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Chroniques d’une romancière angoissée

« Je suis un auteur fini ! »

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Collègue Sanguinolent est dévasté. Il est venu me trouver à mon kiosque, en ce dernier jour du Salon du livre de Montréal, pour m’arracher à mes lectrices et m’amener au bar de l’hôtel. Devant une bouteille de rouge qu’il a commandée en plein après-midi, il ne cesse de dire que sa carrière d’écrivain est terminée. Ce que je conteste vivement.

Collègue Sanguinolent est dévasté. Il est venu me trouver à mon kiosque, en ce dernier jour du Salon du livre de Montréal, pour m’arracher à mes lectrices et m’amener au bar de l’hôtel. Devant une bouteille de rouge qu’il a commandée en plein après-midi, il ne cesse de dire que sa carrière d’écrivain est terminée. Ce que je conteste vivement.

Je suis très heureuse qu’il m’ait choisie, moi, et non sa blonde ou Collègue Chick, pour se confier. Au moins, je ne sers pas seulement à satisfaire ses besoins un mardi midi entre la rédaction de deux chapitres d’horreur.

-«J’ai été invité à aucune table ronde. AUCUNE!»

Selon lui, participer à une discussion devant public pendant le salon est un must. C’est même un signe de réussite. D’ailleurs, tous ceux qui ne sont pas choisis sont «des auteurs bas de gamme, de seconde classe» dit-il.

Euh... c’est parce que je n’ai jamais été conviée à ce genre d’événement. Jamais. Mais bon, passons. Il est tellement bouleversé que je lui pardonne ses propos nettement exagérés. Étrange comme même un gars qui est si viril peut, tout à coup, avoir l’air complètement désemparé. Ce n’est pas sans avoir un certain charme.

Un complot ?

Collègue Sanguinolent m’explique qu’il croit être victime d’un complot de la part des organisateurs du plus grand happening littéraire de l’année.

-«Un complot? Vraiment?»

J’ai un peu de difficulté à embarquer dans son histoire. Même quand il m’explique qu’un membre influent du conseil d’administration a un fils qui tente de faire sa place comme romancier noir. Et que c’est lui qui a été mis en vedette.

Tout d’abord, on a installé une énorme affiche de son livre (le seul qu’il a écrit, comparativement aux huit publiés par mon amant) à l’entrée du salon. De plus, son kiosque est situé dans un endroit hyper stratégique où la circulation est dense. Ensuite, il a pu se faire connaître à l’occasion d’une table ronde sur l’art d’écrire un polar. Et finalement, il a été interviewé par la télé et les blogueuses littéraires les plus influentes. Voilà trop de coïncidences, clame-t-il.

Selon lui, c’est ce qui explique la baisse dramatique de l’achalandage à son propre stand. Ils sont tous allés voir son compétiteur. Dahhhh! Ce n’est pas parce que sa file a été légèrement moins longue que l’année dernière qu’on doit parler de drame! Honnêtement, il s’en fait pour des peccadilles.

Je lui rappelle que les ventes de livres chutent de 4% d’année en année et qu’il est normal que ça se reflète même ici. Il écarte mon argument du revers de la main, en jouant encore à la victime.

Je lui suggère gentiment qu’il vit peut-être un peu trop dans sa tête, ce qui lui fait voir des manigances partout. Le regard foudroyant qu’il porte sur moi m’incite à me taire. Oups... Et s’il avait raison?

Petite enquête !

Je décide d’aller enquêter, pendant qu’il retourne à ses lecteurs. L’air de rien, j’interroge quelques-uns des auteurs qui étaient à la table ronde sur le polar, dont le petit nouveau. Celui-ci semble totalement inoffensif et pas du tout machiavélique... La piste du complot s’amenuise.

Avec eux, je n’apprends strictement rien de pertinent et je me tourne vers l’animatrice de cette discussion, qui est également écrivaine. Elle m’informe qu’elle fait maintenant partie du conseil d’administration du salon... Tiens, donc! Pour la table ronde, elle me confirme que c’est elle qui a choisi les invités.

-«Pourquoi t’as pas pris Collègue Sanguinolent? Il a écrit huit romans!»

En entendant le nom de mon amant, l’animatrice se braque. Son sourire disparaît et ses épaules se contractent. Visiblement, elle le déteste. Mais ce n’est pas une raison. Quel manque de professionnalisme!

J’avoue ne pas comprendre ses motifs. Collègue Sanguinolent est gentil avec tout le monde, toujours poli et généreux en plus... C’est quoi son problème à elle?

Je lui fais part de mes réflexions et sa réponse me surprend. Ce n’est pas parce qu’elle le déteste. C’est même tout le contraire. Elle est en amour avec lui. WHAT?

-«Mais depuis qu’il a mis un terme à notre histoire, je ne suis plus capable de le voir sans souffrir. C’est pourquoi je me suis organisée pour qu’il soit le moins visible possible.»

Je n’en reviens pas. Il a eu une liaison avec elle aussi? Je comprends tout maintenant. Et dire que je me portais à son secours! Eh bien, il peut aller se faire voir avec son air de grande victime. Moi, je vais prendre un verre avec l’animatrice et je vais tout savoir de leur relation. Tout, tout, tout...

 
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