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Jeunes | suicide

Des suicides qui auraient pu être évités

détresse psychologique
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Plus de la moitié des jeunes Québécois qui se suicident poseraient ce geste tragique sans avoir eu accès aux services en santé mentale. L’aide existe, mais manque cruellement de coordination, révèle une étude.

Ils avaient entre 13 et 25 ans, 54 garçons, 13 filles. Ils souffraient surtout de dépression, parfois accompagnée d’abus de substances, d’impulsivité ou de troubles anxieux. Ils se sont égarés dans le dédale d’un système qui a mal répondu à leur détresse et se sont enlevé la vie.

«C’est trop triste, il faut changer les choses. Les services existent, mais il faut mieux les organiser», affirme Johanne Renaud, chercheuse à l’Institut Douglas.

Avec son équipe, la pédopsychiatre a passé au crible 67 cas de suicide survenus au Québec entre 2002 et 2005. Elle les a comparés avec un groupe témoin, soit des jeunes toujours vivants, qui eux n’avaient pas d’idées suicidaires.

Premier constat, parmi les 67 cas de suicide analysés, moins de la moitié ont reçu les services en santé mentale dont ils avaient besoin.

Problème de dépistage

«Les jeunes sont gênés d’aller chercher les services, de dire à leur médecin que ça ne va pas. Beaucoup se disent: je vais me donner un bon coup de pied au derrière, ce qui engendre un gros problème de dépistage», dit Mme Renaud.

Il est démontré que dans 90 % des cas de suicide, les personnes souffraient de maladies mentales. «Ça n’arrive pas sous un ciel clair, ajoute-t-elle, ces cas sont complexes et délicats».

Un jeune en détresse peut souffrir de plusieurs troubles à la fois c’est pourquoi une meilleure coordination est cruciale, démontre l’étude publiée dans The Canadian Journal of Psychiatry.

«Une fois que le jeune à risque est identifié, souvent il a aussi des problèmes de drogue, des problèmes à l’école, il est dépressif et s’ajoutent parfois des problèmes avec la justice. Les intervenants doivent se parler», insiste la chercheuse.

Obstacles chez les jeunes

En scrutant les dossiers de suicide et en interrogeant les familles, les chercheurs ont constaté certains obstacles auxquels se sont heurtés les jeunes.

«Souvent, c’est trop compliqué, il n’y a pas de suivi, les jeunes se découragent, ils doivent raconter à plusieurs personnes leur histoire du début ou ils ne se rendent pas à leur rendez-vous», décrit Mme Renaud.

La chercheuse recommande un lien rapide pour accompagner le jeune entre les étapes, de l’intervenant scolaire au CSSS, puis au médecin et enfin au psychiatre.

«Des jeunes qui ont des idées suicidaires ne savent pas où aller. Ils se sentent perdus dans le système. Pour eux, un rendez-vous en psychiatrie à la clinique ce n’est pas attrayant. Il faut être plus innovateur. Les intervenants doivent sortir de leur zone de confort.»

«Ce n’est pas une critique à l’endroit du système de santé, tout le monde veut bien faire. Il faut faire mieux.»

 

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