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La force du matériel

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Les informations numériques sont des objets dont nous confions le maniement à des machines. Souvent microscopiques et invisibles, ces informations n’en sont pas moins matérielles. Avec l'informatisation des différentes dimensions de nos vies, nous assistons donc à une matérialisation progressive de nos interactions humaines.

 

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Des chercheurs d'IBM et du Centre for Free-Electron Laser Science ont réussi à n'utiliser que 12 atomes de fer pour stocker 1 bit d'information. Un octet (8 bits, pour un caractère) en nécessiterait donc 96. En comparaison, les disques durs de nos ordinateurs ont besoin de plus d'un demi-milliard d'atomes par octet.
Image prise au microscope à effet tunnel : Sebastian Loth, Centre for Free-Electron Laser Science
 

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Plusieurs ont proclamé que nous assistions à une dématérialisation des activités humaines.

Dématérialisation de l’économie? Vrai. Divers domaines de production, commerce et services consomment de moins en moins de matière et d’énergie. Les nouveaux produits numériques peuvent être transportés, stockés et utilisés avec peu de matière et d’énergie. De plus en plus d'activités ont un caractère plutôt « intellectuel » : markéting, recherche et développement, conseils, formation.

Dématérialisation de la monnaie? De la finance? De l’information en général? Vrai aussi. Partout on remplace métal, papier et plastique par des supports électroniques plus performants.

Quatrièmes texte et audio de la série Vivre entre les lignes

Malheureusement, plusieurs ont cru que dématérialisation signifiait, littéralement, disparition complète de matière. Appliquée aux informations, une telle dématérialisation impliquerait qu’elles soient devenues immatérielles. Les gigantesques infrastructures formant l'internet ne serait qu'un nuage intangible. Un cyberespace se développerait dans un univers parallèle dont les propriétés échapperaient aux réalités du monde physique. Les législations des États y seraient inapplicables en pratique. Les flux d’informations seraient insensibles aux frontières nationales. Toute ambition de les contrôler se révèlerait illusoire.

La réalité a tôt fait d’infliger des démentis cuisants à ces croyances. Des États autoritaires filtrent les flux d’informations traversant leurs frontières. Ils contrôlent efficacement les informations auxquelles leurs citoyens accèdent. Plusieurs employeurs font de même envers leurs employés. Certains parents envers leurs propres enfants.

Malgré tout, le mythe de l’immatérialité des informations survit encore.

Supports efficaces

D’un point de vue informatique, aucune disparition complète de matière n’est possible. Les avancées techniques ne changent que les dimensions des supports physiques dont on peut ramener toutes les formes à un mot : écrit (ou écriture).

Nous n’avons jamais cessé de produire, conserver et communiquer des écrits. Pendant des millénaires, nos écrits ont été macroscopiques et employaient des quantités considérables d’atomes. Inscriptions sur argile, ardoise, papier, tissus. Ou sur disques de cire, vinyle ou polycarbonates. Aujourd’hui, les supports à nos écrits sont de plus en plus microscopiques.

Nous avons ainsi appris à écrire avec des électrons. D’abord pour communiquer les informations : télégraphe, téléphone. Puis les conserver sur des bandes, disques ou circuits magnétisables. Ensuite, les manier et transformer grâce à des tubes à vide, des semiconducteurs.

Nous avons aussi appris l’emploi des photons. Ceux de fréquences visibles pour l’affichage sur grands écrans en salle, puis sur écrans de plus en plus petits. Ensuite, pour communiquer à distance (fibre et disque optiques). Les photons de fréquences plus basses nous servent aux communications sans fil (radio, télé, cellulaire, wifi, etc.). Ceux de fréquences plus hautes, tels les rayons X, à la production d’informations sur l’intérieur des corps.

Nous et nos machines ne pourrons manier que des objets physiques. Cependant, nous réduisons sans cesse la taille des informations et des machines. Les limites ultimes de la microminiaturisation nous seront imposées par les propriétés mêmes de la matière.

 

Tendance réelle : la matérialisation

Un regard attentif révèle plutôt une matérialisation croissante de nos rapports humains. En effet, nos interactions entre nous impliquent de plus en plus d’objets physiques de trois types :

  • informations, sur nous ou le monde qui nous entoure;
  • machines, pour produire, conserver, communiquer et traiter ces informations; et
  • programmes, un type d’écrits nous servant à dicter nos instructions aux machines.

Cette matérialisation de nos interactions a plusieurs conséquences qui seront discutées à travers cette série.

La conséquence la plus immédiate est que la matérialisation de nos rapports interpersonnels devrait nous en faciliter la compréhension.

Exemple : la visite à l’urgence

Imaginez vous allant à l’hôpital pour une urgence mineure.

L’infirmière au triage prend quelques notes sur votre condition. Ces notes supportent visiblement une relation de soins entre patient et professionnelle de la santé.

Puis, l’infirmière demande votre carte d’assurance et produit une facturette. Ces objets signalent que vous êtes désormais dans une relation d’assurance entre assuré, assureur et fournisseurs de soins. Aussi infirmière soit-elle, la personne devant vous agit désormais à titre de préposée administrative de l’hôpital.

Ces maniements d’informations révèlent que vous, comme l’infirmière, avez successivement joué deux rôles différents dans deux relations très différentes.

Les échanges soutenant la première relation sont apparus plutôt informels et adaptés à votre situation particulière. Les gestes pour la seconde, standardisés et obligatoires. Manifestement, ces relations sont régies par des règles différentes.

Supports révélateurs ou dissimulateurs

La matérialisation des relations supportées par des informations permettrait donc de nous révéler ces relations : quand elles s’établissent; entre quelles personnes; jouant quels rôles; avec quelles libertés ou quelles règles plus ou moins strictes.

Dans plusieurs cas, cette matérialisation de la relation accroit notre dépendance envers les productions et maniements d’informations qui la supportent.

Or, rien ne prédétermine quels types d’informations doivent être produits et maniées dans une relation particulière avec quels degrés de libertés ou de contraintes. En conséquence, cette matérialisation peut révéler des situations de conflit dans les relations.

Par contre, la microminiaturisation numérique complique la reconnaissance des rapports interpersonnels établis. Car le ballet des électrons, photons et atomes servant à la production et au maniement d’informations échappent alors à la perception directe de nos sens humains.

À moins que quelqu’un commande aux machines de nous les révéler...

 

1 commentaire(s)

Denis825 dit :
12 octobre 2014 à 14 h 45 min

Oui je comprends bien qu'il peut y avoir des situations néfastes à ce que des informations sur nous soient dans un réseau auxquels on n'aurait pas accès nous-même, mais on voit, avec les Djihadistes et autres personnes vraiment mal intentionnées, que les informations les plus dangereuses, pour un état par exemple, se sont pas dans le matériel de ce qui constitue une personne mais dans l'âme de la personne et là même un bidule top miniaturisé n'y aura jamais accès.

Ce qui serait vraiment intéressant à mon point de vue c'est qu'on trouve dans la miniaturisation des supports informatifs, le moyen de réagir plus vite aux cellules djihadistes en dedans de notre corps qui nous attaquent personnellement.

Je lisais un article sur le CTC-iChip. C'est un bidule électronique de 2 pouces sur 1 qui à partir d'un échantillon de sang analyse quelles cellules cancéreuses métastasées circulent dans votre sang (CTC = circulating tumor cells). À partir de là, les médecins et chercheurs peuvent savoir quel médicament ou composition de médicaments peut le mieux vous guérir et réagir plus vite donc qu'avec les moyens traditionnels.

Imaginez un bidule comme ça qu'on miniaturisé tellement qu'on est rendu au niveau de l'atome et capable de vous l'injecter dans la circulation sanguine ! À partir de là il serait équipé pour transmettre (je rêve là..) ce que ça vous prend comme chimiques à votre ordinateur portable ou votre tablette et lorsque vous ouvrez votre ordinateur, celui-ci vous passe le message :"Aujourd'hui mangez telle chose ou allez vite voir votre médecin ou le pharmacien avec ce rapport que je vous transmet et demandez lui le produit X !"

Elle ne serait pas belle la vie ?