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La guerre à l’aveuglette

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Le Canada enverra six CF-18 au Koweït pour participer à l’offensive contre l’État islamique.

Le Canada enverra six CF-18 au Koweït pour participer à l’offensive contre l’État islamique.

Cette mission, pilotée par les États-Unis, ne peut se terminer que de deux manières: en échec ou en désastre. C’est qu’avant de partir, on a oublié derésoudre trois grands problèmes.

Le premier problème tient du fait que l’ennemi identifié n’existe pas. Bien sûr, il y a un groupe d’insurgés qui s’est affublé du nom d’État islamique, a mis l’armée irakienne en déroute, s’est inséré dans la guerre civile syrienne et a commis desexactions monstrueuses. Sauf que l’ennemi qu’on cherche, c’est une bande armée marginalisée qui s’est imposée par la force, alors que sur le terrain, c’est une vaste organisation, soutenue par une bonne proportion de la population,impliquée dans la gestion ordinaire d’un vaste territoire. C’est pas mal plus flou comme cible.

Pas d’alliés locaux

Le second problème est que nos alliés locaux dans cette affaire n’existent pas non plus. Le Canada a saisi rapidement les Peshmergas kurdes comme étant les amis qu’il faut soutenir. C’est un discours répandu, mais qui ignore béatement laréalité kurde. Entre autres, qu’ils ont l’habitude de se battre les uns contre les autres et ont des visées territoriales qui déplaisent à nos autres «amis» en Irak. Ils sont également liés aux Kurdes vivant dans les pays avoisinants, en particulieren Turquie – où une de leurs factions, le PKK, est en guerre séparatiste contre Ankara depuis des années et sur la liste officielle des «entités terroristes inscrites» du Canada. Or, il est absolument certain qu’une partie, sinon l’ensemble, dusoutien donné aux Kurdes d’Irak se retrouvera tôt ou tard aux mains du PKK.

Le troisième problème résulte des deux premiers: nous disposons d’une quantité illimitée de bombes, mais de beaucoup moins de cibles que prévu. On peut toujours détruire l’armement lourd de l’EI – récupéré de la nouvelle armée irakienneet opéré par les membres évincés de l’ancienne par les É.-U. –, mais la stratégie de l’EI est centrée sur l’usage de camionnettes et non de tanks. Pour le reste, nous n’avons pas d’yeux sur le terrain qui puissent repérer des ciblesnévralgiques.

Échec ou désastre ?

Bref, il semble évident que les paramètres de la mission ont été grossièrement simplifiés et que ses conséquences à court terme sont imprévisibles. Reste l’armée irakienne, formée par les meilleurs instructeurs états-uniens et munie desmeilleures technologies, mais qui, à ce jour, a fait long feu. On voit mal comment davantage d’armes ou d’entraînement changeront soudainement la finale de cette aventure. Nous reparlerons peut-être de la Syrie dans une autre chronique,mais pour l’instant la mission de soutien y a démarré... sans personne à soutenir.

Si cet échec assuré se transforme en désastre, ce sera parce que nous aurons aidé l’EI à mousser sa réputation et à recruter davantage de sunnites laissés pour compte, ce qui mènera à de nouveaux gains de territoire, la déstabilisation dela Turquie, la dispersion du conflit jusqu’aux frontières russes, l’entrée en guerre de l’Iran, les menaces nucléaires d’Israël et la galvanisation de milliers de terroristes qui s’ignorent dans les pays occidentaux.

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