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Obligés de cumuler deux emplois

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Baisse de l’aide fédérale aux arts, coupures par le gouvernement Couillard dans les crédits d’impôt pour les tournages cinématographiques, les artistes verront vraisemblablement leur situation précaire se détériorer davantage, avance une étude publiée jeudi par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS).

L’étude, qui s’appuie sur un échantillon de 400 travailleurs du secteur culturel québécois, déboulonne un mythe devenu récurrent chez une poignée de polémistes: celui que les artistes sont des enfants gâtés, privilégiés par le système.

Pour un réalisateur bien en vue qui tourne à Hollywood, combien d’autres triment dur et évoluent bien souvent dans la précarité financière.

«Afin d’assurer leur survie matérielle, les travailleurs n’ont d’autres choix que de systématiquement courir d’un projet à l’autre, ce qui les expose à des périodes de travail intensives, souvent suivies de périodes de chômage», écrit le chercheur Francis Fortier.

Les deux tiers des personnes consultées affirment devoir cumuler deux emplois et «les contrats ne suffisent pas à leur garantir soit du travail sur une base régulière soit un revenu considéré comme satisfaisant», est-il mentionné dans la note.

Et pour plus de 27 % des répondants, travailler à l’extérieur du domaine culturel est nécessaire «afin de sécuriser leurs revenus».

Un salaire médian plus bas

Les données de l’IRIS tendent à démontrer que les artistes gagnent moins que la population en général.

Le revenu médian annuel est de 30 000 $ comparativement à 37 440 $ pour les autres travailleurs.

«C’est dire que la moitié des gens sondés vivent une situation d’emplois contractuels qui se transpose dans leur rémunération.

Plusieurs répondants ont dû travailler sur quatre à sept projets différents afin d’obtenir un revenu annuel brut avoisinant les 30 000$», a analysé M. Fortier.

Un autre élément de perspective: si le secteur, comme bien d’autres, est aidé par l’État, les artistes doivent aussi bien souvent «travailler sur des projets qui ne voient finalement jamais le jour».

Environ 50 % des artistes ont déjà vécu cette situation frustrante et le nombre moyen de projets non réalisés est de 4,3 par artisan, selon l’étude.

«Dans bien des cas, les artistes doivent, en plus de leur savoir-faire et de leur temps, fournir une part d’investissement financier dans l’espoir de voir aboutir ces projets», a relaté M. Fortier.

Selon le chercheur, la baisse de l’aide gouvernemental risque d’aggraver la situation précaire des artisans. «Il est fort probable que le risque financier pris par les artistes ainsi que leur travail non monétisé prennent de plus en plus d’ampleur pour préserver le dynamisme de l’industrie audiovisuelle», a-t-il conclu.

Un secteur d’importance, rappelle l’étude

La note comporte aussi des éléments pour attester de l’importance de ce secteur dans l’économie. Bien qu’il n’existe que peu de données actuellement pour le Québec, au sein du Canada, le produit intérieur brut (PIB) des industries culturelles (qui incluent la culture et le sport) est de 53,2 milliards $, ce qui représente 3,4 % du PIB.

De ce total, 40,7 milliards $ sont attribuables au secteur culturel. En 2010, 704 000 personnes y travaillaient, ce qui représente 4 % des emplois.

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