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Bruit | Emploi

Explosion des cas de tes travailleurs qui deviennent sourds à cause de leur emploi

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Photo Héloïse Archambault La vie de Manon Dignard, une agente correctionnelle, a basculé en janvier dernier, alors qu’elle est devenue malentendante en raison d’un coup de feu trop près de ses oreilles. Payés par la CSST, ses appareils auditifs lui permettent d’entendre à environ 80 %.

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Le nombre de travailleurs qui deviennent malentendants à cause du bruit lié à leur emploi est en pleine explosion au Québec, et ils ont coûté plus de 700 millions $ à la société en 2012.

«C’est une vraie épidémie», avoue Richard Martin, un des auteurs du rapport et chercheur à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Hausse « fulgurante »

L’étude publiée par l’INSPQ est basée sur les données de la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST), qui indemnise les travailleurs victimes de ces accidents.

Entre 1997 et 2012, 45 181 travailleurs sont devenus malentendants (voir tableau). La progression est d’ailleurs alarmante, avec une hausse de 85 % des cas depuis 10 ans.

Pourtant, le Québec s’est doté en 2003 d’un programme national pour réduire l’incidence de la surdité professionnelle.

«À notre grande surprise, non seulement ça n’a pas diminué, mais ça a augmenté de façon fulgurante», ajoute M. Martin, spécialiste de la question.

Par ailleurs, tous ces accidents qui entraînent des handicaps à vie coûtent une fortune à la société.

En fait, il s’agit de la maladie professionnelle la plus coûteuse, à 153 618 $ en moyenne par travailleur, selon une étude de l’Institut Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail.

Avec 4672 cas en 2012, on calcule que ces victimes de surdité professionnelle ont engendré une facture de près de 718 millions $ pour le Québec, en dollars de 2006.

La plus coûteuse

«Et ce sont des chiffres conservateurs, souligne M. Martin. Socialement, c’est une maladie chronique coûteuse parce qu’elle va durer longtemps. Et ça touche beaucoup de monde.»

Les travailleurs touchés par la surdité professionnelle œuvrent surtout dans des métiers traditionnels (mines, transports, mécanique, construction, bois), et sont des hommes à 98 %.

Selon l’étude, les données sont même sous-évaluées, parce que plusieurs ne savent pas qu’ils peuvent faire des réclamations à la CSST, ou craignent de perdre leur emploi. Le lien de cause à effet entre le métier et le handicap doit être confirmé par un médecin.

À noter que dans la majorité des cas, les patients deviennent malentendants, et non pas sourds à 100 %.

«Ça s’installe de façon insidieuse après plusieurs années. Ils entendent moins bien, trouvent que les gens marmonnent, explique M. Martin. Souvent, ils s’en rendent compte seulement à la retraite.»

Réduire le bruit

Par ailleurs, les solutions existent pour réduire l’exposition des employés qui doivent utiliser des outils bruyants. Parmi elles, des écrans peuvent être placés entre le travailleur et la machine en question.

«Le bruit, ce n’est pas une fatalité contre laquelle on ne peut rien. Il y a beaucoup d’éducation à faire au niveau comportemental», dit M. Martin.

 

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