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Paul Buissonneau est décédé à 87 ans

Un homme franc, courageux, et «un amoureux extraordinaire» s’éteint

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L’acteur et metteur en scène Paul Buissonneau est décédé cette nuit à l’Hôtel-Dieu de Montréal. Souffrant de diabète et d’une défaillance aux reins, l’artiste, qui aurait célébré son 88e anniversaire le jour de Noël, laisse à sa conjointe des 35 dernières années le souvenir d’un homme franc, courageux, mais surtout, «d’un amoureux extraordinaire».

«Il souffrait beaucoup», commente Mme Monique Barbeau, la conjointe de Paul Buissonneau depuis 35 ans, et son épouse depuis 2012.

«Je suis vraiment triste et contente pour lui. Il n’en pouvait plus. On est contents, tristes, contents, fâchés...», résume-t-elle.

Hospitalisé à l’Hôtel-Dieu de Montréal, Paul Buissonneau a rendu l’âme dans la nuit de samedi à dimanche.

«Il est parti comme il est arrivé ici. Tout seul. Comme un grand», partage la comédienne et humoriste Valérie Blais, proche amie du défunt.

«Il est parti après avoir mangé une super soupe d’endives, sa préférée», souligne-t-elle, émue.

Cinq petits-enfants

À 87 ans, souffrant de diabète, Paul Buissonneau vivait depuis un bon moment avec une défaillance aux reins.

«Ça a un effet sur les poumons, sur le coeur. Ils essayaient de contrôler tout ça», explique Mme Barbeau.

Paul Buissonneau laisse dans le deuil son épouse, Monique, mais aussi un fils, Martin, âgé de 56 ans, né d’une union précédente. Il a évidemment été très présent dans la vie des trois enfants de sa conjointe, tous âgés aujourd’hui entre 44 et 48 ans. Le couple prenait soin de cinq petits-enfants, âgés entre 14 et 22 ans.

La chanteuse Chloé Sainte-Marie le considérait comme son père. «Paul, pour moi, c'est comme Gilles (Carle). Au niveau amoureux, ma vie, c'est Gilles Carle. Au niveau de la scène, c'est Paul», confie Mme Sainte-Marie.

Paul Buissonneau, qu'elle a rencontré à la même époque que Gilles Carle, a signé toutes les mises en scène de ses spectacles.

«C'est lui qui m'a appris tout mon métier sur scène. Je l'ai toujours consulté pour quoi que ce soit. C'était mon conseiller de l'ombre et de la lumière.

«Il châtiait; quand il croyait en quelqu'un, Paul, il était dur, parce qu'il aimait», ajoute la chanteuse.

Comme Valérie Blais, le comédien et metteur en scène Yves Desgagnés s’était particulièrement rapproché de M. Buissonneau au cours des dernières années.

«Il était très fâché de voir que son corps avait lâché, mais pas son esprit. Son cerveau était toujours très vif», confie ce dernier.

«Il nous donnait de très, très bons conseils. Il est resté vif, très percutant, toujours très indigné par la bêtise humaine.»

Innovateur

Joints dimanche après-midi à Paris où ils ont passé la semaine, la productrice Marie-José Raymond et le cinéaste Claude Fournier étaient sous le choc en apprenant la nouvelle. M. Fournier a dirigé Paul Buissonneau dans ses films Deux femmes en or et J’en suis, tandis que Mme Raymond était une amie proche de l’homme de théâtre.

«Paul Buissonneau était un bon ami à moi depuis que j’ai 18 ans, raconte Marie-José Raymond. Quand j’ai quitté le domicile familial pour aller m’installer en appartement, ma coloc était Louise Latraverse et Paul était le copain de Louise. Il était toujours rendu chez nous. J’ai fabriqué des costumes de théâtre pour sa roulotte et j’ai joué dans une de ses pièces. Plus tard, quand j’ai eu mon fils, j’ai décidé de lui donner deux parrains, Paul Buissonneau et Pierre Bourgault.»

«Le Québec perd un grand homme de théâtre, continue Mme Raymond. Paul Buissonneau a fait des choses extrêmement innovatrices. Ce que je retiens de lui, c’est qu’il voulait à tout prix rendre le théâtre et la culture accessible. C’est pour ça qu’il a créé son théâtre ambulant La Roulotte. Il voulait aller présenter ses pièces dans les parcs pour que tout le monde puisse les voir.»

Pour Valérie Blais, le décès de Paul Buissonneau s’apparente à une délivrance pour l’artiste.

«Il était très concret ; il aimait construire des décors, des objets. Il était très manuel. Il n’était plus du tout apte à faire les choses, vers la fin de sa vie, et c’était très difficile pour lui. Il en avait assez depuis longtemps. Il était prisonnier de son corps. Je crois que, dans son cas, c’est une délivrance.»

Avec Édith Piaf

Paul Buissonneau est né à Paris en 1926, et il est devenu orphelin à l’âge de 13 ans. Il s’est joint aux Compagnons de la chanson, il est monté sur scène avec Édith Piaf, avant de déménager à Montréal.

Au cours de sa longue carrière, il a dirigé les activités du théâtre pour enfants La Roulotte et il a co-fondé le théâtre de Quat’sous. À la télévision, son nom est associé à plusieurs émissions, comme La Boîte à surprise, Picolo et Tout sur moi, son dernier rôle au petit écran. Au cinéma. Il est notamment apparu dans Deux femmes en or, La Conciergerie et Les États-Unis d’Albert.

-Avec la collaboration de Maxime Demers

 

Ce qu’ils ont dit
«
Je l’ai connu lorsque j’avais 15 ou 16 ans, à l’époque où il faisait partie des Compagnons de la chanson avec Édith Piaf. C’était immense au sein de la francophonie! Il m’a donné ma première chance sur scène en m’embauchant pour jouer un lion pour sa troupe La Roulotte. Il m’a tout appris! Sans lui, L’Osstidcho n’aurait sans doute jamais existé et je n’aurais jamais eu la carrière que j’ai aujourd’hui. [...] Il a été un mentor, pas juste pour moi, mais pour tout le milieu théâtral québécois!»
- Robert Charlebois, auteur-compositeur-interprète
«
C’était une légende dans notre milieu! Un homme doté d’une force, d’une générosité et d’un tempérament exceptionnels. Il a donné la chance à plein de jeunes acteurs, dont moi, de se produire sur la scène du Quat’Sous. [...] Il était reconnu pour son bagout, mais il avait aussi un cœur gros comme ça.»
- Pierre Curzi, acteur, scénariste et homme politique
«
C’était un talent exceptionnel, un homme d’une grande intelligence. Il était très aimé, mais aussi très craint des jeunes acteurs. Je ne sais pas s’il était conscient de ses colères. Je ne crois pas, car il se demandait pourquoi il avait mauvaise réputation! Mais c’était un talent unique, surtout lorsqu’il s’agissait de créer avec presque rien. Je suis contente que la Ville de Montréal l’ait fait citoyen d’honneur en septembre.»
- Janine Sutto, actrice
«
Montréal vient de perdre un de ses illustres citoyens. Paul Buissonneau aura marqué notre monde et contribué à l’essor culturel du Québec.»
- Denis Coderre, maire de Montréal (sur Twitter)
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