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Bordel informatique

Pas d’austérité pour les consultants privés

Ils sont presque aussi nombreux que les fonctionnaires dans les organismes québécois

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Le gouvernement du Québec continue d’entretenir une très coûteuse dépendance envers les firmes informatiques privées malgré son régime d’austérité.

Le gouvernement du Québec continue d’entretenir une très coûteuse dépendance envers les firmes informatiques privées malgré son régime d’austérité.

Grâce à des documents obtenus en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, notre Bureau d’enquête a découvert que le Québec est encore très dépendant à l’égard des firmes privées en informatique. Ainsi:

►300 consultants privés travaillent à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ);

►la majorité des ressources affectées au controversé programme SAGIR proviennent du privé.

Le vérificateur général du Québec avait d’ailleurs établi, en 2012, que 55 % des dépenses en main-d’œuvre informatique servaient à payer les firmes privées.

La firme américaine de recherche Gartner a déjà constaté, lors d’un sondage auprès de gouvernements à travers le monde, que le pourcentage des dépenses affecté au privé variait de 17 à 35 %.

Hier à aujourd’hui

Il y a 30 ans au Québec, 26 % des dépenses servaient à payer les firmes privées.

À l’époque, l’informatique coûtait 121 M$ pour les ministères et organismes. Aujourd’hui, en incluant les réseaux de la santé et de l’éducation, la facture oscille autour des 3 G$ annuellement.

Le vérificateur général a déjà aussi démontré qu’un consultant privé coûtait deux fois plus cher en tarif, qu’un employé à l’interne.

«Le recours fréquent à la sous-traitance peut entraîner, à la longue, la stagnation de l’expertise interne, voire sa perte. De plus, cette pratique risque de créer un lien de dépendances avec les fournisseurs», avait exposé le VG en 2012.


RAMQ : bar ouvert pour consultants

332 fonctionnaires / 299 consultants

Près de la moitié des ressources en informatique à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) sont des consultants privés.

Chaque année depuis au moins trois ans, près de 300 consultants privés y travaillent.

Même si ce n’était pas sa mission originelle d’assureur, la RAMQ est devenue, au fil des années, une sorte de centre de développement informatique en santé.

La RAMQ participe notamment au Dossier santé Québec, pièce maîtresse du projet d’informatisation de la santé, dont les coûts estimés ont triplé et atteindront au moins 1,6 G$ avec au moins dix ans de retard. Un «désastre», a même récemment admis le ministre Gaétan Barrette.

Ce volet informatique de la RAMQ a dépensé uniquement en 2013 près de 100 M$.

299 consultants, 332 employés

En 2014, la RAMQ comptait pas moins de 299 consultants informatiques privés, soit 39 de plus qu’en 2013. Le nombre de ressources internes (fonctionnaire) en informatique s’élève à 332. Les dix consultants privés les mieux payés coûtaient aux contribuables entre 616 et 930 $ par jour, donc un coût annuel variant entre 135 000 $ et 210 000 $.

L’organisme nous explique avoir recours au privé notamment pour «des nouveaux mandats qui apportent une surcharge ponctuelle de travail», «des expertises pointues de façon irrégulière». Concernant le coût de 930 $ par jour pour une seule personne, la RAMQ indique que cela «correspond à une ressource dont l’expertise de pointe est rare sur le marché».
 

* 2014, ressources en informatiques RAMQ, demande d’accès à l’information


SAGIR : un nid pour le privé

161 fonctionnaires / 181 consultants

La majorité des ressources qui travaille pour le gouvernement dans le projet SAGIR sont des consultants privés, et non des fonctionnaires.

Baptisé «ça chire» par des fonctionnaires, le catastrophique projet vise l’informatisation des vieux systèmes de gestion de l’ensemble des ministères et organismes. Il est passé de 83 M$ à au moins 1 G$ et on ignore dans quelle décennie le gouvernement en viendra à bout, alors qu’il devrait déjà être terminé.

La division gouvernementale responsable de SAGIR est composée de 161 fonctionnaires et 181 consultants privés.

Notre Bureau d’enquête a d’ailleurs déjà révélé que le gouvernement payait pour l’un d’entre eux 2355 $ par jour. Il a toutefois été remercié quelques jours après notre reportage.

Beaucoup plus cher

Les chiffres montrent que sur les centaines de millions dépensés dans ce projet, 147 M$ ont servi à payer les fonctionnaires comparativement à près d’un demi-milliard pour les consultants privés.

La porte-parole du Centre des services partagés du Québec (CSPQ), notamment responsable de SAGIR, mentionne que l’organisme tente «graduellement» de rapatrier des ressources à l’interne. Mais le développement de SAGIR «s’avère crucial», nous explique-t-on, et «il n’est pas possible de procéder très rapidement à la conversion des ressources externes sans mettre à risques les opérations gouvernementales».

Le CSPQ, dans son ensemble, compte sur une équipe de 1001 fonctionnaires en informatique qui coûtent 71,5 M$. Ça inclut les salaires et avantages sociaux. Mais les 324 consultants privés coûtent à eux seuls 129 M$ annuellement.

*2014, ressources informatiques DGSAGIR, demande d’accès à l’information
 

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