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Écoles hassidiques | Menaces de poursuites

Un homme réclame 1,25 M$ au gouvernement pour avoir été «abandonné» dans une école hassidique

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Ils sont dans la trentaine et savent à peine lire et écrire. Frustrés d’avoir été « abandonnés à leur sort » dans une école qu’ils disent illégale, deux jeunes hommes qui ont fui la communauté juive hassidique veulent maintenant poursuivre le gouvernement.

«Je vis une vie de mort. J’ai l’impression d’être invalide ou d’être un enfant. Je n’arrive pas à me trouver un emploi. Je ne sais rien faire dans la société. Tout comme ces milliers d’autres enfants juifs hassidiques qui sont pris dans une secte au Québec sans que personne ne fasse rien», lance Yonanan Lowen, les yeux pleins de larmes.

L’homme de 36 ans et son ami Hershy Moskovitz, 35 ans, ont chacun quitté leur communauté hassidique après avoir été forcés à fréquenter une «école illégale où on n’apprenait qu’à prier».

Aujourd’hui, les deux hommes se disent pratiquement «inaptes» à fonctionner dans la société moderne.

Ils s’expriment dans un anglais approximatif, mais ne savent ni l’écrire ni le lire.

Aussi, ils ne connaissent rien de la langue française et ne possèdent que très peu de connaissances en mathématiques, en histoire ou en géographie.

«Le fait de fréquenter une école illégale a bouleversé ma vie. Je vois une psychologue, car j’ai peur d’être en public. On a souffert en silence, alors que le gouvernement connaissait la situation. Il n’a pourtant rien fait», critique M.Moskovitz.

Mise en demeure

Une mise en demeure au nom de Yonanan Lowen rédigée par les avocats de la Clinique juridique Juripop a été envoyée vendredi dernier au ministère de l’Éducation.

La même mise en demeure a aussi été acheminée aux deux écoles fréquentées par M. Lowen à Boisbriand, soit le

Yeshiva Beth Yuheda et le Collège rabbinique de Montréal Oir Hachaim D’Tash.

Selon les recherches sur le site du ministère de l’Éducation, ces écoles ne détiennent pas de permis.

La Direction de la protection de la Jeunesse est aussi visée par ce recours pour avoir «échoué dans sa mission de protéger» M. Lowen «durant son enfance».

Yonanan Lowen récla­me 1,25 M$ à ces différents organismes pour violation de son droit à l’éducation.

Si le Ministère ne répond pas positivement à cette mise en demeure d’ici la mi-décembre, des procédures judiciaires, voire un recours collectif, seront intentées contre le gouvernement, a indiqué le président de la Clinique Juripop, Marc-Antoine Cloutier.

«Nous sommes à la recherche d’autres témoignages. Le ministère de l’Éducation, en fermant les yeux, s’est rendu complice de ces parents qui n’ont pas donné à leurs enfants l’éducation à laquelle ils étaient en droit de s’attendre. C’est un énorme préjudice.»

Servir Dieu

Au début de son mandat, le ministre de l’Éducation Yves Bolduc avait promis de sévir contre les écoles illégales, soit celles qui dérogent à la Loi sur l’instruction publique, et de fermer les institutions qui œuvrent sans permis.

Une promesse que les deux hommes disent espérer de tout cœur se voir réaliser.

«Dans ces écoles, on ne fait que prier et prier encore. Je n’ai appris qu’à faire des additions et des soustractions. Rien sur la multiplication, la division, etc. Comment est-on censé fonctionner dans la société?», souffle Hershy Moskovitz.

«On nous disait à l’école que la connaissance nous éloignait de Dieu. Que 24 heures sur 24, 60 secondes par minute, on doit servir Dieu. Mais dès qu’on quitte la communauté, on comprend à quel point on est mésadapté», déplore M. Lowen.

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