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Le rôdeur (4/5)

Jake Gyllenhaal à son meilleur

Film de Dan Gilroy. Avec Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Riz Ahmed et Bill Paxton.

Le rôdeur
Photo Courtoisie Jake Gyllenhaal dans le film Le rôdeur.

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Vue par Dan Gilroy, la génération Y (que les Américains appellent aussi «millennials» ou «Generation 9/11») n’est ni cynique ni désespérée, elle est affamée.

Vue par Dan Gilroy, la génération Y (que les Américains appellent aussi «millennials» ou «Generation 9/11») n’est ni cynique ni désespérée, elle est affamée.

Lou Bloom (Jake Gyllenhaal qui, rappelons-le est né en 1980) est le représentant parfait de cette génération. Émacié (un plan de profil donne même l’impression qu’il est physiquement adapté à l’environnement brutal qui l’entoure), les yeux globuleux, le trentenaire vole du métal qu’il revend ensuite pour survivre. Un soir, alors qu’il sillonne l’une des autoroutes de Los Angeles, il tombe sur un «nightcrawler» (le titre original du film, qu’on pourrait traduire par «rôdeur nocturne»), c’est-à-dire un reporter (incarné par Bill Paxton) qui va filmer les accidents, incendies, meurtres et autres faits divers particulièrement sanglants ou violents pour ensuite revendre les images aux stations de télévision.

Lou a alors une illumination. Ça, il est non seulement capable de le faire, mais il est prêt à tout pour gagner de l’argent. Équipé d’une caméra vidéo obtenue chez un prêteur sur gages en échange d’un vélo qu’il vient de voler et d’un scanner de fréquences policières, il débute sa carrière. Le hasard le fait tomber sur Nina Romina (Rene Russo), directrice de l’information d’une station de télé qui doit impérativement augmenter les cotes d’écoute des nouvelles du matin sous peine de perdre son emploi. Qui dit «nouvelles qui marchent» dit forcément «sang» et comme Lou est débrouillard, il ne tarde pas à devenir son fournisseur numéro 1 de faits divers nocturnes.

La suite est une «success story» à l’américaine: le mec en bas de l’échelle parvient à se monter une entreprise qui marche du feu de dieu, grâce à son travail acharné, son sens des affaires et la compréhension instinctive du marché.

Pas de jugement

C’est là que le scénario de Dan Gilroy est impressionnant. Plutôt que de chercher à nous livrer une leçon de morale en utilisant la fameuse technique de psychologie inversée, l’auteur (qui assure également la mise en scène) se contente de relater les «exploits» de Lou. Pas de jugement moral, pas de problème éthique, pas de questionnement existentiel de la part de ce personnage principal, dont le type est peu exploité au grand écran. Lou fait d’ailleurs un peu penser à Gordon Gecko, mais sans sa brutalité.

Lou navigue dans ce monde post 11 septembre et post crise économique avec pragmatisme. Si ce n’est pas lui qui part à la recherche d’images d’horreur tous les soirs, c’est quelqu’un d’autre qui le fera. Si ce n’est pas lui qui se fait suffisamment de fric pour se prendre un assistant (Riz Ahmed) – en stage non rémunéré quand même –, c’est quelqu’un d’autre qui aura cette chance. Bref, il ne s’embarrasse pas de détails ni d’interrogations morales.

Lou est-il un psychopathe (même si le terme a tendance à être un peu galvaudé ces temps-ci)? Lou a-t-il tort? Que ferions-nous à sa place? Les questions sont lancées au public et les réponses ne sont pas si évidentes que cela.

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