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Compressions budgétaires | Emplois

Des personnes handicapées diplômées, mais sans emploi

Une mesure de compensation pour les entreprises est gelée par le gouvernement

Daphné Savard
Photo Camille Laurin-Desjardins Daphné Savard, semi-voyante, est découragée d’être toujours sans emploi après plus de six mois de recherche. Les contrats d’intégration au travail, gelés par le gouvernement, aidaient financièrement les entreprises qui embauchaient des personnes handicapées.

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Les personnes handicapées semblent à leur tour être victimes des compressions budgétaires. Des milliers d’entre elles n’ont pas accès à l’emploi depuis le gel d’une mesure incitative gouvernementale.

«Il aurait fallu que je reste enfermée dans un 1 1/2 avec mon chèque de BS? s’interroge Daphné Savard, une jeune semi-voyante fraîchement diplômée. J’aspire à mieux. Les personnes handicapées, on a quelque chose à apporter.»

La jeune femme de 24 ans est en colère. En juin dernier, elle a obtenu son diplôme avec mention dans une classe normale pour être adjointe administrative. Elle est en recherche d’emploi depuis près de six mois, elle a fait plus d’une quinzaine d’entrevues dans un domaine où il y a pourtant beaucoup d’emplois, mais elle n’a été embauchée nulle part.

C’est que les contrats d’intégration au travail (CIT), une mesure compensatoire versée par le gouvernement aux entreprises qui embauchent des personnes ayant un handicap, ne sont pratiquement plus accessibles depuis plusieurs mois.

Moins de rendement

Daphné est atteinte d’achromatopsie complète depuis sa naissance. Elle ne voit pas les couleurs – «seulement ce que vous appelez le gris» – ni de loin.

«Ce que vous voyez à 200 m, moi, je dois être à 20 m pour le voir, explique la dame de Longueuil. Et le soleil m’aveugle.»

Malgré cela, elle peut très bien occuper un poste de secrétaire. Elle possède des outils qui lui permettent de grossir un texte manuscrit ou à l’écran. Mais cela prend un peu plus de temps, évidemment.

«Il y a un peu moins de rendement, c’est sûr, dit-elle. La mesure CIT, ça permet de mobiliser quelqu’un pour nous aider quand on a un travail à remettre dans des délais plus serrés, par exemple.»

Sans cet argument, il est difficile de convaincre un employeur de l’engager elle, alors que d’autres peuvent assumer les mêmes tâches plus rapidement. Alors Daphné essuie refus après refus.

«Il y a des jours où ça fait vraiment mal. La semaine dernière, j’ai eu deux refus la même journée. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Même si on ne me dit pas que c’est à cause de mon handicap, je le sais...»

La jeune femme a l’impression que le gouvernement décourage les personnes handicapées d’aller sur le marché du travail.

«C’est comme si on nous disait: on va vous scolariser, mais après, c’est la loterie.»

Comble du malheur, Daphné n’a pas droit à l’aide sociale puisque son mari, apprenti plombier, a un gros salaire.

«Il ne nous reste plus grand-chose pour deux... Moi, je vis avec zéro, rien. Je suis obligée de dépendre de mon conjoint et de sa famille. C’est assez dégradant. Je vis dans le vieux modèle, deux pas en arrière!»

 

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