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Hollande flaire l’odeur du pétrole

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Une odeur de pétrole flottera sur la visite du président socialiste de la République de France, François Hollande. La chose aurait été même impensable il y a vingt ans: il entamera sa visite au Canada en Alberta où la pétrolière française Total y a investi des milliards dans l’exploitation des sables bitumineux.

Une odeur de pétrole flottera sur la visite du président socialiste de la République de France, François Hollande. La chose aurait été même impensable il y a vingt ans: il entamera sa visite au Canada en Alberta où la pétrolière française Total y a investi des milliards dans l’exploitation des sables bitumineux.

En contrepartie, la canadienne Vermillion Energy est devenue le principal producteur pétrolier en France, à travers sa filiale Vermillion REP.

Quel pied de nez, et quelle bonne leçon (!), à la gauche québécoise anti-tout, venant d’un président socialiste caviar de la France.

Les autorités françaises font les yeux doux au Québec mais le président Hollande va d’abord là où se trouve le développement des intérêts économiques de la France. Il se rendra ensuite à Ottawa pour discuter avec Stephen Harper des «vraies affaires»politiques: de l’accord commercial Union européenne-Canada, de sécurité nationale, de géopolitique… Il s’arrêtera bien sûr, ensuite, quelques heures saluer les cousins du Québec.

Il s’agit clairement d’une visite de Hollande au Canada et non au Québec.

Au temps des colonies

La France est largement gagnante dans ses échanges commerciaux autant avec le Canada qu’avec le Québec. En 2012, le Canada y a exporté pour 3,1 milliards de dollars mais a importé pour 5 milliards de produits français.

Pour ce qui est plus spécifiquement du Québec, le Québec a importé pour 1,7 milliard d’euros (2,4 milliards $) et a exporté en France pour 0,9 milliard d’euros (1,27 milliard $) en produits québécois, même si le marché français est huit fois plus important que le marché québécois, 66 M d’habitants contre 8.

La balance touristique est aussi largement à l’avantage de la France. Toujours en 2012, 422 800 visites de Français au Canada ont été comptabilisées contre 729 300 visites de Canadiens qui se sont rendus en France.

Quelque 220 sociétés mères canadiennes sont présentes en France mais, à l’inverse, 550 sociétés mères françaises sont présentes au Canada.

Le Québec retient certes la part la plus importante des échanges économiques entre les deux pays, un peu plus de 40 %, et l’Ontario 30 %. Mais ces données donnent aussi tout leur sens aux propos de l’ambassadeur du Canada en France, Lawrence Cannon, en entrevue au Journal, lorsqu’il explique que la France vise maintenant à répéter dans les autres provinces ses relations exceptionnelles avec le Québec. Le mot approprié est nivellement. L’interlocuteur d’État à État est le gouvernement canadien; le Québec ne le sera que pour ses seuls champs de responsabilités constitutionnelles, comme pour les autres provinces.

Les traces de Sarko

Il est cependant évident que la dimension économique a pris radicalement le pas pour les Français sur les vieilles pirouettes politiques dans le triangle Paris-Ottawa-Québec.

C’était déjà le cas, sans nuances même, sous Nicolas Sarkozy, proche de la famille Desmarais, qui avait fait une profession de foi dans le fédéralisme canadien. Le programme de la visite de François Hollande traduit le même parti-pris pro-canadien du président socialiste.

Les appuis au Parti québécois et à la souveraineté du Québec sont présentement si bas qu’il n’est pas nécessaire pour les dirigeants français, actuellement, de faire semblant d’effeuiller la marguerite entre Ottawa et Québec.

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