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L'espion français d' Al-Qaida

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Dimanche, le bureau à Washington du groupe de presse McClatchy publiait un énorme scoop : les premières frappes américaines en Syrie visaient un ancien agent du renseignement français retourné par Al-Qaida. 47 missiles de croisière pour éliminer un "spécialiste des explosifs" particulièrement dangereux. Une mission qui se serait soldée par un échec puisque la "cible" serait toujours vivante.

Lundi, la France réagissait partiellement à l'article de Mitchell Prothero. Interrogée par Reuters, une source - anonyme- au ministère de la Défense qualifiait l'information de "parfaitement erronée".

Même ton au Journal du Dimanche où - encore une fois anonymement - «Le ministère de la Défense, contacté lundi matin par le JDD, apporte "un démenti catégorique" à ces informations "vérifiées ce matin" et jugées "totalement fausses".»

Toute l'histoire serait une "probable intox" selon un conseiller - anonyme- de Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense.

Enfin, Le Monde citant à son tour une autre source anonyme (la même que Reuters et le JDD ?)  parlait d'un "démenti français" tout en apportant un bémol de taille : « Ce Français existe mais ce n'est ni un ancien des services secrets ni même un ancien militaire ; à notre connaissance, il se serait juste entraîné physiquement avec d'anciens membres de l'armée française. »

Affaire classée ? Pas vraiment, car de son côté Mitchell Prothero maintient ses informations (obtenues auprès de sources - anonymes- liées au renseignement européen) et la chaine ABC les confirme, citant à son tour deux sources -anonymes- au sein du renseignement américain.

En 24 heures, l'affaire supposée de l'espion français retourné par Al-Qaida est devenue une patate chaude où la multiplication des sources anonymes est un moyen intégral de communication. Et le premier signe que tout cela dépasse le cadre de la "probable intox".

 

NOUVEL ENNEMI 

Pour tenter d'y voir clair, il faut remonter au 13 septembre dernier, alors que les États-Unis préparent l'opinion aux premières frappes en Syrie.

Ce jour-là, une dépêche Associated Press citant des sources -anonymes- au sein du Pentagone présente à l'Amérique son nouvel ennemi : la confrérie Khorasan, un groupe de combattants au sein du Front Al-Nosra, la branche d'Al-Qaida en Syrie.

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En quelques heures, les décapitations et exactions des extrémistes d'EIIL passent au second plan. Pendant une semaine, les médias US vont multiplier les sources - anonymes- décrivant la confrérie comme un danger bien plus grand pour les USA que les islamistes au drapeau noir.

On parle alors de nouvelles techniques permettant l'incorporation quasi indétectable d'explosifs dans les ordinateurs portables et les téléphones. Et de fait d'un risque accru dans les compagnies aériennes.

Le 22 septembre, pour la première fois, les États-Unis bombardent en Syrie. Parmi les cibles, Reef Al Muhandeseen, un petit village à l'Ouest de Alep.  Entre 3 et 8 bâtiments sont visés par une cinquantaine de missiles de croisière.

Le lendemain, les autorités militaires US confirment les frappes expliquant qu'elles visaient la confrérie Khorasan qui "planifiait des attaques imminentes".

La première mission américaine en Syrie était donc un succès. Sauf que...

 

 ÉCHEC 

Sauf que,  48 heures après  les frappes, les médias US ont commencé a atténuer l'imminence et la gravité de la menace Khorasan via - encore une fois - une dépêche Associated Press

Pourquoi ? Peut-être parce que malgré la destruction sur le terrain , la mission est globalement considérée comme un échec.

Ainsi, profitant d'un réseau de tunnels, au moins 200 membres du Front Al-Nosra auraient réussi à s'échapper. Et parmi eux, les cibles prioritaires des Américains : les hommes de la confrérie Khorasan.

Ou peut-être encore parce qu'en réalité la confrérie Khorasan n'existe pas.

Non, je ne pense pas comme Glenn Greenwald dans The Intercept que la confrérie Khorasan est une invention de la propagande US pour justifier les bombardements en Syrie.

Mais que le nom donné à ce groupe ne correspond pas à sa réalité. Et je ne suis pas le seul.

Le 24 septembre Richard Engel de NBC News tweetait que les "activistes syriens n'avaient jamais entendu parler de Khorasan".

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Le 25 septembre, dans Time, Robert Ford expliquait que si le nom était utilisé au sein du gouvernement américain, eux-mêmes ne s'appelaient pas ainsi.

Enfin, différentes sources contactées au sein des services de renseignements US m'ont confirmé la même chose : l'appellation Korasan est récente et principalement utilisée à Washington.

 

 ÉLITE

En quoi l'origine du nom d'un groupe de terroristes est-elle importante ? Et pourquoi est-elle liée à l'affaire de l'ex-espion français recruté par Al-Qaida ?

Pour une raison simple : pouvoir communiquer autour des frappes du 22 septembre.

Ce que les Américains nomment la confrérie Khorasan est en réalité un noyau de soldats d'élite qui a fait allégeance à Al-Qaida.

Un groupe sans nom - même si certaines sources pensent qu'ils se nomment entre eux "les loups" - qui de l'Afghanistan au Pakistan puis en Irak et maintenant en Syrie exportent leur "savoir-faire" au front des luttes islamistes.

Des connaissances acquises principalement grâce aux "formations" administrées par des "conseillers techniques" américains ou européens au temps où ses soldats n'avaient pas encore rejoint les rangs du terrorisme.

Car voilà, l'essentiel de ce groupe - un cinquantaine pour certains, moins d'une vingtaine pour d'autres - provient de pays alliés aux USA ou de l'Occident.  Parmi eux des Égyptiens, des Turcs, des Serbes et des Tunisiens.

 

POSSIBILITÉ DE NIER

Le Français visé par les frappes du 22 septembre fait partie de ce groupe.

Selon des sources américaines, il ne serait pas directement un ancien de la DGSE. Il s'agirait en fait d'un ancien soldat, né en France, de parents Tunisiens, qui alors qu'il était dans l'armée Française, aurait été recruté par différents services de l'Hexagone comme "contractuel".

La notion est importante.

Elle permet aujourd'hui à la France de reconnaitre son existence tout en niant son appartenance aux services de renseignement. Le fameux concept de la  possibilité de nier - plausible deniability -, une des fondations de l'espionnage moderne.

Quoiqu'il en soit, dans le cadre de ses missions avec différents services, il aurait suivi plusieurs formations dont certaines sur les explosifs et leur détection.

Sous un nom de guerre qui ferait référence à ses origines, il aurait rejoint les "loups" en Afghanistan et avec eux ce serait installé en Syrie au printemps dernier.

Là, selon des sources américaines, sa mission aurait été de fabriquer des bombes difficilement détectables par les contrôles de sécurité dans les aéroports. Téléphones, tablettes, ordinateurs portables mais aussi éléments de trousse de toilette.

C'est d'ailleurs pour cela qu'au début de l'été, le gouvernement américain a renforcé ses mesures de sécurité dans les aéroports. Désormais, les passagers en provenance du Moyen Orient, d'Afrique et certaines villes européennes doivent prouver que leur équipement électronique fonctionne avant de pouvoir embarquer.

Une menace d'autant plus réelle que les services US pensent que la mission en Syrie de la troupe d'élite d'Al-Qaida est double : 1) créer des explosifs difficilement détectables pour faire exploser un avion en vol 2) recruter des jeunes jihadistes originaires d'Europe ou d'Amérique du Nord pour mener à bien l'attentat. Leurs passeports leur permettant de voyager aisément.

Les frappes du 22 septembre étaient bien une attaque contre ce groupe là, baptisé Khorasian pour des raisons de simplicité.

La plupart des loups ont échappé aux missiles US (la seule cible importante serait Abu Yousef al Turki, le tireur d'élite du groupe).

Et les services Français, malgré les dénégations du jour, étaient bien au courant du véritable but de l'opération : tuer l'artificier, ancien "pigiste" dans ses rangs et détruire son "laboratoire".

D'ailleurs, il se murmure aux USA, que ce sont les services de renseignements français (considérés par les Américains comme très efficaces sur le terrain) qui ont communiqué le lieu où se cachait celui dont la France reconnait aujourd'hui l'existence du bout des lèvres.

Donnant ainsi tout son sens à la conclusion de l'article qui le premier révéla son existence : «Peut-être qu’il vaut mieux enterrer certains problèmes sous une pile de gravats.»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1 commentaire(s)

fghgffhfgghf dit :
6 octobre 2014 à 18 h 34 min

On est pas au Figaro icitte !