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Émeute à Ferguson

«Ils ont laissé notre ville brûler»

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FERGUSON | Au lendemain des émeutes dans la petite ville américaine de Ferguson, les commerçants sont furieux et inquiets. Le gouverneur de l'État du Missouri avait promis de les protéger, mais l'aide n'est pas venue à temps lundi soir.

«Le gouverneur (Jay Nixon) nous a laissé tomber. Ce qui est arrivé hier soir n'aurait jamais dû arriver. On n'était pas préparés, c'était l'anarchie. Il a pourtant eu trois mois pour se préparer», dit Ruffina Farrokh Anklesaria, commerçante sur la rue principale de Ferguson, communauté de 21 000 habitants en banlieue de St.Louis.

«Personne n'a dormi. Tous les résidents se tenaient informés sur Facebook. J'ai pleuré en conduisant sur la rue principale en voyant tous les immeubles saccagés ce matin. Mon coeur est brisé. On a travaillé fort pour construire cette ville. Où vont-ils trouver des jobs après ça? Nous donnons du travail à ces jeunes voyous», dit-elle à propos des protestataires qui ont été arrêtés.

Lundi soir, après la décision d’un grand jury de ne pas inculper un policier blanc qui a tué cet été un jeune Noir sans arme, une douzaine d'immeubles ont été incendiés, des coups de feu ont été tirés et 60 personnes ont été arrêtées.

Un peu partout en ville, mardi, des ouvriers s'affairaient à installer de nouveaux panneaux dans les vitrines des commerces en prévision d'une deuxième nuit d'émeutes.

La banderole lumineuse «Seasons Greetings» (Joyeuses Fêtes) au-dessus de la rue principale semblait inapropriée par les temps qui courent à Ferguson.

L'avenue «West Vernissant», près du lieu où l'adolescent Michael Brown a été abattu par le policier Darren Wilson le 9 août dernier, était complètement fermée à la circulation automobile. De chaque côté de la route, on pouvait apercevoir des commerces comme McDonald placardés et d'autres complètement incendiés.

En après-midi, des dizaines de soldats de la Garde nationale formait un barrage devant le poste de police de Ferguson. Certaines voitures klaxonnaient pour saluer leur présence. «Enfin du renfort!» a lancé une automobiliste.

Le gouverneur de l'État a promis de déployer 2200 membres de la Garde nationale mardi soir.

«Ça ne sera probablement pas aussi pire qu'hier, tous ceux qui ont arrêtés sont probablement encore en prison», a lancé un client dans un café. Sans surprises, les saccages de la nuit précédente étaient sur toutes les lèvres.

En attendant de voir comment les prochains jours vont se dérouler, les citoyens se serrent les coudes. L'organisme «We Love Ferguson» a amassé plus de 70 000$ en donc pour reconstruire les commerces vandalisés ces trois derniers mois.

Tim, un travailleur de la construction a même donné son dossard jaune à la représentante du Journal. «Soyez prudente ce soir. Ça fait trois mois qu'on endure des tensions pareilles, il est temps que la paix revienne» a-t-il ajouté.

Il y a un énorme chemin à faire avant que la paix sociale revienne. La mort de Michael Brown a réveillé le spectre du racisme aux Etats-Unis et exposé plus que jamais les tensions raciales profondes au pays.

«Le problème c'est qu'on ne peut venir dans ce comté sans subir du profilage racial. On se fait constamment interpeler par les policiers, quand notre pot d'échappement est trop bruyant, quand nos vites sont trop foncées, quand on fume une cigarette et ils pensent que c'est du cannabis... C'est la réalité des jeunes afro-américains ici», dit Kenny, retraité afro-américain de 55 ans. Il a fait le pied de grue toute la journée en pyjama avec une affiche demandant la réforme du système de police.

«La population ici est à majorité noire et on a seulement 4 policiers noirs sur un total de 53. Ce n'est pas égalitaire. Tant qu'il n'y aura pas 27 policiers noirs dans notre département ça ne changera rien».

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