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Ces vedettes qui se croient tout permis

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Depuis le début de l'affaire Ghomeshi, une chose me chicote. L'animateur radio de la CBC pensait-il vraiment que ces agressions sur des jeunes femmes ne seraient jamais révélées au grand jour?

Depuis le début de l'affaire Ghomeshi, une chose me chicote. L'animateur radio de la CBC pensait-il vraiment que ces agressions sur des jeunes femmes ne seraient jamais révélées au grand jour?

Ça ne lui a jamais traversé l'esprit qu'une des supposées victimes en parle à son entourage? Il n'a jamais cherché à se cacher, à se faire discret?

Il aurait fait ça pendant 15 ans sans penser que la police allait un jour frapper à sa porte?

Pourquoi d'après vous? Parce qu'avec son statut de super-méga-vedette il pensait qu'il était intouchable. Invulnérable. Tout-puissant.

«Je peux faire ce que je veux, je m'appelle Jian Ghomeshi et il y a une photo de moi qui mesure 20 pieds de haut dans le hall d'entrée de la CBC».

« QUI M'AURAIT CRUE ? »

Ghomeshi me fait beaucoup penser à DSK. Après leur chute (un renvoi dans le cas de Ghomeshi, une femme de ménage dans une chambre d'hôtel dans le cas de DSK) on a appris de jour en jour les détails de leur feuille de route. Des mains baladeuses, des relations non consensuelles avec des jeunes femmes. Et, dans les deux cas, un sentiment d'impunité: on peut tout se permettre parce qu'on a du pouvoir.

Dans tous les témoignages que j'ai lus, émanant des neuf présumées victimes de Ghomeshi, il y en a un qui m'a ébranlée. Une des femmes se fait demander pourquoi elle n'a pas porté plainte à la police après que Ghomeshi l'ait agressée. Elle répond qu'à l'époque, Ghomeshi était déjà une grande vedette et elle, une «nobody». «Qui m'aurait crue?» demande-t-elle.

C'est ce «qui m'aurait crue?» qui me tue. Parce qu'elle a raison. Le fait d'être une vedette vous confère une aura de perfection. On n'aurait pas cru cette femme parce qu'entre la parole d'une «nobody» et la parole d'une vedette, on va toujours avoir tendance à croire la vedette.

Au moment où on se parle, au Québec, combien d'hommes de pouvoir (économique, sportif, politique ou artistique) se comportent d'une façon inacceptable avec des femmes, et se croient tout permis parce qu'ils sont des vedettes dans leur domaine?

En Angleterre, l'affaire Jimmy Savile est à vomir. Un animateur vedette de la BBC a abusé pendant 50 ans (cinquante ans!) d'enfants, d'hommes et de femmes, âgés de 5 à 75 ans. C'était un prédateur sexuel à la puissance 10. Mais pourquoi pensez-vous que les détails de ses actes répugnants n'ont été connus qu'après sa mort? Parce que de son vivant Jimmy Savile était immensément populaire. Qui aurait cru les victimes si elles avaient osé porter plainte contre un demi-dieu?

DES HOMMES DE POUVOIR

Aux États-Unis, une femme qui affirme avoir été violée par Bill Cosby raconte que lorsqu'elle est allée voir des avocats, elle s'est fait dire «Voyons, Bill ne ferait pas ça». Pourquoi? Parce que Bill Cosby était un comédien sympathique à la télé, parce qu'il faisait des publicités pour les petits poudings, il ne pouvait pas être un violeur?

C'est terrifiant. Combien de femmes, chaque jour, se font dire «Bill ne ferait pas ça» ou «Jian ne ferait pas ça»? Combien de femmes qu'on ne croit pas, uniquement parce que leur agresseur est une vedette?

 
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