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Le temps de lire

Le temps de lire
Illustration Johanna Reynaud

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Mes yeux pleins d’eau, ma face bouffie, mon nez qui coule, j’éclate en sanglots en plein aéroport.

Mes yeux pleins d’eau, ma face bouffie, mon nez qui coule, j’éclate en sanglots en plein aéroport.

Madame: «Avez-vous perdu votre valise?»

Moi: «Non.»

Madame: «Qu’avez-vous?»

Moi: «...c’est que...voyez-vous...NELSON ALGREN EST MORT!»

Éclater en sanglots à nouveau.

Seul problème, Nelson Algren est un écrivain américain mort en 1979.

La dame m’a seulement aperçue au moment où je terminais mon livre, Beauvoir in love qui relate la vie amoureuse de Simone de Beauvoir et Algren. Je vous épargne les détails mais c’est déchirant et ça finit ben mal. Elle choisit Sartre, la folle! J’ai failli mourir!

C’est pour ça que c’est bon de lire un livre. Parce que pendant un bon mois, j’ai été plongé en 1947, à Chicago, à New York et à Paris, en plein cœur d’une histoire d’amour, l’histoire d’une vie, comme si j’y étais. Comme si les personnages faisaient partie intégrante de ma vie. Ils m’ont même appris des choses sur moi-même. J’avais oublié à quel point un livre peut nous bouleverser.

Qui a le temps de lire ?

On l’oublie ça, quand on arrête de lire. Je n’essaie pas de vous culpabiliser. Moi aussi, quand je parle de littérature avec des gens qui lisent plus que moi, j’ai le goût de me lever de table et de leur crier par la tête:

«MAIS QUI A LE TEMPS DE LIRE CINQ LIVRES PAR SEMAINE, BAPTINSE? QUI!!!???»

Ok, je me calme.

J’aimerais ça lire 400 livres par année et VOUS convaincre que vous avez le temps et le goût de le faire aussi, inconsciemment.

Mais la vérité, c’est que lire, ça demande du temps, de l’espace dans la caboche. Une bulle, des cases blanches dans l’horaire, de l’investissement, de la volonté. Presque de la discipline. Faut se forcer un peu. Et risquer de tomber sur un livre plate, bordel.

Bref, c’est complètement à l’opposé de nos rythmes de vie. Avec le travail, les responsabilités, nos carrières, le trafic, le stress, nos familles, les amis...blablabla...

Quand on veut mettre la switch à off, on veut que ça se passe vite. Et pour ça, pas mal plus facile de se taper une série télé. De mettre un film dans le lecteur Blu-Ray. D’écouter la télé. De passer trop de temps sur Facebook à lire des statuts ridicules pendant des heures!

Je le sais, c’est ce que je fais!

Mais un LIVRE. On l’ouvre et on plonge dedans comme on plonge dans une autre vie. Notre cerveau multiplie les images, nos émotions sont transportées, on est bouleversé intérieurement, au plus profond de nous-mêmes et on apprend. Ça développe à l’infini le pouvoir de l’imagination. Et nos émotions les plus enfouies refont surface. Nos peurs, nos chagrins, mais aussi la joie, l’euphorie, l’excitation! Parlez-en aux fans de 50 nuances de Grey, elles vous le diront!

Des gens ont pris une partie de leur vie à nous partager des histoires ou leurs vécus. Des gens talentueux ont bouleversé le cours de l’histoire en couchant sur papier leur vision de l’humanité.

La beauté de la chose, c’est qu’il y en a toutes sortes de livres. Des livres pour voyager, apprendre, s’évader, avoir peur.

Mon père m’a dit dernièrement que lorsqu’il voulait me punir quand j’étais petite, il n’avait qu’à m’enlever un livre. Ce à quoi j’ai répondu: «Mon Dieu, mais j’étais vraiment une enfant EXTRAORDINAIRE!»

Mais c’est faux. J’ai juste eu la chance d’avoir une grande bibliothèque remplie de livres. Une bibliothèque à moi toute seule. J’ai donc dû avoir des parents extraordinaires. Si j’écris aujourd’hui, ça doit être en grande partie grâce à ça.

Le Plaisir de la lecture

Je ne sais pas comment je ferais avec des enfants aujourd’hui... À côté des écrans géants 3D-HD, du MacBook et du iPad, un livre semble bien banal. Pas facile de transmettre la passion de la lecture...

Vous savez pourquoi c’est si bon de lire, d’écrire et d’être lu? Parce que les lettres, les mots et les phrases que vous lisez en ce moment n’ont pas de sexe, pas de couleur, pas de voix, pas de visage. Quand on lit, on ne juge pas. On ne se demande pas si l’auteur est drôle, laid, beau, insupportable. On lit. On se laisse aller. On s’abandonne. On donne une chance à l’autre. On prend la peine d’entrer dans sa tête, son cœur, sa vie. L’auteur livre une partie de soi. C’est un grand risque. C’est se mettre à nu. Et c’est ça qui est si beau.

Et c’est pour ça que j’aime tant lire et tant écrire. Tout ça pour dire... Prenez le temps. Allez donc faire un tour au Salon du Livre ce week-end!

 

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