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L'effet surestimé des CPE sur le travail des femmes (plus)

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Le blogue de Jeanne Émard (un pseudonyme) est probablement l’un des blogues au Québec qui gagnerait à être mieux connu! Le ton, même si il est acerbe, est toujours posé et appuyé par des faits. C’est pourquoi je me sens dans l’obligation de commenter sur les chiffres avancée sur ce blogue puisque cette bloggeuse a proposé une vision différente à la mienne quant à l’effet des CPE sur l’offre de travail des femmes.

Parallèlement à moi, Mme.Émard a dévoilé des statistiques qui montrent qu’il y a un gain important au titre du travail des femmes grâce aux CPE. Elle écrivait ce texte en réponse à l’argument de l’éditorialiste André Pratte qui regardait le taux de participation de l’ensemble de la population féminine. En effet, se concentrer sur la totalité des femmes dans un contexte de métamorphose démographique (i.e. vieillisement) qui modifie la structure d’âge de la main d’œuvre risque de masquer plusieurs faits pertinents. L’aggrégation de toutes les femmes n’est donc pas une bonne idée pour juger de la valeur des CPE sur l’offre de travail des femmes.

Toutefois, la mesure proposée par Mme. Émard est probablement beaucoup trop libérale même si elle se concentre sur la bonne cohorte d’âge. Le problème, c’est que comparer avec l’Alberta et l’Ontario masque des réalités problématiques. L’augmentation de l’offre de travail des femmes au Québec s’est effectuée avec une augmentation moins prononcée des naissances. Ainsi, toutes choses ne sont pas égales par ailleurs, puisque les femmes de l’Alberta créent des familles relativement plus larges que celle du Québec depuis quelques années. Les naissances par 1,000 habitants sont relativement similaires au Québec et en Ontario. C’est peut-être parce que le coût de partir une famille ou d’agrandir une famille existante est moins important là-bas qu’ici que les gens font plus d’enfants. L’effet secondaire est de réduire le taux de participation des femmes à cause de l’augmentation du temps qui leur est demandé. Donc, le premier graphique de Mme. Émard même si il est valide doit être pris avec un grain de sel au titre des comparaisons avec l’Ontario et l’Alberta. D’ailleurs, si on compare avec les provinces maritimes avec qui le Québec a davantage de similarité au titre des naissances, on réalise que le taux de participation des femmes a augmenté également dans ces provinces après 1997 (après la ligne verticale noire). Mon idée « conservatrice » de l’effet des CPE est donc fortement renforcé.

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D’autant plus que l’augmentation de l’offre de travail des femmes de plus de 45 ans est similaire dans toutes les provinces maritimes et au Québec. Ce taux était de 33.2% en janvier 1990 à l’Île du Prince-Édouard, 25.7% en Nouvelle-Écosse, 27.1% au Nouveau-Brunswick, 28.7% au Québec et 41.4% en Alberta. En janvier 1997, on parlait de 38.7%, 31%, 31.7%, 34.1 et 44.7%. En janvier 2014, on parlait de 53.4%, 45.4%, 45.2%, 45.8% et 54.9%. Ainsi, la participation au marché du travail des femmes est vraiment plus massive dans un groupe non-affecté par les décisions en matière de garderie. En conséquent, il est raisonnable d’affirmer qu’il y a des facteurs importants qui influencent les femmes à retourner travailler en plus grand nombre et que les CPE ne sont qu’un facteur mineur dans tout ceci. Après tout, si on voit une hausse massive à travers tous les groupes d’âge et ce dans des provinces qui n’ont pas de CPE, il y a raison de croire que l’augmentation du travail des femmes est multi-causale et que les CPE ne jouent un rôle majeur.

Finalement, le tableau dont se sert Mme.Émard est trompeur. Elle cite le tableau 282-0210 de Statistiques Canada (CANSIM) et le présente comme un graphique illustrant le taux de participation des femmes avec des enfants de moins de 6 ans (sans égard à l’âge des femmes). Elle choisit encore une fois de comparer le Québec avec l’Ontario et l’Alberta. Toutefois comme j’ai mentionné, il s’agit de choix douteux puisque les naissances différent tout comme la taille des familles entre les régions ce qui a un effet sur le niveau de travail des femmes. Après tout, si les femmes québécoises devaient avoir autant d’enfants que les femmes albertaines, il est logique de croire que leur offre de travail diminuerait. Et encore une fois, une comparaison avec les provinces maritimes confirme ce que je mentionnais plus haut : l’augmentation est probablement attribuable à d’autres facteurs.

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Pour que l’hypothèse soit valide, concentrons sur le groupe de femmes le plus marginalement susceptible d’avoir été affecté par la politique des CPE : les mères monoparentales. Dans le tableau CANSIM, celles-ci sont dans la catégorie « femme personne de référence sans conjoint au domicile ». Même à ce niveau, je confirme mon conservatisme statistique puisque la même chose s’observe dans les provinces maritimes. En fait, à ce titre, le Québec performe moins bien relativement à l’Ontario et l’Alberta. Ainsi, dans la population-cible qui est la plus susceptible d’être affectée par la présence des CPE, on réalise peu de différences entre l’Ontario, l’Alberta, le Québec et les Provinces Maritimes. Pourquoi? Probablement parce que les CPE ne sont pas un facteur considérablement important. Je ne dis pas qu’ils n’ont pas eu d’effet, mais je viens péter la « balloune » en affirmant qu’on exagère les effets.

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Mme. Émard rend un service à la communauté d’opinion en clarifiant ces points, cependant je pense qu’elle va trop loin dans ses opinions puisque l’argument que les CPE ont augmenté appréciablement l’offre de travail des femmes est largement exagéré. Honnêtement, je pense que les politiques fiscales ciblées ont probablement plus d’effets que les CPE et si on voulait conserver le petit effet positif que je crois existant, on pourrait l’obtenir via des incitations et compensations fiscales sans l’apport du régime actuel.

1 commentaire(s)

Réjean Guay dit :
25 novembre 2014 à 11 h 30 min

Beaucoup de mots et de chiffres pour pas grand chose . Vous ne faites que démontrer l'existence d'un cordon ombélical idéologique entre vous et le néolibérale et presque libertarienne , Martin Coiteux , l'ineffable président du Conseil du Trésor . C'est désolant !

Commentaires

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