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La SAQ et le mythe du privé

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La plupart des intervenants qui prônent la privatisation de la SAQ le font sur la base que le secteur privé peut faire un meilleur travail que le secteur public.

La plupart des intervenants qui prônent la privatisation de la SAQ le font sur la base que le secteur privé peut faire un meilleur travail que le secteur public.

Ayant travaillé dans ces deux secteurs, j’ai été à même de constater les forces et les faiblesses de chacun d’eux. Aussi, je laisse volontairement de côté les arguments subjectifs ainsi que les chiffres à qui on peut faire dire à peu près n’importe quoi dépendant de quel côté de la clôture on se situe, pour m’en tenir seulement à des faits vécus et vérifiables.

Voici mon argumentaire: dans le privé, on vend l’espace de tablette, la plupart du temps au plus offrant, et on s’arrange pour maximiser la profitabilité en faisant le maximum de ventes avec le minimum de produits et le minimum d’espace tablette. C’est dans l’ordre des choses et c’est tout à fait normal. Cependant, il s’agit de concepts qu’il ne faut pas appliquer dans la mise en marché du vin. D’une part, seuls les gros producteurs auraient les moyens d’acheter de l’espace tablette alors que l’industrie du vin est composée en majeure partie de petits producteurs, et, d’autre part, quand on parle de vin, on parle de millésimes, de cépages, d’ensoleillement, etc. En d’autres termes, chaque vin est différent de son voisin et c’est pourquoi il faut maximiser et non minimiser le nombre de produits en magasin.

Incapacité de concurrencer

Il faut également se rappeler que les épiciers ont eu l’autorisation de vendre du vin il y a plusieurs décennies déjà. Il s’agissait et s’agit toujours de vin obligatoirement embouteillé au Québec, mais le principe est le même. Que pensez-vous que les grands de l’alimentation ont fait dès le tout début? Ils ont simplement fait ce qu’ils savent faire de mieux, c’est-à-dire vendre l’espace de tablette et minimiser le nombre de produits en magasin. J’ai d’ailleurs été témoin d’histoires d’horreur quand je travaillais en alimentation. En voici un exemple: un des grands de l’alimentation vendait à haut prix 100 % de son espace tablette dédié au vin à un seul embouteilleur, Vincor, une entreprise ontarienne aujourd’hui propriété de Constellation Wines de New York. Et cette même entreprise le fait encore aujourd’hui. Cela signifie que ce géant de l’alimentation élimine en partant les cinq autres embouteilleurs comme si les vins embouteillés par ces derniers ne faisaient pas le poids.

Et je n’ai aucune raison de croire que les épiciers agiraient différemment si un jour ils remplaçaient la SAQ. Les petits producteurs qui, la plupart du temps, ont des vins considérés comme uniques, ne pourraient concurrencer les Gallo et autres gros producteurs de la planète qui avanceraient des millions de dollars pour acheter le maximum d’espace en magasin.

Du côté américain

Tournons-nous alors vers les États-Unis où il y a encore une vingtaine de monopoles d’État, dont le New Hampshire et la Pennsylvanie, deux États proches du Québec. Ces deux États sont entourés par d’autres États où les boissons alcooliques sont vendues par le privé. Eh bien, plus de 25 % des vins vendus par la Pennsylvania Control Board le sont à des consommateurs d’états avoisinants. Pourquoi? Leurs succursales ont une bien meilleure sélection, un meilleur service et des prix similaires d’une succursale à l’autre. Et le même phénomène se produit avec le New Hampshire Liquor Commission.

Mais il y a un autre argument très important qui milite contre la privatisation de la SAQ. Il s’agit des spiritueux qui peuvent facilement être imités (fausse étiquette, fausse bouteille, faux produit). Il serait très tentant pour le privé d’acheter ces faux spiritueux, à des prix dérisoires, sans que le client s’en rende compte. Il faut d’ailleurs visiter l’entrepôt de la SAQ consacré à l’entreposage d’alcool de contrebande ou d’alcool frelaté saisi par les différents corps policiers pour réaliser à quel point ce problème est majeur.

 

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