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Marcel, tu m’harcèles

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Ça vient avec le cycle des saisons. Il y a le Black Friday, le Boxing Day, la fête des Rois, la relâche, le long congé des patriotes et tout, et tout.

Puis, une fois de temps en temps, Marcel Aubut ouvre son beau manteau du comité olympique canadien pour nous agiter au visage son gros rêve hivernal.

C’est comme ça. Les feuilles poussent, puis rougissent, puis tombent. Marcel, lui, est encore là.

Rien ne peut diminuer son enthousiasme : vous auriez dû voir sa mine ravie lorsqu’il s’était présenté au caucus du Parti Québécois pour nous offrir un uniforme rouge d’équipe Canada, porté par je ne sais plus quel athlète à Sotchi. Il se trouve probablement toujours dans un placard de l'Assemblée nationale...

Faire le ménage

Trêve de plaisanterie. Y a-t-il du sérieux dans cette nouvelle intervention de Marcel Aubut pour nous dire qu’à Québec, les Jeux, on peut les vouloir encore?

Peut-être que oui, mais probablement que non.

Ça fait longtemps qu’on dit que le CIO doit d’abord faire le ménage dans sa propre cour. Avec l’orgie de dépenses de 51 milliards de Sotchi, on ne s’étonnera pas que ça fasse désormais fuir les villes candidates, comme le montre le désistement d’Oslo et de Stockholm pour 2022. L’esprit olympique est mal servi par la mégalomanie d’un homme. À méditer, mon Marcel.

Demeure quand même que les dernières intempéries ne sont qu’un autre soubresaut dans l’histoire de cette organisation qui n’en finit plus d’avoir besoin de se réformer. Il y a 15 ans, c’était pour faire face à la corruption qui avait entouré l’attribution des jeux de Salt Lake City, justement au détriment de Québec. Aujourd’hui, il s’agit de faire en sorte que les Jeux redeviennent un projet soutenable.

Ça ne règle pas tout 

Au sortir de sa participation de pas moins de quatorze (!) comités, Marcel Aubut nous explique donc que les nouvelles règles rendront de nouveau possible une candidature de Québec.

On s’entend, des Jeux tenus à Québec, ça pourrait être charmant. À condition toutefois qu’on se la joue plus « charmant petit village nordique » à la Lillehammer que « projet pharaonique pour flatter l'ego de quelqu'un  ».

Le pépin, c’est que les changements ne feront pas pousser une montagne pour la descente masculine. Aubut nous dit qu’il sera désormais possible de présenter des candidatures plus modestes, conjointement avec d’autres villes ou d’autres pays. Avec Lake Placid, par exemple, qui possède les équipements nécessaires, dont une piste de bobsleigh.

Sauf que l’idée, c’est de tenir les jeux à Québec, non? Si la moitié des épreuves se déroule à l’extérieur, il me semble qu’il y a déjà une partie importante de la proposition qui n’est pas respectée...

De la friture sur la ligne

Le plus grand obstacle à une nouvelle candidature de Québec dans l’avenir immédiat est peut-être ailleurs, du reste. On sent une certaine difficulté de sa part à se coordonner avec Régis Labeaume.

Ça fait quelques couacs médiatiques qui illustrent la volonté conjointement convoitée par les deux hommes de garder la pole dans ces dossiers. On l’a vu encore, fin-octobre. Quand Aubut nous disait de continuer de rêver, Labeaume se disait agacé. Quand Aubut parlait de retour de la LNH, Labeaume lui demandait de se taire.

C’est ce dernier enjeu qui fera foi de tout, pour l’avenir d’une éventuelle candidature de Québec. Labeaume n’est quand même pas fou : se mettre à parler olympisme tant que l’amphithéâtre n’est occupé que par une équipe junior serait un signal très mal reçu par sa base politique. De même, il sera difficile pour Québec de convaincre commanditaires et décideurs de s’intéresser à elle si on n’arrive même à y attirer la LNH.

Marcel peut bien continuer à rêver, à participer à des comités. Québec n’est pas rendue aux Olympiques. La tendance de la saison est à la LNH.