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Chroniques d’une romancière angoissée

Un miracle svp, monsieur le chercheur !

Il ajoute que si je  cherche des prétextes  pour justifier une  consommation abusive  d’alcool, je peux les  trouver ailleurs que  dans ses bouquins.
Illustration Johanna Reynaud Il ajoute que si je cherche des prétextes pour justifier une consommation abusive d’alcool, je peux les trouver ailleurs que dans ses bouquins.

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-«Vous me jurez qu’avec ça, je n’attraperai pas le cancer, hein?»

-«Vous me jurez qu’avec ça, je n’attraperai pas le cancer, hein?»

L’éminent chercheur et auteur de livres à succès sur la santé me dévisage comme si je venais de lui demander la lune. Assis derrière sa table, au salon du livre, il vient de gentiment me dédicacer son dernier ouvrage, que je me suis procuré.

-«Je ne peux pas vous promettre ça!»

Je ne comprends pas pourquoi il refuse de me donner sa parole. Pourtant, je lui ai mentionné qu’à l’avenir, j’allais appliquer à la lettre tout ce qui est écrit dans ses livres. Fruits et légumes à profusion, activité physique régulière, cinq ou six tasses de thé vert par jour... Bon, ici, je ne crois pas qu’il en recommande autant, mais pourquoi ne pas en faire un peu plus?

Je lui ai aussi fait part de ma décision de ne boire désormais que du vin rouge. Beaucoup de vin rouge, puisqu’il semble que cette boisson contient beaucoup de... De quoi déjà? De profiteroles? Euh... non, ça c’est le dessert! De pomerol? Non plus, c’est un vin trop cher pour mon salaire de romancière angoissée.

Je pose la question au scientifique, qui me répond que ce sont des polyphénols.

-Ah oui! Et plus on boit des polyphénols, moins on a de chances d’avoir le cancer, n’est-ce pas? Une bouteille de rouge par jour, ça devrait être assez, non?

Un chercheur espiègle

Mon interlocuteur me fixe quelques secondes sans rien dire, puis il éclate de rire. Quoi? Qu’est-ce que j’ai dit de drôle? Ce chercheur me déroute un peu. Je m’attendais à rencontrer un monsieur un peu sévère et guindé. Mais non! Il est tout sourire et il rigole avec les autres auteurs.

J’ai même entendu dire qu’il est du genre à jouer des tours pendables au bureau. Comme coller du ruban adhésif sous la souris d’ordinateur de son collègue, empêchant ainsi le capteur de fonctionner. Et de se bidonner solide quand ledit collègue secoue sa souris dans tous les sens pour faire bouger son curseur.

Ou bien de changer la sonnerie du cellulaire d’un confrère pour un son hyper strident qui dérangera tout le monde. Pas très sérieux, tout ça, pour un scientifique...

C’est vrai qu’en le regardant bien, il n’est pas si straight que ça. Sous son veston bien coupé, il porte un t-shirt arborant le logo d’un groupe rock célèbre. Moi qui croyais qu’il était plutôt du genre musique classique ennuyante... Décidément, cet homme est rempli de surprises.

Une bouteille de polyphénols

Toujours avec le sourire, il me précise qu’une bouteille de vin par jour, c’est peut-être beaucoup. Je ne suis pas d’accord. Puisque j’ai l’intention de boire sur une période de plusieurs heures, ce ne sera pas trop. Je veux me laisser le temps d’assimiler tous les polyphénols. Mon argument ne semble pas le convaincre.

Il ajoute que si je cherche des prétextes pour justifier une consommation abusive d’alcool, je peux les trouver ailleurs que dans ses bouquins... Et vlan!

-«C’est pas des prétextes!»

Je me sens légèrement insultée. Je n’ai pas de problèmes de consommation abusive. Voyant mon désarroi, le chercheur me présente ses excuses. Je lui réponds que je suis prête à faire la paix, même si je suis très déçue d’acheter son livre sans garantie. J’aurais vraiment souhaité être immunisée contre le cancer pour 35 dollars.

-«Je ne fais pas de miracles!»

Il me propose plutôt de mettre toutes les chances de mon côté en suivant le plus possible les règles de vie dont il fait la promotion. Et en n’oubliant pas de m’amuser à travers tout ça.

-«Ok, d’abord...»

Pour sceller notre accord, je sors un petit flacon de vin rouge de ma bourse et je trinque avec lui. Santé mon cher!

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