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Science | Nutrition

Le cerveau est accro aux calories

Nous sommes conditionnés à choisir les aliments les plus nocifs pour notre santé

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Photos d’archives
Même s’ils ont été globalement peu doués pour déterminer la valeur calorique exacte des 50 aliments qui leur étaient proposés, les cobayes ont pour la plupart choisi les plus riches, comme les croustilles et les Pop-Tarts.

N’en déplaise à ceux qui tentent de perdre du poids, le cerveau rame en sens inverse, car il est conditionné pour choisir les aliments les plus riches en calories, donc potentiellement les plus mauvais pour la santé.

C’est ce qu’a découvert une équipe de chercheurs de l’Université McGill qui a analysé le cerveau d’une trentaine de personnes en bonne santé lorsqu’elles choisissaient des mets.

«On voulait comprendre quelles sont les caractéristiques des aliments qui nous poussent à les vouloir, explique le Dr Alain Dagher, neurologue. Nous avons trouvé que le désir est déterminé par la densité calorique et non pas par le goût.»

Autrement dit, même si un individu déclare préférer une salade à un hamburger, lorsqu’il est confronté à ces deux aliments, les zones de son cerveau associées à la prise de décision donnent une plus grande valeur à l’aliment le plus calorique, donc au hamburger.

«En moyenne, plus il y a de calories, plus notre cerveau assigne de la valeur, donc plus on a tendance à choisir l’aliment», complète le Dr Dagher.

Cerveau mésadapté

Pour le neurologue, cette tendance lourde est le résultat de milliers d’années d’évolution.

«Notre cerveau a évolué dans un environnement où les calories étaient difficiles à trouver. Il avait donc avantage à les maximiser, explique-t-il. Le problème, c’est que maintenant on est dans un environnement où il n’y a pas de manque calorique. C’est la première fois dans l’histoire que nous sommes face à une telle abondance.»

Le Dr Dagher n’hésite pas à dire que notre cerveau est complètement mésadapté à son environnement actuel.

«Les adaptations qui nous ont permis de survivre comme espèce nous sont maintenant nocives», note-t-il.

Politiques publiques

Dans ce contexte, le chercheur souligne qu'il n’y a aucune évidence qu’afficher les calories sur les aliments a une quelconque influence sur les choix alimentaires.

«Pour la grande majorité des gens, ça ne change pas grand-chose», indique-t-il.

De plus, la qualité d’un plat ne se mesure pas uniquement en calories, insiste la nutritionniste Isabelle Huot. «Entre un verre de lait et un verre de Coke zéro, le verre de lait est plus calorique, mais il est aussi plus nutritif», illustre-t-elle.

C’est donc un «pensez-y-bien» pour les élus qui souhaitent imiter ceux de New York où les chaînes de restauration sont obligées d'afficher le contenu calorique de leurs mets.

En août, le conseiller montréalais Marvin Rotrand a fait une demande en ce sens au ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Pour le Dr Dagher, la solution passe plutôt par l’éducation des jeunes enfants. «Il est préférable de ne pas offrir aux enfants des aliments riches en calories, parce que leur cerveau apprend à les aimer».

Il plaide également pour la taxation de la malbouffe. «Le cerveau donne plus de valeur aux aliments caloriques, alors que les politiques publiques augmentent leur prix et ça influencera les choix des gens», lance-t-il.

«C’est sûr que la malbouffe est trop accessible par rapport aux aliments sains», renchérit Mme Huot, qui trace une ligne directe entre pauvreté et obésité.


24 % des Québécois sont obèses. À l’échelle canadienne, ce fléau aurait ainsi coûté 4,6 milliards $ à l'économie nationale, en 2008.

 
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