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Tétraplégique | Décès de Pierre Mayence

«Mon fils a souffert, c’est honteux»

Pierre Mayence
Photo Courtoisie Pierre Mayence était tétraplégique depuis un accident de parachute en 2010.

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Joint par téléphone en Belgique, Léonce Mayence est en colère. L’homme de 71 ans, père de Pierre Mayence, décédé il y a trois semaines à la suite d’un jeûne de 61 jours, n’accepte pas que le Québec ait laissé son fils mourir dans ces conditions.

Comment vous portez-vous à la suite du décès de votre fils ?

Son décès n’a pas été facile à emmagasiner, mais je comprends sa décision. Je l’ai vu quelques jours après le début de son jeûne, et je peux vous assurer qu’il est plus heureux où il se trouve aujourd’hui. Évidemment, j’aurais préféré qu’il meure beaucoup plus rapidement. Il a souffert une soixantaine de jours avant de mourir. Chaque gouvernement a ses pratiques et ses lois, mais, personnellement, je trouve scandaleux qu’il ait souffert aussi longtemps. Chez nous [en Belgique], les choses se passent différemment. On fait une piqûre et c’est terminé! Mon fils a souffert et il a fait souffrir ses proches, c’est honteux.

C’est difficile pour un père de voir son fils mourir de la sorte ?

Tout à fait. La façon de faire du Québec me met en colère. Chez nous, l’euthanasie existe, et c’est tant mieux. Il faudrait repenser les choses chez vous. Chacun a ses convictions, mais je sais qu’il y a beaucoup de catholiques au Canada. Ils sont contre l’avortement, et quoi encore… Pourquoi ne pas penser à la personne qui souffre et aux gens qui l’entourent?

Êtes-vous soulagé qu’il ait mis fin à ses souffrances ?

Certainement. Il a eu beaucoup de courage et je suis très fier de lui. Au départ, je dois dire que j’ai eu de la difficulté à accepter sa décision, mais quand j’ai vu dans quelle situation il se trouvait, j’ai compris pourquoi il voulait mourir.

Votre fils souffrait beaucoup ?

Il ne se plaignait jamais. Ce qu’il voulait surtout était de ne pas faire de peine aux gens qui l’entouraient. Il se plaisait à dire qu’il était une plante mal entretenue et mal arrosée, et qu’il en avait marre. De plus, il ne voulait pas être un fardeau pour personne. Il disait qu’il dépendait des autres et il ne voulait plus vivre de la sorte.

Sinon, il semblait très à l’aise avec la décision qu’il avait prise. Il demeurait l’homme jovial qu’il avait toujours été et, malgré la situation, il n’avait pas perdu son sens de l’humour.

Longtemps, il s’est accroché à la science, espérant qu’un jour sa situation s’améliorerait.

Savez-vous pourquoi il n’a pas préféré mourir en Belgique ?

Parce qu’il avait fondé une entreprise au Québec. C’était son bébé et il ne voulait pas laisser son entreprise derrière lui. Mon fils était un grand travailleur, mais il aurait dû revenir dans son pays pour pouvoir bénéficier de l’euthanasie.

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