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Obésité

Maigrir après une chirurgie bariatrique

De plus en plus de personnes obèses ont recours à la chirurgie bariatrique pour maigrir

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À une certaine époque, Joanie Pellerin pesait plus de 300 livres. En avril 2012, elle a décidé de prendre le taureau par les cornes et de subir une chirurgie bariatrique pour régler ses problèmes d’obésité morbide.

À une certaine époque, Joanie Pellerin pesait plus de 300 livres. En avril 2012, elle a décidé de prendre le taureau par les cornes et de subir une chirurgie bariatrique pour régler ses problèmes d’obésité morbide.

La femme de 33 ans n’avait plus le choix. Pendant des années, elle avait fermé les yeux sur son problème. Résultat: en plus d’avoir une faible estime d’elle-même, elle voyait sa santé menacée. Aujourd’hui, avec 150 livres en moins, elle a accepté de raconter son expérience en espérant que son témoignage en incitera d’autres à se prendre en main.

Vous étiez atteinte d’obésité morbide et, en avril 2012, vous avez eu recours à une chirurgie bariatrique ?

Oui, par laparoscopie. On m’a placé un anneau ajustable en silicone autour de la partie supérieure de l’estomac pour réduire sa dimension afin de diminuer mon appétit et d’entraîner ainsi une perte de poids.

À l’époque, quel était votre poids ?

Environ 300 livres. La journée de mon opération, je pesais environ 250 livres, car le médecin m’avait demandé de perdre du poids avant la procédure pour bien démontrer ma motivation, et j’avais réussi à perdre une cinquantaine de livres.

Pour votre santé, vous n’aviez plus le choix ?

J’aurais pu devenir diabétique ou développer des problèmes cardiaques. Je souffrais énormément des pieds, et j’avais de la difficulté à me tenir debout ou à marcher plus de 10 minutes. Ça me faisait tellement mal que, parfois, j’en pleurais. J’étais rendue à bout et je n’avais pas d’autres choix que de me prendre en main.

Votre objectif était de peser 175 livres, combien de livres avez-vous perdues à la suite de l’intervention ?

Une centaine de livres. Aujourd’hui, je pèse 165 livres, car j’ai pris du poids dans les derniers mois. Je me suis rendue à 150 livres, mais je me suis laissée aller dernièrement en mangeant davantage d’aliments sucrés. Je suis en train de reperdre mes livres en trop, et mon objectif est d’atteindre les 140 livres.

Vous avez donc réussi à maintenir votre poids depuis l’opération ?

Oui, mais ça prend de la discipline. Malgré le port de l’anneau, on peut engraisser si on fait des excès alimentaires. L’anneau n’est pas une solution miracle.

Comment s’est déroulée l’intervention ?

L’intervention dure 45 minutes environ. Après l’intervention, j’ai ressenti un peu de douleur. Pendant trois jours, j’ai dû dormir en position assise. Et, dans les jours qui ont suivi, j’avais mal aux épaules, dans le dos et dans le ventre, mais il ne s’agissait pas de malaises insupportables. Après trois semaines, je me sentais complètement rétablie et j’ai repris mes activités.

Et qu’en est-il de l’alimentation ?

Pendant les trois semaines, je me suis nourrie de liquides. Ensuite, j’ai mangé des aliments tels des yogourts, des puddings, de la sauce à la viande pour enfin m’alimenter comme d’habitude, mais en évitant les aliments trop consistants.

Avez-vous eu des complications après l’opération ?

Non, aucune. Par contre, un mois après, j’ai dû me faire enlever la vésicule biliaire. Certains sont d’avis que les problèmes à la vésicule biliaire se manifestent en raison de la trop grande perte de poids, mais ce n’est pas nécessairement ce qui s’est produit dans mon cas.

Quels ont été les impacts de votre perte de poids sur votre vie ?

Depuis l’opération, j’ai l’impression d’être une nouvelle femme. En perdant du poids, j’ai repris confiance en moi et je m’affirme davantage. Je peux m’habiller dans toutes les boutiques: ça m’a coûté une fortune depuis deux ans. Bref, j’ai l’impression de me redécouvrir.

Vous avez changé du tout au tout ?

Oui, en 2009, j’ai fait une grave dépression parce que je ne m’aimais pas. J’avais peine à sortir de chez moi tellement j’avais honte de mon apparence. Aujourd’hui, je suis plus souriante, plus ouverte, de meilleure humeur.

C’est difficile d’être obèse ?

On vit dans une société où l’apparence physique joue un rôle primordial. Il est parfois difficile, en étant obèse, de se trouver un emploi, de vivre des relations amoureuses saines. On est souvent victimes de moqueries. La vie au quotidien est aussi difficile.

Que voulez-vous dire ?

Il est très difficile pour une personne obèse de voyager en avion, étant donné l’espace restreint. Même chose pour les manèges dans les parcs d’attractions. Combien de personnes obèses ne peuvent pas en jouir en raison de leur poids? Et ça n’est guère mieux dans le métro. À plusieurs reprises, j’ai été victime de regards désapprobateurs parce que j’empiétais sur la moitié de l’autre siège.

Quelles sont les raisons qui vous ont menée à l’obésité ?

Je n’ai jamais su comment bien manger. Ça ne m’intéressait pas de le savoir non plus et surtout je ne faisais pas attention à ce que je mangeais. J’ai toujours aimé le sucré et je ne m’en privais pas. En plus, mon estomac n’avait pas de fond. Je pouvais manger 5 assiettes de spaghetti de suite et vider un pot de crème glacée en une seule soirée, et j’avais encore faim. L’obésité est une maladie. Je suis devenue dépendante à la nourriture. J’en avais besoin pour survivre et surtout je me consolais en mangeant toujours plus.

Après l’intervention chirurgicale, vous avez changé vos habitudes alimentaires ?

Je m’alimente sainement, mais je me permets tout de même de petites gâteries. Le port de mon anneau me donne un grand coup de main, car il contrôle la quantité de nourriture que je peux manger. C’est grâce à l’anneau que j’ai pu enfin me sentir rassasiée, ce que je n’avais jamais vécu auparavant. Je n’ai jamais fait non plus d’exercice. Aujourd’hui, ça fait partie de ma vie. Je m’entraîne au moins deux fois par semaine et je marche énormément. C’est une grande fierté pour moi, car, auparavant, j’avais peine à me tenir debout.

Aviez-vous essayé d’autres moyens pour perdre du poids ?

Oui, les Weight Watchers, en 2006. Ça n’a pas fonctionné, car je trouvais le cadre trop rigide. En 2009, j’ai même essayé un médicament que le médecin m’avait prescrit. Il avait pour effet de me faire rejeter tout le gras que j’ingérais. Je n’ai pas du tout apprécié ses effets, ça me rendait malade.

Certains pourraient croire que vous n’avez pas mis tous les efforts nécessaires pour perdre votre poids naturellement ?

J’aurais pu perdre mon poids naturellement, mais je sais très bien que j’aurais pu le regagner, tout naturellement également. J’ai réfléchi deux fois plutôt qu’une avant de recourir à la chirurgie. D’abord, on fait subir un changement à son corps, avec les complications que ça pourrait engendrer. De plus, il faut complètement changer ses habitudes de vie. Pour le reste, je déplore que plusieurs personnes qui ont recours à la chirurgie bariatrique n’en parlent pas. Ils préfèrent faire croire aux autres qu’ils ont perdu leur poids en faisant de l’exercice de peur d’être jugés. Dans mon cas, c’est la meilleure décision que j’ai prise de ma vie, et je n’ai pas honte de dire par quel chemin je suis passée si ça peut aider.

Psychologiquement, avez-vous trouvé difficile de vivre une telle transformation ?

Oui, car on vit beaucoup de changements très rapidement et ça n’est pas toujours facile de s’adapter. En perdant du poids aussi vite, je suis devenue euphorique. Alors, je me suis mise à repenser complètement ma vie au point de m’en étourdir, car je ne savais plus où je m’en allais. C’est bien beau la chirurgie bariatrique, mais je crois qu’il devrait y avoir un suivi psychologique plus serré pour nous préparer à vivre l’après-chirurgie.

Aujourd’hui, votre perception de vous-même a-t-elle changé ?

Difficile à croire, mais non, pas complètement. J’ai encore besoin de travailler sur la perception que j’ai de moi-même. Ça sera probablement le combat de ma vie.


En bref

  • La pose d’un anneau gastrique est l’une des méthodes qui existent en chirurgie bariatrique pour perdre du poids.

  • Depuis mai 2009, la chirurgie bariatrique est couverte par la RAMQ. L’option du privé demeure tout de même accessible, mais coûte dans certaines cliniques plus de 20 000 $

  • Étant donné la forte augmentation des cas d’obésité au Québec, les listes d’attente ne cessent de s’allonger. Le temps d’attente peut atteindre jusqu’à 5 ans dans certains centres hospitaliers.

  • Recevoir l’anneau ne règle pas systématiquement le problème d’obésité.

  • La discipline alimentaire et l’ajout d’exercice physique sont essentiels. Les habitudes alimentaires doivent changer considérablement, car même si la quantité d’aliments ingérée est grandement diminuée, si leur teneur en calories est très élevée, ceux-ci seront absorbés par l’organisme et freineront la perte, ou favoriseront la prise de poids.

  • Les suivis réguliers avec l’équipe de chirurgie bariatrique sont primordiaux pour procéder aux ajustements et prévenir les complications. Bref, dans la majorité des cas, le résultat pour chaque personne est conditionnel à son degré d’implication.

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