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Morts volontaires

Trois tétraplégiques se suicident en six mois

Walter Zelaya
photo héloïse Archambault, JdeM Walter Zelaya, de l’organisme MÉMO-Qc, souhaite davantage d’aide aux tétraplégiques, qui sont vulnérables et ont besoin d’aide.

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Un organisme d’aide aux personnes handicapées lance un cri d’alarme à la suite du suicide d’un troisième tétraplégique depuis avril dernier.

«Ce sont des gens vulnérables qui vivent une détresse. Si on ne s’en occupe pas, ça peut basculer rapidement de façon tragique», réagit Walter Zelaya, directeur général de l’organisme Moelle épinière et motricité Québec (MÉMO-Qc).

Comme un «échec»

«C’est un certain échec de notre part, on ne peut pas voir ça autrement, avoue-t-il. Mais, on ne peut pas faire plus avec les ressources qu’on a. Toute la société y perd.»

Le 16 septembre dernier, Pierre Mayence est décédé à 42 ans, après un jeûne volontaire de 61 jours.

Le résident tétraplégique d’un centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) de Boucherville avait obtenu un jugement de la Cour supérieure pour que les employés ne l’alimentent pas de force.

Or, le CHSLD devait lui donner la médication pour soulager ses douleurs et lui offrir une «mort douce et dans la dignité».

Cette histoire tragique s’ajoute à celle de Mario Beaudoin, un tétraplégique qui a fait un pacte de suicide avec sa femme en avril dernier, souligne MÉMO-Qc. Le 14 septembre dernier, Yvan Tremblay mettait aussi fin à ses jours après avoir été forcé de quitter son logement, à Granby.

M. Mayence était bien connu chez MÉMO-Qc, puisqu’il avait eu recours à leurs services après son accident de parachute qui l’a rendu handicapé, en 2010. L’annonce du décès les a tous profondément secoués.

Plaies de pression

«J’ai complètement figé, se rappelle Carlos Angel, un conseiller en emploi qui avait rencontré M. Mayence en mai dernier, dans le cadre d’un article sur son histoire inspirante. C’était un homme extraordinaire, il ne s’était jamais plaint de sa condition. Il avait plein de projets pour son entreprise.»

Selon ce dernier, M. Mayence allait bien lors de sa visite au printemps, et n’a jamais parlé de désir de mourir. Or, selon M. Angel, les plaies de pression du résident depuis décembre 2013 ont eu raison de lui.

«Les plaies ont chamboulé sa vie. Il était alité et dépendant, et ne voyait pas la possibilité de s’en sortir.»

À ce sujet, M. Zelaya déplore le manque d’aide aux tétraplégiques.

Coussin dégonflé

«Un coussin de sa chaise s’était dégonflé, et les employés ont mis du temps à noter le problème. S’il n’avait pas eu de plaies de lit, M. Mayence n’aurait pas voulu mourir.»

En fait, MÉMO-Qc constate souvent que ces plaies peuvent avoir un effet dévastateur. «Les gens vont à l’hôpital pour une infection urinaire et ressortent avec une plaie pour des années. Ils n’ont plus de qualité de vie», note le conseiller en intégration, Jean-Paul Dumont.

La direction du CHSLD a refusé de commenter le dossier.

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