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Défense canadienne

Si la bureaucratie vous intéresse...

« Si la vie vous intéresse, joignez-vous à nous », disait à une époque le slogan de l’armée canadienne

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Photo Le Journal de Montréal, Chantal Poirier

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Une grande partie des 20 mil­liards $ que les Canadiens versent chaque année à l’armée ne visent plus à assurer la défense du pays, mais plutôt à nourrir une bureaucratie de plus en plus lourde.

Une grande partie des 20 mil­liards $ que les Canadiens versent chaque année à l’armée ne visent plus à assurer la défense du pays, mais plutôt à nourrir une bureaucratie de plus en plus lourde.

L’armée canadienne coûte de plus en plus cher sur le plan administratif, selon de nombreux documents obtenus en vertu de la Loi sur l’accès à l’information analysés au cours des derniers mois par notre Bureau d’enquête et par plusieurs experts en matière de défense.

Pendant que des restrictions de budget affectent l’entraînement de l’infanterie, le nombre de hauts dirigeants, lui, continue de grimper. Le quart des soldats sont des cadres, du jamais vu en comparant avec d’autres pays de l’OTAN analysés.

De plus, les soldats canadiens sont parmi les mieux pays de la planète. Leurs salaires sont parfois deux fois plus élevés que dans des pays comparables.

L’armée verse aussi à ses membres des millions de dollars en bonis et allocations, parfois injustifiables, admettent même les Forces (à lire demain).

15 000 $ par Canadien

Bien que les généraux de l’armée dénoncent avec virulence les compressions budgétaires des Forces, les dépenses annuelles ont pratiquement doublé depuis le début des années 2000, passant de 10 milliards $ à 20 milliards $.

Le gouvernement Harper prévoit de plus investir 490 milliards $ dans la Défense nationale au cours des 20 prochaines années, près de 15 000 $ pour chaque Canadien.

Cela inclut notamment l’acquisition d’une quinzaine de navires et de près d’une centaine d’avions, dont 65 de chasse (la saga des F-35 dont les coûts à prévoir sèment la discorde depuis quelques années. car les évaluations sont passées de 20 G$ à 100 G$ ).

La moitié du budget en salaire
Notre armée consacre la moitié (49,7 %) de son budget de 20 G$ en salaires (soldats, personnel civil et pensions), selon les données de l’OTAN. C’est 15 % de plus que les Américains et les Britanniques.
Pourtant, avec ses océans à défendre et ses flottes navale et aérienne vieillissantes, le Canada doit investir beaucoup dans ses équipements. Ainsi, les lourdes dépenses en salaire forcent le Canada à consacrer seulement 14,7 % de ses dépenses en équipements, comparativement aux États-Unis (24,7 %), la France (28,6 %) et le Royaume-Uni (23,1 %).
Notre Bureau d’enquête a rencontré Alan Williams, sous-ministre aux acquisitions au ministère de la Défense de 2000 à 2005. Selon lui, si le Canada dépen­se autant par soldat, cela pourrait s’expliquer parce que nous avons de bons équipements. «Mais ce n’est pas le cas, juge-t-il. Alors, c’est peut-être parce que nous payons trop pour maintenir les vieux équipements, parce que nous avons beaucoup d’officiers ou parce que les salaires sont plus élevés. Ce sont des questions légitimes auxquelles l’armée devrait répondre.»
Nos budgets militaires se comparent à ceux des armées les plus puissantes. Par soldat, l’armée canadienne n’est pas incomparable aux États-Unis. Le Canada est dans le top 20 des pays ayant les plus importants budgets militaires. Pourtant, près de 70 pays ont une armée avec plus de soldats. Par soldat, le Canada est le sixième pays qui dépense le plus parmi les 14 plus im­por­tants dépensiers de l’OTAN.

Sergents à 105 000 $
Peu de pays paient leurs soldats aussi bien que le Canada. Le salaire de base est presque deux fois plus élevé qu’aux États-Unis. Et l’écart se creuse davantage en mission à l’étranger, alors que le Canada offre une vingtaine d’indemnités additionnelles au salaire.
Notre Bureau d’enquête a obtenu, grâce à une demande d’accès à l’information, les différentes allocations venant bonifier le salaire des soldats en mission à l’étranger. En tenant compte de l’impôt, le salaire d’un sergent (sous-officier), doublera pratiquement en mission à l’étranger.
Le malaise Haïtien
Si l’Armée canadienne a reçu des éloges mondiaux en intervenant à Haïti après le séisme en 2010, ce déploiement a toutefois créé un certain malaise au sein des Forces, a-t-on appris, à cause des salaires et avantages versés aux soldats dé­ployés sur place.
Nos demandes d’accès à l’information montrent que pour un soldat ayant un salaire de base de 82 351 $, le total des allocations additionnelles lui a permis d’empocher 35 000 $ de plus. Comme ce montant était non imposable, le salaire net était doublé.
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