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Épreuves d’endurance

Le triathlète qui est allé trop loin

Ex-triathlète de haut niveau, Yves St-Louis retrouve graduellement le plaisir de se remettre en forme après avoir visité les bas-fonds du surentraînement. «À mon dernier triathlon en Australie, je ne sais pas comment j’ai fait pour battre mon record personnel. J’avais failli m’endormir sur mon vélo…»
Photo Alain Bergeron Ex-triathlète de haut niveau, Yves St-Louis retrouve graduellement le plaisir de se remettre en forme après avoir visité les bas-fonds du surentraînement. «À mon dernier triathlon en Australie, je ne sais pas comment j’ai fait pour battre mon record personnel. J’avais failli m’endormir sur mon vélo…»

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Le jeu compulsif et la toxicomanie ont un équivalent dans le sport: le surentraînement. Après huit triathlons Ironman, dont le prestigieux d’Hawaii en 2001, Yves St-Louis s’est promis de ne plus jamais retourner dans les bas-fonds de l’épuisement.

Sereinement, cet homme de 34 ans accepte aujourd’hui de livrer son histoire en espérant qu’elle servira à tous les adeptes des sports d’endurance, dont le profil excessif pourrait les entraîner dans la spirale incontrôlable de l’entraînement. Plus de cinq ans après avoir atteint le fond de ses réserves, ce diplômé en éducation physique recommence à peine à avoir le contrôle sur lui-même.

«J’étais devenu carrément comme un alcoolique. Le surentraînement m’a rendu malade. J’imagine comment un athlète olympique qui se plante doit tomber de haut. Moi, je suis tombé de haut et ma tour n’était pourtant pas si haute.»

Destination Australie

La glissade s’est engagée à partir de 2008 après qu’il eut dit oui à une opportunité d’aller s’établir à Sydney. Rompu à une trentaine de compétitions de haut niveau par année au Québec en sports d’endurance, il a vendu sa maison et est parti pour l’Australie, où il pourra enfin vivre de l’entraînement à temps plein.

«J’avais l’objectif précis de faire un jour un triathlon Ironman en moins de neuf heures», raconte-t-il au sujet de cette épreuve de 3,8 km de natation, 180,2 km de vélo et 42,2 km de course à pied.

«J’y croyais, alors j’ai décidé d’y mettre le paquet», résume cet ex-entraîneur du Rouge et Or, qui a alors embauché les services d’un entraîneur basé au Nouveau-Mexique et qui allait lui dicter son programme d’entraînement à distance.

«Ce fut ma pire erreur et ce n’était pas nécessairement de sa faute, admet-il avec recul. Pour lui, le repos n’était pas important. J’avais le profil de l’athlète pour qui cette association allait tout faire exploser.»

Sept jours sur sept

Sa vie au centre-ville de Sydney se résumait à des semaines de 27 à 30 heures d’entraînement. Sept jours sur sept.

«Sur un bloc de 150 jours, m’entraîner deux heures et demie était ma plus petite journée. Je pouvais alors nager 5000 mètres et courir 50 minutes. C’était ma petite journée, alors que j’aurais dû normalement la prendre pour récupérer», évoque-t-il.

La chute était enclenchée: fatigue accumulée, pneumonies, insomnie, stress, insatisfaction d’entraînement, blessures à répétition, dont une déchirure à un mollet deux mois avant un premier Ironman.

«Compense par du vélo», lui suggérait son entraîneur pour remplacer les sorties de course à pied.

«Je sortais du lit le matin et j’allais m’entraîner. Ça faisait seulement 30 secondes que je courais et mes pulsations étaient déjà rendues à 150 battements par minute. Je suais la nuit comme si je faisais de la fièvre. Il n’y avait plus rien qui marchait, mais ce n’était pas grave, je devais m’entraîner», avoue ce natif de Forestville.

« Un lendemain de brosse »

St-Louis a sollicité plus d’un an son bolide qui toussait. En deux triathlons durant cette période, il a raté son objectif, même s’il a inscrit un record personnel de 9 h 17 m au deuxième essai. Il est finalement rentré au Québec. Siphonné.

«Les six mois suivants, le mieux que je pouvais faire, c’était aller prendre une courte marche. J’avais des étourdissements tous les jours. J’étais un zombie. C’était comme une sensation de lendemain de «brosse» qui a duré.»


 

La fatigue, un démon sournois

«Ce n’est jamais arrivé de me dire: ce soir, je me couche et je me réveille seulement demain matin. Je ne faisais même pas une sieste le jour, alors que c’est obligatoire quand on s’entraîne à temps plein. J’ai été exténué durant un an et demi.»

L’épisode de la vie d’Yves St-Louis en Australie correspond au syndrome physiologique de la fatigue, un démon sournois qui guette les amateurs de l’entraînement d’endurance qui négligent leur récupération physique.

«Le triathlon est un bon exemple pour trouver ces cas. Si la personne est blessée et ne peut faire de la course, elle court moins, mais elle double son vélo. Mais il y a une limite à s’entraîner fort», expose Blaise Dubois, copropriétaire des cliniques de physiothérapie PCN et conférencier international sur la prévention des blessures.

Haro aux médias sociaux

«Ce qui est devenu très nocif, ce sont les médias sociaux, met en garde Yves St-Louis. Il y a toujours quelqu’un qui a fait plus que soi. Tu lis sur Twitter que quelqu’un vient de faire 150 km à vélo, alors tu te dis ensuite: pourquoi pas moi? Ça en vient à empoisonner une vie si tu es trop à l’écoute de tout ça...»

 

 

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