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Les artistes seraient-ils devenus les nouveaux mécènes de la culture au Québec?

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Il existe deux caractéristiques pour qu’une idée soit considérée comme un mythe. La première, c’est que celle-ci ne possède aucun fondement empirique, c’est-à-dire qu’elle est imaginaire. La seconde, le mythe est une croyance si forte qu’une société peut éventuellement la considérer comme une réalité.  C’est exactement la définition que l’on peut attribuer à plusieurs idées entourant le travail des artistes. Il nous est tous arrivé d’entendre dire, le plus sérieusement du monde : «Les artistes, ça travaille pas ce monde-là», « Un artiste ça ne fait pas du vrai travail», «C’est juste des parasites qui vivent au crochet de la société» ou encore la triste célèbre affirmation : «Des os&*! de gratteux de guitare». L’IRIS s’est penché sur l’organisation et les conditions de travail des créatrices, créateurs, artistes et artisan.e.s de l’audiovisuel dans une nouvelle note de recherche intitulée : « Le travail des artistes est-il payé à sa juste valeur? ». Dans cette note, nous exposons, en plus des conditions de travail des artistes de l’audiovisuel (nous utilisons artistes pour nommer tant les auteurs, les scénaristes, les techniciens, les auteurs, les réalisateurs... pratiquement tout le monde qui travaille dans l’audiovisuel) leur investissement en temps non-rémunéré et en argent pour s’assurer du dynamisme de la culture au Québec.

Il est vrai que les gouvernements financent la culture, mais avec les coupures du gouvernement Harper et les coupures de 20% des crédits d’impôt du gouvernement du Québec, cette tendance n’est donc pas à la hausse, ce qui n’est pas nécessairement encourageant. Surtout qu’à la suite de l’analyse des données que nous avons recueillies, nous nous sommes rendus compte qu’une partie du manque à gagner en termes d’investissement est pris en charge par les personnes qui travaillent dans ce domaine. Et pour ceux qui croient que l’économie va régler par elle-même le problème en éliminant les «produits» culturels non-viables, nous les inviterions à lire l’économiste Pierre Fortin à cet effet, qui nous explique que « L'affirmation malheureusement répandue selon laquelle les entreprises culturelles locales qui ne passent pas le test de la rentabilité marchande pure devraient disparaître contredit non seulement le gros bon sens, mais également tous les canons de la science économique contemporaine appliqués au secteur culturel. »

Comment se décline l’investissement des artistes dans le secteur de l’audiovisuel? Dans un premier temps, les artistes travaillent en moyenne 3,2 heures par semaine sans être payés. Ce qui fait environ 5 semaines par année pour lesquelles ils ne reçoivent pas, et ne recevront jamais, une compensation monétaire. Ensuite, c’est près d’un projet (ce sont des projets artisanaux) sur cinq (20,9%) de tous les projets (même ceux ayant un producteur ont été calculés) qui ont nécessité un investissement de la part des artistes. L’investissement moyen des artistes est de 2048$, et pour 20% de ces investissements, il a fallu que les artistes empruntent pour investir.  Et il ne faut pas oublier que le revenu médian des artistes de l’audiovisuel n’est que d’environ 30 000$, ce qui est 7000$ plus bas que dans la population en général.

Il est difficile de savoir combien d’investissement en temps et en argent est ainsi injecté dans l’ensemble du secteur de l’audiovisuel par les artistes eux-mêmes. Mais une estimation conservatrice nous donne un montant variant entre 10 et 13 millions de dollars annuellement. Il n’est pas normal que ce soit les personnes qui travaillent dans un domaine qui doivent autant prendre en charge le financement de ce secteur. De plus, avec un montant aussi important, c’est à se demander si les mécènes les plus importants en culture ne sont pas justement les créatrices, créateurs, artistes et artisan.e.s de l’audiovisuel.

10 commentaire(s)

Claude C. dit :
31 octobre 2014 à 11 h 43 min

Excellent texte. Ça nous aide à mieux définir la réalité du monde des artistes.

Needle dit :
31 octobre 2014 à 14 h 51 min

Si les gens ne sont pas prêt à payer pour votre production culturelle (par don, par achat ou par droit d'entrée), c'est qu'elle ne vaut pas son coût. Ce n'est pas parce que vivre avec seulement les revenu de la culture est difficile que nous devons les financer par la taxation.

Le domaine des arts corporels est artistique n'est-ce pas? Pourtant les tatoueurs n'ont aucun problème à vivre de leur art! Les arts corporels ne font pas que des tatouages et des piercings, il font aussi beaucoup de toiles ou d'accessoires. Vous pouvez acheter des machines à tatouer fait à la main. Vous pouvez acheter des bijoux en bois. Vous pouvez acheter des toiles et des reproductions. Le tatoueur Shawn Barber est plus connu pour ses peintures (magnifiques!) que ses tatouages (moyens)!

Si votre art n'intéresse personne, c'est peut-être qu'il est dénué d'intérêt. Voulez-vous vraiment avoir des comptes à rendre à des fonctionnaires? Est-ce possible que les art soient un domaine volatile parce qu'il relève du luxe?

Est-ce que les graphistes sont des artistes? Devrions-nous les subventionner? La plupart travaillent comme travailleur autonome et ils peuvent vivre bien de leur production. Évidemment la compétition est féroce parce que beaucoup veulent poursuivre cette carrière. Est-ce que subventionner le secteur les aiderait? Non, ça ne ferai que cacher la réalité.

Le mot artiste est tellement large qu'il englobe des groupes de gens qui n'ont rien à voir entre eux. La réalité c'est que la culture subventionnée au Québec ne rejoint pas son public. En continuant dans cette voie, on en fait une culture déconnectée de la réalité et la condamne à se marginaliser.

Lorsqu'une personne comme moi amène ces arguments (la déconnection entre les artistes et le public), on l'accuse de favoriser la marchandisation de la culture. Vous deviez peut-être vous demander pourquoi ceux qui financent (indirectement) la culture ne sont pas attiré par celle-ci. Et moi qui croyait naivement que la culture était un moyen de communication et ne visait pas l'artiste mais bien le public.

J-F. Couture dit :
31 octobre 2014 à 14 h 57 min

Les artistes sont des passionnés. Ce sont des créatifs, des inventeurs, des persévérants. Ils sont essentiels à un monde civilisé. Ça n'est pas pour rien que les obscurantistes religieux qui travaillent à la destruction de sociétés s'attaquent toujours aux arts et aux artistes ainsi qu'aux femmes dès qu'ils prennent le pouvoir quelque part. Rappelez-vous le honteux épisode des Bouddhas de Bamyan, les incendies de bibliothèques, les interdictions de musique, etc.

Z'avez déjà entendu un artiste, un vrai, parler du temps qu'il lui reste «à faire» avant de «lâcher la job», de prendre enfin sa retraite? Perso, je n'en ai jamais entendu un. Un écrivain reste un écrivain tant qu'il est capable de faire glisser sa plume, (ou taper sur son clavier.) Le musicien va jouer de son instrument jusqu'à ce qu'il ne soit plus capable. Pareil pour le chanteur, le comédien, le réalisateur; et qui encore?

Bref, tous ces quidams mal embouchés qui parlent de ce qu'ils ne connaissent pas et ce, pour des raisons que je ne vais pas évoquer juste par charité chrétienne, m'insupportent au plus haut point avec leurs poncifs et leurs platitudes.

Les artistes ont tout mon respect même si je ne fréquente pas toutes les facettes des arts qui nous entourent. Ce n'est pas parce que je ne connais pas un volet ou un autre que je vais me mettre à dénigrer ceux qui s'y adonnent et ceux qui apprécient.

Par contre, ceux que je fréquente ou ai fréquenté plus intimement me convainquent de la nécessaire présence des artistes pour à la fois donner un sens à l'existence et aussi, au besoin, en alléger le fardeau.

N'est-ce pas Nietzsche qui a écrit: «Sans la musique, la vie serait une erreur» ? Bien entendu, les plus ardents contempteurs des arts et des artistes n'en ont rien à cirer de cet Allemand qu'il ne connaissent ni d'Ève ni d'Adam.

Chapeau les artistes et merci.

Lucien T dit :
31 octobre 2014 à 15 h 18 min

Il faut dire aussi qu'au Québec, les artistes ne s'aident pas. Certains ne se gênent pas pour faire la promotion de la souveraineté alors que 60% de la population est contre. Les gens se disent qu'untel qui vit avec leurs impôts devrait se garder une petite gêne avant d'appuyer publiquement le PQ. La majorité des gens qui regardent les émissions de télé sont des fédéralistes. Alors, lorsque des artistes qui jouent dans ces émissions ne manquent pas une occasion pour s'afficher souverainistes, ils manquent totalement de respect envers ceux qui les font vivre!

Needle dit :
31 octobre 2014 à 16 h 26 min

"Ça n’est pas pour rien que les obscurantistes religieux qui travaillent à la destruction de sociétés s’attaquent toujours aux arts"

Sur quelle planète vivez-vous? Il n'y a rien d'artistique dans tout ce qui est religieux? Vous ne valez même pas la peine que je vous réponde adéquatement.

"Les artistes ont tout mon respect"

Les artistes oui. Les parasites non.

Martine dit :
1 novembre 2014 à 12 h 21 min

Alors à lire cet extrait du commentaire de Needle : "Si les gens ne sont pas prêt à payer pour votre production culturelle (par don, par achat ou par droit d’entrée), c’est qu’elle ne vaut pas son coût.", on pourrait penser que tous les téléchargements illégaux de chansons ou de films sont pour vous des produits qui n'en valent pas le coût... Ben voyons, je rêve ou quoi ? C'est du grand n'importe quoi ! Est-ce que cette personne réalise que les artistes font partie de la culture d'un peuple ? Que sans eux, notre vie serait plus morne, moins agréable ? Needle, vous n'écoutez jamais de musique, vous ne visionnez jamais de films ? Il faudrait que vous preniez contact avec la réalité... tous ces films, toutes ces chansons que vous aimez ont tous TOUS été téléchargés illégalement au moins une fois. Est-ce parce qu'ils n'en valaient pas le coût ? Permettez moi de vous dire, avec toute la retenue dont je suis capable, que votre commentaire est odieux....

J-F. Couture dit :
1 novembre 2014 à 16 h 07 min

@Needle, 31 octobre 2014 à 16 h 26 min: « Vous ne valez même pas la peine que je vous réponde adéquatement.»

Mais dites donc, il semble que je vous ai sérieusement piqué; pourtant mon « 31 octobre 2014 à 14 h 57 min» ne s'adressait pas à vous plus qu'à d'autres sinon je vous l'aurais adressé directement avec un @Needle.

Quant à la fraction religieuse de mon commentaire, elle me semblait assez claire: J’ai pris la peine de parler des «obscurantistes religieux» pas de tous les religieux. Misère!

Ça n’est pas pour rien que j’ai cité comme premier exemple d’obscurantisme la destruction des bouddhas de Bamyan, qui, comme vous n’avez pas l’air de le savoir, étaient de magnifiques œuvres artistiques «religieuses». Pour être encore mieux compris, j’aurais pu parler de la magnifique église Saint-Ambroise, – ma première église – œuvre d’Ernest Cormier ou encore des peintures «religieuses» d’Ozias Leduc ou des magnifiques vitraux, tout aussi «religieux», de Guido Nincheri. Et j'aurais pu ajouter tous les européens de la Renaissance qui ont produit de magnifiques œuvres religieuses.

Bref, vous vous êtes senti visé exclusivement alors que ça n'était pas le but.

Geneviève dit :
2 novembre 2014 à 10 h 28 min

Cher public,

Premièrement, en tant qu'artiste musicienne, je peux vous dire que pour les artistes ont un grand respect leurs publics. Être artiste, c'est d'abord une vocation et non un choix. Plusieurs artistes m'ont aidé à vivre, à me comprendre et m'ont soutenu dans les moments difficiles sans le savoir avec leurs musiques, leurs art. Je suis certaine qu'ils l'ont fait pour vous aussi. Je pense que c'est au gouvernement de s'occuper de mettre un place un système , adaté à leurs situation particulière. Par exemple, en France, il existe un système l'intermitence du spectacle, qui permet aux artistes de vivre convenablement lorsqu'ils sont en création et non en période de concerts. Le gournement Harper a fait de grandes coupures qui nuisent énormément à notre culture et à nos conditions de vies au quotidien. Les artistes n'ont pas le choix de créer, comme je le disais plus tôt, pour nous c'est une obligation. Donc, ça serait bien que le gouvernement créer un système adapté à notre situation.

Mathieu dit :
3 novembre 2014 à 13 h 07 min

Bonjour ! Il faudrait définir le mot artiste . Plusieurs artisans et travailleurs autonomes n'ont jamais été subventionné pour leur travaille .Un ébéniste qui crée seul dans sont atelier devrait-il être subventionné,une personne qui crée des lampe artisanales devrait -il être subventionner etc... Alors on pourrait tous l'être ! Les subventions ,c'est une drôle d'affaire "je connait des gens qui aurait mériter un petit coup de main pour développer leur idées et n'avait droit a aucune aide .Et d'autres qui on eu une bourse pour faire du canot tout l'été .Son concept faire des photos en chemin et passer ça comme du grand art ! Les bourses sont souvent obtenus par ceux qui son capable d'écrire un grand texte abstrait ,un concept un peu compliqué .Ce qui vas épater les membres du jury qui décide a qui vont avoir les bourses . (C'est un peu comme l'obtention des contrats de construction ,Beaucoup de magouille )

Un journaliste qui ce donnerait la peine de faire une enquête. A quoi sert c'est bourses serait bien surpris. Mon avis est que c'est bourse ne devrait pas exciter. si tu veux faire du canot ou filmer une balle rebondir et mettre ça au musée c'est ton affaire , mes que mes taxes finance cela non merci ! Sinon tous le monde devrait avoir des subventions ,la personne qui travaille une sculpture en bois dans son garage .Celui qui restaure un meuble ,celui qui fait un magnifique jardin dans sa cour .Pourquoi une balle qui rebondie dans un écran au musée ( accompagné d'un beau grand texte savant ) devrait être subventionné et pas l'ébéniste qui crée un meuble utile . Les artistes si vous n'arriver pas a vivre de votre art faite comme plusieurs artisans et travailleurs trouver-vous un travail a temps partiel en attendant que votre art marche ! bienvenue dans la réalité ! Mathieu L’artisan

Needle dit :
3 novembre 2014 à 13 h 28 min

Vous avez tous raison. Nous devrions subventionner la culture sans limite. C'est au gouvernement de décider ce qui sera une production artistique acceptable. Les artistes ont des comptes à rendre aux fonctionnaires, pas à leur public ou à ceux qui les financent.

Le gouvernement est le centre de la société. Ses décisions représentent le bon goût et ce sont des choix de société. Si vous avez des goûts différents, vous serez taxé pour financer les autres.

Dans la vie il existe les artistes et les autres. Personne n'est entre les deux. Personne n'est artiste à temps partiel. Pour être artiste il faut absolument vivre de son art. Il serait impensable qu'un professeur ait un band avec qui il pratique dans ses temps libre. Il serait impensable qu'une infirmière arrive le soir chez elle pour faire de la peinture! Il serait impensable qu'un pompier écrive de petites histoires dans ses temps libres!

La culture ne représente donc que ceux qui sont subventionné et c'est aux autres de se faire taxer. Quelle magnifique société, des fonctionnaires avec du goût qui décident qui recevra du financement.

Et n'allez pas croire que mon commentaire est remplis de sarcasme! Je crois sincèrement chaque mot (évidemment!).