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Utiliser une arme est un privilège, pas un droit

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Il y a bientôt 25 ans, le 6 décembre 1989, un homme est entré dans ma classe, à Polytechnique, et a tiré sur toutes les femmes présentes.

Il y a bientôt 25 ans, le 6 décembre 1989, un homme est entré dans ma classe, à Polytechnique, et a tiré sur toutes les femmes présentes.

Cet homme, Marc Lépine, avait pu se procurer une arme facilement, entrer dans l’École et tirer. Un massacre: 14 jeunes femmes ont été assassinées. Treize autres femmes et hommes, dont moi, ont été blessés.

Au lendemain du massacre de Polytechnique, mes camarades de classe se mobilisaient pour demander au gouvernement canadien de mieux contrôler les armes à feu au Canada. C’était une façon de canaliser la colère, la tristesse et le sentiment d’injustice qu’a généré la tuerie. Mais, surtout, c’était un geste concret pour qu’un tel événement n’ait plus un impact aussi désastreux. Le contrôle des armes ne règle pas tous les problèmes, mais c’est un pas pour mieux vivre ensemble en société.

Loi

En 1995, la Loi sur les armes à feu (LAF) a été adoptée. Dans le but de minimiser les décès et blessures par balle, elle offrait à tous les Canadiens un encadrement raisonnable de l’usage des armes à feu au Canada, comportant des permis de possession pour les propriétaires, l’enregistrement de chaque arme et l’interdiction des armes d’assaut pour les citoyens ordinaires.

Mais depuis son élection, le gouvernement Harper détruit ce que nous avons construit. En 2012, il a détruit le registre des armes d’épaule. Aujourd’hui, on ne peut plus faire de lien entre une arme et son propriétaire. (Sauf au Québec, où l’on se bat devant la Cour suprême pour conserver ces données.)

Réduction des contrôles

En 2012, le gouvernement Harper a aussi affaibli la valeur du permis d’acquisition et de possession. Lors de l’achat d’une arme, il n’est plus obligatoire de montrer son permis au vendeur. Aujourd’hui, on achète une arme comme on achète un frigo.

Au cours de l’année, le gouvernement Harper a réduit encore les contrôles sur les armes d’assaut. Le Ruger mini-14 qui avait été utilisé lors du massacre est toujours une arme non restreinte et d’autres armes, anciennement prohibées, deviennent légales. Aujourd’hui, une mitraillette est un jouet.

Cette semaine, le gouvernement Harper, propose d’assouplir les règles pour le transport d’armes restreintes. La nouvelle législation permettrait que celles‐ci soient transportées librement, à tout moment, sans destination ni usage préautorisés, en intégrant l’autorisation de transporter les armes dans les permis de possession. Demain, on transportera une arme de poing, comme on transporte son sac d’épicerie.

Par définition, une arme à feu est destinée à tuer. C’est un objet dangereux, qui mérite qu’on y accorde attention et respect. C’est un privilège de pouvoir en utiliser, pas un droit, puisque c’est dangereux: pour soi et pour les autres, ces autres étant souvent notre famille et nos amis.

Je crois que toute société civile se doit d’encadrer leur usage afin de protéger le public de leurs risques inhérents. Les contrôles sévères sont la norme dans la plupart des pays développés. Or, le gouvernement Harper, conseillé par le lobby des armes, dirige le Canada dans le sens inverse. À un tel point, que nous sommes moins protégés aujourd’hui qu’au cours de la Seconde Guerre mondiale.

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