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La guerre

Nous n’avons pas encore assimilé que la vie humaine n’est pas « détachée » du reste de la biologie

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Nulle part ailleurs dans le monde je ne me sens chez moi à ce point. Posté face au Bouclier, dans les bleus francs du matin, soulé par les odeurs salées de l’estuaire. Nulle part ailleurs je ne me sens Québécois à ce point. Comme en parfaite adéquation.

Nulle part ailleurs dans le monde je ne me sens chez moi à ce point. Posté face au Bouclier, dans les bleus francs du matin, soulé par les odeurs salées de l’estuaire. Nulle part ailleurs je ne me sens Québécois à ce point. Comme en parfaite adéquation.

Je navigue ici depuis que j’ai 15 ans. Je connais intimement cet écosystème et le souffle des géants. Mes enfants de 10 et 12 ans savent différencier le son d’un petit rorqual de celui d’un béluga, à plusieurs milles à la ronde. L’île Verte est le lieu de toutes mes certitudes.

En août, des amis ont appelé à la maison pour signaler un veau en difficulté sur la pointe est. Un autre… a dit Amoureuse. Avez-vous déjà vu une baleine morte dériver sur les eaux du fleuve ou échouée sur une batture? Je vous le jure, c’est assez rough sur le moral de l’homme. Ça reste comme en travers de la conscience. Quand on en voit passer régulièrement, ça finit par faire penser à la fin du monde.

Rien qu’à l’été 2012, on a retrouvé 17 bélugas sur les rives du Saint-Laurent. Un nombre record. Les chercheurs du GREMM ont d’ailleurs sonné l’alerte. S’agit-il des signes avant-coureurs de la disparition pure et simple?

Il faut dire qu’avant notre guerre contre le règne vivant et la biologie, 7000 bélugas vivaient dans l’estuaire du Saint-Laurent. Il en reste 1100 aujourd’hui. C’est le moment qu’on a choisi – comme peuple, comme espèce – pour construire un terminal pétrolier en plein cœur du sanctuaire où ils se reproduisent et se nourrissent.

The money

Après les refus britanno-colombiens et américains, c’est à nous qu’on demande désormais d’accommoder le plus rétrograde des projets industriels du monde, celui des sables bitumineux de l’Alberta-mon-Canada. TransCanada PipeLines veut déverser quotidiennement 1,1 million de barils de son fiel dans des vaisseaux d’acier qui caboteront ensuite sur les pourtours du parc Marin.

L’heure du béluga du Saint-Laurent a-t-elle sonné? La question n’est pas inopportune. Depuis 40 ans, la moitié des espèces vivantes de la planète terre ont disparu. So what? diront en chœur les partisans du PC, de la CAQ, du PLQ, du PLC et du PQ, qui battent la cadence. We need the money!

Un échec

C’est ce genre de choix – du peuple, de l’espèce – qui a récemment fait dire à David Suzuki que le mouvement environnemental avait échoué, après 50 ans de lutte. Il a raison. Nous n’avons pas encore assimilé que la vie humaine n’est pas «détachée» du reste de la biologie.

Rappelez-vous ces images pathétiques de la Conférence sur le climat à Copenhague en 2009 où des milliers de délégués des 4 coins du monde défilaient, hébétés de n’être pas même parvenus à s’entendre sur l’emplacement des virgules dans des textes édulcorés… pour ne pas dire insipides.

Que diront nos enfants éduqués dans la soi-disant «conscience écologique» d’aussi peu de cohérence? D’aussi peu de résultats. Gageons qu’ils voudront prendre d’autres moyens que la discussion pour basculer l’époque.

À la guerre comme à la guerre, pourraient-ils être tentés de dire. On comprendrait pourquoi.

 

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