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Ils combattent le crime

Dans l’univers des « vrais » super-héros

La journaliste québécoise Nadia Fezzani publie un bouquin sur ces justiciers masqués

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Près de 300 personnes aux États-Unis enfileraient un costume de super-héros le soir venu pour aller combattre le crime et sauver des vies. La journaliste québécoise Nadia Fezzani s’est intéressée à ces justiciers originaux dans son ouvrage Mission super-héros, l’univers des «vrais» super-héros.

Près de 300 personnes aux États-Unis enfileraient un costume de super-héros le soir venu pour aller combattre le crime et sauver des vies. La journaliste québécoise Nadia Fezzani s’est intéressée à ces justiciers originaux dans son ouvrage Mission super-héros, l’univers des «vrais» super-héros.

Comment avez-vous découvert cette communauté marginale?

J’ai d’abord entendu parler de Phoenix Jones à travers un ami. Jones est une légende à Seattle, il enfile son costume de super-héros depuis des années et il fait souvent les manchettes parce qu’il met sa vie en danger pour en sauver d’autres. Je trouvais le sujet fascinant. J’ai d’abord fait une entrevue avec cinq super-héros au téléphone et j’ai eu envie d’en savoir plus. Je suis donc partie à leur rencontre dans plusieurs villes des États-Unis pendant deux ans.

Quel genre d’individu veut devenir un super-héros?

Ils ont en commun d’avoir vécu un traumatisme dans leur jeunesse qui les a marqués. Certains ont été victimes d’agressions sexuelles ou ont été témoins d’actes violents. Enfiler ce costume et venir au secours des autres, c’est leur façon de compenser. À mon sens, pas plus de 10 % de tous ces justiciers se vouent sincè̀rement au bien.

Sont-ils inspirés par les super-héros des bandes dessinées?

Non, ce n’est pas la même chose. Chacun trouve sa propre identité et son propre costume. Leur costume n’est pas juste un déguisement, c’est une protection. Ils sont faits de plaques de métal et de gilets pare-balles. Le coût peut grimper jusqu’à 7000 $.

Est-ce qu’ils veulent jouer à la police?

Non, ce sont des gens justement qui ne veulent pas être policiers. Ils ne veulent pas être obligés de suivre des ordres. La plupart ne portent pas d’armes à part du poivre de cayenne. Ils veulent être dans le feu de l’action et prévenir un crime. Les gens ne réalisent pas à quel point c’est du travail de patrouiller les rues des quartiers dangereux deux à cinq soirs par semaine, la plupart du temps il ne se passe absolument rien. Certains se découragent vite.

Quelle est la réaction de la police à leur présence sur une scène de crime?

Ça dépend des villes. Dans certains cas, les super-héros aident à remplir les rapports de police. Ils collaborent au travail des policiers. Au Michigan, les super-héros ne sont pas bien vus à cause d’erreurs survenues dans le passé. Un super-héros s’est fait voler son arme et une balle perdue a atteint une maison. À Seattle, c’est différent. Certains policiers veulent se faire prendre en photo avec Phoenix Jones, ils trouvent ça amusant.

Mettent-ils réellement leur vie en danger?

Oui, absolument, Phoenix Jones par exemple s’est fait tirer dessus, poignarder, casser le nez. J’ai moi-même été témoin d’une fusillade alors que je le suivais en patrouille à Seattle. Les super-héros patrouillent la plupart du temps en équipe. Ils sont très bien organisés.

Est-ce un phénomène répandu?

Ça existe depuis environ 30 ans. Il y a 600 super-héros actifs partout dans le monde, la moitié est aux États-Unis, dont une trentaine de femmes. Les équipes portent les noms de Pacific Protectorate, Xtreme Justice League ou Rain City Superhero Movement, entre autres. Les super-héros ont entre 15 et 67 ans. Au Canada, Thanatos est le plus connu à Vancouver, il aide surtout les sans-abris. Au Québec, il y a Noxx, un jeune Montréalais de 25 ans qui aide aussi les sans-abris.


Le livre Mission Super-héros: Incursions dans le monde des Real Life superheroes est publié aux Éditions de l’Homme.

 

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