/news/health
Navigation
Recherches

Des bactéries téléguidées pour vaincre le cancer

Des chercheurs d’ici apprivoisent des micro-organismes pour en faire des guérisseurs

Coup d'oeil sur cet article

Des bataillons de bactéries téléguidées, et apprivoisées à Montréal, pourraient révolutionner le traitement du cancer en devenant des livreurs de médicaments du futur.

«Plus de 80 % des cancers sont localisés à un endroit bien précis. Mais, présentement, le gros des molécules de médicaments n’est pas dirigé au bon endroit. Elles ont besoin d’un véhicule pour y arriver», explique Sylvain Martel, professeur au Département de génie informatique et génie logiciel de Polytechnique Montréal.

Dans la science-fiction, ce véhicule aurait pu être un minuscule sous-marin transportant des médecins microscopiques en mission, comme dans le célèbre film Le Voyage fantastique. Mais dans la science-réalité, une telle aventure est impossible, même avec toute l’imagination d’un chercheur qui a commencé sa carrière en inventant des robots à trois pattes pour aller sur Mars.

Le professeur Martel et son équipe du Laboratoire de nanorobotique de l’École polytechnique se sont donc tournés vers des véhicules naturels capables de se déplacer dans le corps humain grâce à leur système de propulsion intégré: les bactéries.

«Ce serait impossible de construire nous-mêmes des robots qui feraient ce que les bactéries réussissent à faire après des milliards d’années d’évolution», indique le scientifique. Par contre, «au départ, on ne savait pas si on serait capable de leur faire faire un travail utile pour qu’elles soient un peu nos petites esclaves», complète son associé Charles Tremblay.

Ils les ont donc cultivées en laboratoire et apprivoisées pour en faire des super-bactéries capables de transporter une charge et de la livrer à un endroit précis, comme une tumeur cancéreuse.

Éliminer les effets secondaires

Grâce à cette technologie, «on croit pouvoir traiter des patients avec des effets secondaires minimes, voire inexistants», indique M. Martel.

Le transport de médicaments à dos de bactéries permettrait en effet de ne pas libérer dans tout l’organisme une substance toxique pour les cellules saines et d’en réduire considérablement la dose. Adieux, donc, les vomissements et les pertes de cheveux, mais aussi les multiples séjours à l’hôpital, dont sont la proie les personnes atteintes du cancer.

Les coûts des soins s’en trouveraient tout autant réduits, estime le scientifique, et les malades conserveraient leur qualité de vie pendant les traitements.

Les petits esclaves révolutionnaires de Polytechnique sont encore loin d’être commercialisables, mais ils suscitent désormais beaucoup plus d’enthousiasme que de scepticisme, comme c’était le cas il y a 13 ans, quand ils ont germé dans la tête de leur inventeur. Les premiers essais cliniques sur les humains pourraient ainsi avoir lieu d’ici trois ans.


Le professeur Martel est actuellement en tournée internationale pour présenter ses travaux, couronnés il y a quelques jours du prix Jacques-Rousseau, remis annuellement par l’ACFAS pour récompenser l’excellence multidisciplinaire.

 

Commentaires