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L’homme du gros bon sens

Jean Béliveau
Photo d'archives Jean Béliveau aura été le plus grand coéquipier de la population québécoise de son époque.

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Comme le grand Lou Gehrig l’avait déclaré dans son ­discours d’adieu au Yankee ­Stadium en 1939, Jean Béliveau se considérait comme l’homme le plus chanceux du monde, lit-on dans son autobiographie.

Comme le grand Lou Gehrig l’avait déclaré dans son ­discours d’adieu au Yankee ­Stadium en 1939, Jean Béliveau se considérait comme l’homme le plus chanceux du monde, lit-on dans son autobiographie.

Chanceux, Jean Béliveau?

Vraiment?

Ne fait-on pas sa chance?

Jean Béliveau a su saisir la sienne.

Il avait un talent pour le hockey qu’il a exploité brillamment jusqu’au bout.

L’homme était pour ainsi dire un autodidacte. Comme bien des joueurs de son époque, il n’avait pas fait de hautes études, mais il lisait beaucoup et s’intéressait à une foule de choses.

Il avait toujours le nez plongé dans un livre durant les longs déplacements en train du Canadien. Il avait un penchant pour les biographies.

Après les entraînements au Forum, il poursuivait ses journées à la ­Brasserie Molson, où il a appris tout ce qu’il y a à savoir sur le fonctionnement d’une entreprise brassicole.

L’été, il travaillait à la succursale de la brasserie à Québec, où il a toujours été traité comme un roi.

La vérité vraie

Malgré sa renommée, Jean Béliveau n’a jamais changé. Il est resté lui-même et accessible à tout le monde jusqu’à ce que sa santé commence à décliner sérieusement.

Monsieur Béliveau doit être gêné par les éloges qui lui sont faits depuis son départ. Pourtant, il les mérite.

Sans compter que rien n’est exagéré. Absolument rien, ce qui n’est pas toujours le cas dans des moments pareils.

On a tendance parfois à idéaliser un grand personnage qui décède, mais dans le cas de Jean Béliveau, tout ce qu’on lit et entend sur lui depuis sa mort n’est que vérité, la stricte vérité.

Sa vie était basée sur un principe simple: le GROS BON SENS, comme il le disait. Ça peut paraître simpliste dans ce monde compliqué et artificiel dans lequel nous vivons. Mais si on cherche un conseil, c’est le meilleur que l’on puisse suivre.

Présence rassurante

Pour tous ceux qui l’ont côtoyé, Jean Béliveau fut un guide, un homme qui prenait le temps d’écouter tout un chacun et de rassurer son monde dans les moments difficiles.

Son ancien ailier gauche Gilles ­Tremblay, qui l’a précédé dans la mort la semaine dernière, nous a donné des exemples quand les journalistes ­voyageaient avec le Canadien.

Claude Ruel, qui avait succédé au grand Toe Blake, était particulièrement nerveux comme entraîneur.

«Lorsqu’il paniquait, Jean prenait l’équipe en mains», de nous raconter Gilles.

«Il nous disait quoi faire et on obéissait. Lui s’occupait de la rondelle.»

Par contre, Béliveau ne se voyait ­aucunement entraîneur après sa carrière de joueur. Il ne se croyait pas fait pour ce métier.

Outre Jacques Lemaire et Blake, rares sont les joueurs de renom, ­d’ailleurs, qui ont connu de belles et longues carrières derrière le banc.

Maurice Richard n’a fait que deux matchs avec la toute première édition des Nordiques avant de rentrer à Montréal. Les Coyotes de Phoenix ont raté les séries durant les quatre saisons qu’ils ont été dirigés par Wayne Gretzky.

L’ami des enfants

Jean Béliveau, lui, a continué à faire ce qu’il faisait de mieux en dehors de la patinoire après avoir raccroché ses patins.

Il consacrait une grande partie de son temps au public ainsi qu’aux enfants malades et défavorisés par l’entremise de sa fondation. Il s’est donné sans compter au public et a conforté tous les malheureux qu’il a pu.

C’est pour cette raison que, depuis trois jours, tant de gens font son ­apologie avec ferveur.

Comme Maurice Richard, son nom transcende les générations depuis huit décennies et il en sera ainsi ­encore longtemps.

Jean Béliveau n’aura pas été qu’un grand joueur d’équipe, comme il ­souhaitait qu’on se souvienne de lui. Il aura été le plus grand coéquipier de la population québécoise de son époque.


Le cycle de la vie. . .

Les enfants des premières ­années de la télévision ont vu un grand pan de leur jeunesse s’envoler depuis le début de l’automne.

Ça a commencé avec le décès de Gilles Latulippe, dernier comédien du burlesque québécois.

La semaine dernière, Gilles ­Tremblay rendait l’âme après s’être battu, lui aussi, contre la maladie durant de nombreuses années.

Dimanche dernier, Paul Buissonneau, notre cher Piccolo qui a formé plusieurs artistes québécois, décédait.

Lundi, c’était Muriel Millard, la reine du music-hall et des cabarets montréalais dans les années 1940 et 1950.

Mardi soir, c’était Jean Béliveau.

Ça nous rappelle, une fois de plus, que le temps file et que personne n’est immortel.

Rencontres mémorables

Durant la finale de la Coupe ­Stanley de 2007 entre les Sénateurs d’Ottawa et les Ducks d’Anaheim, la LNH avait rendu hommage aux survivants des cinq conquêtes consécutives de la coupe Stanley remportées par le Canadien, entre les saisons 1955-1956 et 1959-1960.

Il restait la moitié des 12 joueurs qui faisaient partie de ce groupe, en l’occurrence Jean Béliveau, Dickie Moore, Henri Richard, Jean-Guy Talbot, Tom Johnson et Don Marshall.

Aujourd’hui, ils ne sont plus que quatre, soit Moore, Richard, Talbot et Marshall. Béliveau et Johnson sont allés rejoindre avec le grand club le Rocket, Jacques Plante, Doug Harvey, Bernard Geoffrion, Claude Provost et Bob Turner.

En 1984, j’avais réalisé des entrevues avec plusieurs d’entre eux dans le cadre des fêtes du 75e anniversaire du Canadien.

Lors de cette réunion à Ottawa, on nous avait remis les photos des cinq éditions championnes du Canadien. Je les ai fait monter dans un cadre qui est accroché dans mon bureau à la maison.

J’étais trop jeune pour avoir connu ces équipes, mais j’ai pu suivre plusieurs joueurs ayant fait partie de ces formations dans les années 1960. Puis, j’en ai interviewé un bon nombre comme journaliste.

Dans tous les cas, ces hommes ont fait montre de simplicité, de courtoisie et de générosité. Ce qu’ils en avaient à raconter!

On pouvait sentir qu’ils étaient contents qu’on se souvienne d’eux.

 

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