguerres de clocher, il y a la fierté d’appartenir à un lieu et d’exploiter un terroir, sans compter qu’il y va ultimement de la valeur même de leurs vins sur le marché, donc de leurs gagne-pain.

Un vin déclassé de son appellation devient du coup très difficile à vendre et se retrouvera, dans le pire des cas, voué à la distillation ou, et ce n’est guère mieux, vendu au vrac pour presque rien.

Mais du point de vue du consommateur normal, surtout nord-américain (ce qui n’est tout même pas banal en terme de marché) qui se soucie, quand vient le temps d’acheter une bouteille de vin du Sud de la France, un soir de semaine, qui se soucie, disais-je, que ce vin provienne du Mont Baudile ou des Cévennes, qu’il soit un vin des Allobroges ou du Vicomté d’Aumelas ?

 Perception

Bien sûr, pour l’amateur éclairé, le problème se présente différemment et il voudra être au fait des derniers changements dans la législation encore que, comme je le disais, il y a longtemps, quant à moi, que la simple appellation d’origine a cessé d’être un critère de qualité convaincant.

Et j’imagine que la révolution apportée à cet égard par tous ces grands vins toscans déclassés en vini de tavola dans les années 80 ( mouvement relativement peu suivi en France, il est vrai) a porté un dur coup à la notoriété de toutes les appellations d’origine, peu importe le pays, auprès de la très grande majorité des amateurs de vins plus pointus.

Bon, hiérarchiquement, ne serait- ce que pour des raisons de densité de plantation et de rendement à l’hectare, et d’autres considérations d’ordre technique qui relèvent du cahier des charges d’une appellation, il est clair que les vins AOP (les AOP, vins d’appellation d’origine protégée, ont maintenant remplacé dans la législation européenne les AOC, vins d’appellation d’origine contrôlée), il est clair que les AOP restent au somment de la hiérarchie.

(À noter, pour ajouter à la confusion, que l’utilisation, en France des AOC est encore permise, tout comme en Italie, celle d’IGT (Indicazione Geogradica Tipica) demeure, parallèlement à celle d’IGP, tout comme aussi le DOC et DOCG (Denominazione de Origine Controlatta e Garantita) parallèlement aux AOP. Pfiouff! )

 Hiérarchie

Une hiérarchie qui, je le rappelle, est importante dans la fixation du prix des vins. Et logiquement et en principe, elle est aussi une indication de la qualité des vins.

Les vins d’AOP sont suivis par les IGP (Indication Géographique Protégée, vins qui ont remplacé eux-mêmes, comme je le disais, les Vins de Pays et les VDQS ( Vins de Qualité Supérieure) et, tout en bas, ceux qu’on appelle les VSIG qui sont des vins sans indication géographique, catégorie qui regroupe les mentioGournierns Vin de France, dont j’ai déjà parlé ici, et de même que les vins de cépages, à l’exception notoire des vins d’Alsace, évidemment.DeMoulines

Pourquoi vous reparler de tout ça aujourd’hui ? Parce que l’autre jour, lors de l’une des grandes dégustations périodiques organisées pour la presse spécialisée par l’AQAVBS, l’Association québécoise des agences de vins, bières et spiritueux, des représentants des 22 nouvelles IGP du Sud de la France sont venus nous rappeler l’existence, donc, de ce nouveau label.

La victoire pour ces vignerons est d’avoir fait reconnaître par les législateurs que chacune de ces IGP correspond à la singularité de son lieu d’origine, des pratiques viticoles qui y ont cours et des hommes qui font les vins.

Et quand on est vigneron, cela est de toute première importance.

Au consommateur, après coup, de juger dans quelle mesure ces particularités s’expriment dans les vins.

Pour l’exercice, j’en ai remarqué quelques-uns de ces vins, lors de cette dégustation; les voici :

  • Domaine de Moulines 2011 Merlot, IGP Pays de l’Hérault (12,50 $ Code 620617) : un brin épicé, vineux sans être chaud, de corps moyen, rond, souple et agréable. **
  • Ponant 2010, IGP Côtes-de-Thongue, Domaine Magellan ( 15,70 $ Code 914218) : un peu bran de scie au nez, consistant en bouche, texture soyeuse, moyennement corsé, tannins fermes, mais bel équilibre d’ensemble. **1/2
  • Domaine de Gournier 2013, Cuvée Prestige, IGP Cévennes (14,20 $) : notes de garrigue au nez, bouche épicée, un peu poivrée avec des nuances de réglisse ; le paysage d’ensemble est net.  **1/2
  • Enseduna Prestige 2011, IGP Coteaux d’Ensérune, U.C. Foncalieu (19,00 $ Code 11338031) : une gouleyance et une légèreté de bon aloi, en même temps qu’un sérieux indéniable dans la prestance. **1/2
 

 

1 commentaire(s)

dit :
1 octobre 2014 à 16 h 07 min

La vérité étant toujours au fond du verre comme j'aime cette affirmation.