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Enquête | Informatique

Un grand patron très proche de CGI

Frère du vice-président de la multinationale, Jean-Guy Lemieux sera exclu des discussions l’impliquant

ARG - COMPUTER SCIENCE CORPORATION
Photo Agence QMI, Maxime Deland

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Le nouveau grand patron informatique du Québec est aussi le frère d’un vice-président de CGI, la multinationale québécoise d’informatique, a appris notre Bureau d’enquête.

Le nouveau grand patron informatique du Québec est aussi le frère d’un vice-président de CGI, la multinationale québécoise d’informatique, a appris notre Bureau d’enquête.

Devant les apparences de conflits d’intérêts pour de nombreux dossiers impliquant des dizaines de millions de dollars en fonds publics, le gouvernement n’a d’autres choix que de l’empêcher d’intervenir quand CGI est impliquée.

Déjà contestée, la nomination de Jean-Guy Lemieux devient alors de plus en plus difficile à s’expliquer. Psychologue de formation et ayant peu d’expérience en informatique, M. Lemieux a été nommé le mois dernier par le ministre Martin Coiteux. Ses titres: dirigeant principal de l’information et président du Centre de services partagés du Québec (CSPQ), qui est le plus grand donneur de contrats informatiques du gouvernement.

Bien qu’il ait derrière lui une longue carrière en gestion publique, son manque d’expérience dans le domaine est critiqué dans les hautes sphères du gouvernement en informatique. Il sera à la tête de dépenses de près de 3 milliards de dollars.

Mais, en plus, voilà qu’on apprend que le frère de Jean-Guy Lemieux est Claude Lemieux, employé de CGI «depuis plusieurs dizaines années», nous a précisé CGI.

Il occupe le poste stratégique de vice-président service-conseil à Québec. CGI est à plusieurs égards le plus grand partenaire informatique du gouvernement, comme le démontrent les dizaines de millions de dollars en contrats que l’entreprise obtient de Québec chaque année. Encore en 2013, Claude Lemieux était membre et a même présidé un important lobby de firmes privées qui a tenté d’influencer le CSPQ, soit l’organisme dont Jean-Guy Lemieux vient de devenir président.

Difficile à comprendre

Le bureau du ministre Martin Coiteux a expliqué que Jean-Guy Lemieux avait informé toutes les autorités compétentes à propos de cette situation et avait signé des déclarations d’intérêts à ce sujet.

L’attachée de presse de Martin Coiteux a indiqué que M. Lemieux ne sera pas associé de près ou de loin aux appels d’offres ou à l’octroi de contrats reliés à la firme CGI.

Donc, il devra sortir de la salle lorsqu’il sera question de projets pouvant toucher la plus grande firme informatique du Québec. «Ça va toujours arriver. Pourquoi l’avez-vous nommé là, alors?» a-t-on questionné. «Ce sont les dispositions qui ont été prises», a simplement ajouté l’attachée politique.

Cette dernière a raconté que la situation était connue et que le gouvernement était bien au courant depuis le début. «Alors, considérant le fait que vous voulez être le gouvernement le plus transparent de l’histoire, pourquoi ne pas avoir pensé aussi à informer la population de ce détail?» a-t-on aussi demandé, sans obtenir de réponse.

CGI dans l’embarras

Pour sa part, Sébastien Barangé, de CGI, a mentionné que l’entreprise créait une distance entre les deux individus.

«Jean-Guy Lemieux a été nommé président du CSPQ et le CSPQ n’est pas un client de Claude Lemieux», a lancé M. Barangé. Le CSPQ l’était pourtant jusqu’à tout récemment.

Mais Jean-Guy Lemieux n’est pas seulement président du CSPQ, a-t-on semblé l’informer. Il a aussi reçu le chapeau de grand patron de l’informatique du Québec. Ça touche donc à toute l’informatique, a-t-on relancé.

«Comme je vous le dis, au fil du temps, nous avons toujours créé une distance», a-t-il ajouté, sans répondre clairement à la question, avant d’ajouter que Claude Lemieux avait signé le code d’éthique de CGI.

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