/misc
Navigation

Facebook: endoctrinement djihadiste égale profits

Coup d'oeil sur cet article

Le journaliste français Gurvan Kristanadjaja s’est créé un faux profil Facebook pour vérifier si vraiment on peut s’y mettre en contact avec des djihadistes. En quelques heures seulement, c’est le programme informatique de Facebook lui-même qui a transformé son fil de nouvelles en réseau djihadiste... pour mieux vendre de la pub.

Photo : AFP

J’ai déjà traité de l’algorithme de Facebook qui filtre votre fil de nouvelles et vous propose des « amis ». Tantôt, sur à quel point Facebook contrôle pour vous les contenus auxquels vous avez accès ou non. Tantôt, sur comment Facebook privilégie l’affichage de contenus à caractère émotionnel pour vous retenir sur son site.

J’ai aussi traité de combien aisément les médias sociaux peuvent nous enfermer dans une bulle d’opinion coupée des perspectives différentes.

Ici, je vous réfère à une démonstration aussi convaincante que troublante. Il vaut la peine de lire le récit illustré, Comment Facebook m’a mis sur la voie du djihad, de l'expérience de Gurvan Kristanadjaja de Rue89. Ou écouter l’entrevue qu’il a donnée hier à Catherine Perrin à Radio-Canada.

Ce récit est une parfaite illustration du rôle grandissant des machines numériques et de leurs programmes dans l’organisation de nos rapports aux autres et au monde. Kristanadjaja nous raconte comment et à quelle vitesse Facebook a profilé son personnage de jeune désœuvré comme pouvant avoir des sympathies islamistes. Puis aussitôt, comment le réseau social lui a offert des contenus et des contacts de plus en plus radicaux, jusqu’à des djihadistes combattant actuellement en Syrie.

Même s’il était journaliste faisant enquête, Kristanadjaja avoue qu’à force « de voir des morts, des décapités et des djihadistes, je commence à trouver ça normal. » Il démontre qu’il peut effectivement suffire que de quelques semaines de ce régime d’endoctrinement assisté par les ordinateurs de Facebook pour adhérer aux idées djihadistes, prendre contact avec les militants et finalement se joindre soi-même au combat.

Rappelons que toute cette spirale d’enfermement dans des bulles (de toutes sortes, politiques ou non) de plus en plus fermées, et même de plus en plus radicales a un but : faire passer le plus longtemps possible de temps sur le site Facebook : donc, exposer au maximum de publicités ciblées qui, fraction de cent par fraction de cent, assurent la fortune de cette entreprise... ainsi que celles des publicitaires et annonceurs.

Au fait, j'aurais apprécié que Kristanadjaja nous raconte aussi l’évolution parallèle des publicités proposées par Facebook. Jeans? Jeux vidéos? Librairies et éditeurs de livres religieux? Boutiques de surplus de l’armée? Sites de voyages et lignes aériennes? Préarrangements funéraires?

Il est grand temps de regarder et discuter plus sérieusement ce qu'il y a sous les capots de ces machines qui organisent nos rapports au monde.

1 commentaire(s)

J-F. Couture dit :
24 octobre 2014 à 16 h 09 min

@M. Péladeau: Tout cela vous surprend? Facebook bénéficie d'une rente absolument extraordinaire. Une marque de commerce devenue un nom commun comme, à une certaine époque, «Kodak» devenu synonyme d'appareil photo ou «Frigidaire» devenu synonyme de réfrigérateur et plus près de nous, «SkiDoo» devenu, au début de sa carrière et pour cause d'absence de concurrence durant un certain temps, seul mot signifiant «moto neige». Je me souviens d'un appel d'offre d'une société d'État qui demandait des soumissionnaires pour des «Ski Doos» et qui s'est fait dire par un des rares concurrents de Bombardier à l'époque que leur firme serait intéressée mais, écrivit-elle avec un certain humour, qu'elle ne satisfaisait pas à l'exigence spécifiant «Ski Doos»

«Suivez-nous sur Facebook». «Qu'en dit-on sur les «réseaux sociaux»? s'empressent-ils tous de dire, faisant ainsi gratuitement la pub d'entreprises devenues milliardaires sans avoir besoin de se payer de la pub. Alors que les médias et les producteurs de films et de séries ne mettent pas un produit en évidence si la firme n'a pas versé un écot, Facebook est sur toutes les lèvres, et gratos. Combien de fabricants d'autos, de vêtements, d'articles divers rêveraient de cela?

Le slogan «Si c'est gratuit pour vous, c'est que VOUS êtes le produit». C'est exactement cela avec le machin. Mr Facebook peut bien être mort de rire quand il clique pour voir son statut à la banque. :-)