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Concours de médiocrité

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Comme la poussière retombe lentement sur cette semaine mouvementée, un certain nombre de conclusions s’imposent. En particulier, les sommets de médiocrité qui ont été atteints, de toutes parts.

Comme la poussière retombe lentement sur cette semaine mouvementée, un certain nombre de conclusions s’imposent. En particulier, les sommets de médiocrité qui ont été atteints, de toutes parts.

Nos deux «terroristes» sont les premiers à faire preuve d’une forme de médiocrité qui, contrairement à celles qui suivent dans les paragraphes ci-dessous, fut providentielle. Ils se sont conformés presque parfaitement au modèle du radical-minute dont le vase reçoit soudainement sa dernière goutte et qui passe aux actes sans la moindre préparation. Un tour sur Google Streetview et l’expédition de Bibeau aurait pu être autrement plus meurtrière: bibliothèque par là, caucus par ici. Selon RDI, le Canada doit être «ébranlé» par ces attaques. J’espère bien que non. J’espère bien que des millions de gens intelligents, éduqués et fiers sauront avoir une réaction plus rationnelle – et pas du genre, nous n’avons pas peur,mais...que les politiciens d’Ottawa ont déjà commencé à nous répéter.

Sécurité médiocre

La sécurité du Parlement fut également médiocre, c’est le moins qu’on puisse dire. Historiquement, la violence politique au Canada fluctue – ça tient presque du pléonasme, mais il semble qu’on doit encore le souligner – avec les grandes décisions politiques. En s’engageant militairement en Irak, il fallait s’attendre à une certaine réaction. Traditionnellement, cette réaction vise les symboles du gouvernement avec lequel on est en désaccord; premier symbole sur la liste: le Parlement, bien sûr. Et pourtant, il semble bien qu’un terroriste incompétent et désorganisé n’ait eu aucun problème pour y entrer.

La médiocrité du Canada en matière de prévention primaire est flagrante. Elle s’explique bien sûr par la rareté extrême des individus qui adoptent une vision du monde extrémiste (que sa saveur soit islamique, freemen on the land, ou autre). S’ils sont si peu, vaut-il la peine de mettre sur pied des ressources communautaires visant la soi-disant «déradicalisation»? Après tout, on finance au compte-gouttes les ressources anti-suicide, dont infiniment plus de gens ont besoin. Mais si les loups solitaires nous préoccupent tant, on pourrait facilement y mettre un peu plus de sérieux. Notez que la GRC va mettre 250 agents de plus sur le terrorisme, que les budgets du SCRS et du CSTC ont augmenté au point de ridiculiser ceux dont ils disposaient durant la Guerre froide. Quand on veut dépenser, ilpleutde l’argent.

Une approche « neurones »

La réponse gouvernementale qui s’en vient nous enfoncera certainement davantage dans la médiocrité: mis à part une annonce récente du premier ministre du Québec, personne n’a parlé des ressources communautaires manquantes. L’approche «musclée» du fédéral: nouveaux pouvoirs policiers, nouvelle surveillance de masse, davantage de secrets. Pourtant cette approche, déjà sur les stéroïdes, ne fait pas ses preuves. Il serait peut-être temps d’essayer l’approche «neurones». Ce n’est pas garanti, mais ça aura au moins l’avantage de faire changement (en passant si quelqu’un vous garantit zéro terrorisme, passez au prochain soumissionnaire. Quand c’est trop beau pour être vrai, ça l’est).

La palme de la médiocrité? Nous la recevrons tous si nous continuons de tolérer que le débat sur l’approche de la violence politique au Canada et au Québec se déroule à un niveau si désolant.

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