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Au pays du consensus mou

Les Québécois détestent la bagarre ET avoir l’air plouc, quitte à ne pas livrer le fond de leur pensée

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Il y a quelques années, je me suis présentée sur le plateau de la défunte émission de débats Il va y avoir du sport, animée par Marie-France Bazzo à Télé-Québec, une paire de gants de boxe rouges à la main. J’avais apporté cet équipement sportif en vue de la discussion au programme sur le mariage entre personnes de même sexe.

Il y a quelques années, je me suis présentée sur le plateau de la défunte émission de débats Il va y avoir du sport, animée par Marie-France Bazzo à Télé-Québec, une paire de gants de boxe rouges à la main. J’avais apporté cet équipement sportif en vue de la discussion au programme sur le mariage entre personnes de même sexe.

Étonnée par cet accessoire inusité pour une fille mieux connue pour ses sacs à main griffés, Marie-France m’a demandé «mais pourquoi les gants de boxe?»

Réponse? «C’est pour me défendre contre ceux qui auraient en tête de me traiter d’homophobe ce soir».

En usant de l’humour, j’ai fait tomber la tension et j’ai pu m’exprimer sans être attaquée, même par les homosexuels sur le plateau, et dire que ce n’était pas tant le mariage gai qui suscitait en moi des craintes, mais la déconstruction de la filiation qu’il appelle.

Une société consensuelle

À la place d’Anne Dorval, sur le plateau de l’émission de divertissement On n’est pas couché (c’est ainsi que ses producteurs la définissent), j’aurai peut-être eu la même réaction face aux propos d’Éric Zemmour, ce provocateur médiatique émérite sur le «lobby gai» ou sur l’immigration.

Nous ne sommes pas habitués ici à entendre des intellectuels – pas le Doc Mailloux ou des Pinault-Caron – défendre en public des points de vue à contre-courant. Zemmour ne plaît pas à tous, personnellement je trouve qu’il est néfaste à la cause du conservatisme, mais son dernier livre trône au sommet des ventes Amazon en France. Tous ses lecteurs ne sont pas homophobes, misogynes ou racistes.

Les Français aiment l’opposition. Les Québécois détestent la bagarre ET avoir l’air plouc, quitte à ne pas livrer le fond de leur pensée. Comme Anne Dorval, on pourrait facilement croire que 95 pour cent des Québécois sont des progressistes à tout crin.

Je connais des universitaires qui mentent quand questionnés sur le mariage gai ou sur l’homoparentalité. Parce qu’ils savent qu’ils seront traînés dans la boue s’ils osaient répéter, par exemple, cette phrase de Zemmour: «l’homoparentalité est un concept qui repose sur la négation du réel, l’enfant reposant par nature sur la rencontre d’un homme et d’une femme.»

Voilà où nous en sommes rendus: rappeler que dans la nature l’enfant naît d’un homme et d’une femme constitue désormais de l’homophobie, de l’hétérosexisme, sans qu’on puisse répondre.

Discuter n’est pas approuver

Cette frilosité ne touche pas que les questions d’orientation et d’identité sexuelles.

Vous questionnez les avortements sexy sélectifs? Vous êtes anti-femmes. Vous souhaitez ralentir l’immigration? Ça ne peut être que du racisme. Et ainsi de suite.

Je ne comprends pas cette manie de bloquer les débats, de préférer vivre dans une société de consensus mou, qui se félicite de bêler en chœur, où les empêcheurs de tourner en rond, à qui il arrive d’avoir raison, sont jetés en pâture aux prophètes de la bien-pensance qui refusent les réflexions ardues, et quelques fois erronées, quelques fois valables, qu’amènent les penseurs conservateurs sur l’évolution de la société.

 

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