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Un cadeau empoisonné !

Exaspérée, elle 
ouvre le pot et 
ordonne que j’y
trempe mon doigt 
pour y goûter.
illustration johanna reynaud Exaspérée, elle ouvre le pot et ordonne que j’y trempe mon doigt pour y goûter.

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-«Ohhh merci! C’est vraiment trop gentil!»

-«Ohhh merci! C’est vraiment trop gentil!»

Je suis toujours touchée par les attentions que me portent certaines lectrices. Celle-ci vient de m’offrir un super beau bracelet lilas et blanc...fabriqué à la main en plus!

En cette première journée du Salon du livre, c’est le troisième cadeau qu’on me donne. Tout d’abord un stylo en forme de chien, un pot de caramel à la fleur de sel, puis ce petit bijou. Vraiment trop gâtée!

Je préfère de loin mes présents à ceux que reçoit Collègue Sanguinolent. Je suis passée à son kiosque tout à l’heure, question de vérifier qui était cette grande blonde scotchée là depuis de longues minutes.

Quand j’ai constaté qu’elle était beaucoup trop pétard, je l’ai fait fuir en me faisant passer pour une journaliste qui avait un rendez-vous avec le célèbre auteur d’histoires d’horreur. J’en ai profité pour lui souffler à l’oreille le numéro de ma chambre d’hôtel et lui dire que je l’attendais pour l’apéro.

Petit Dracula

Je me suis ensuite écartée pour laisser la place à un fan qui avait une allure pour le moins bizarre. Comme s’il était déguisé en vampire: grande cape noire, veste rouge et poudre blanche sur le visage. Un genre de petit Dracula, mais plus ridicule que dangereux.

Il s’est pointé au stand de mon amant avec une boîte de carton rectangulaire. Il l’a déposée sur la table et a soufflé dessus pour enlever la poussière, qui était en fait de la terre! Oh My God...La boîte avait été enterrée!

Pendant un instant, j’ai cru qu’il s’agissait d’un cercueil et tout ce que j’espérais, c’est qu’il n’y ait pas de cadavres à l’intérieur. Le vampire en herbe a sorti des objets un à un, pour les placer solennellement devant son auteur préféré.

Un toutou d’ours ensanglanté, un collier en métal avec des breloques de têtes de mort, une médaille qu’il a présentée comme un talisman et un vieux carnet noirci de notes étranges...De quoi donner des frissons dans le dos.

-«J’espère que ça va t’inspirer pour ton prochain roman» a expliqué le lecteur.

Sincèrement, je ne vois pas en quoi ces trucs dégueulasses pourraient lui donner des idées, mais Collègue Sanguinolent ne l’a pas envoyé promener comme moi je l’aurais fait. Il l’a plutôt poliment remercié et il a même dédicacé le livre tâché de noir qu’il traînait dans son sac. Beurk!

Univers rose bonbon

Mon univers rose bonbon me convient beaucoup mieux. Moi, mes admiratrices ne me donnent pas envie de vomir. Elles sont toujours charmantes...ou presque!

-«Tu l’essaies pas?»

La voix de ma lectrice me tire de mes pensées. Elle me désigne du doigt son cadeau, que je m’empresse d’attacher à mon poignet.

-«Wow! C’est super beau!»

Satisfaite, elle s’éloigne et je publie une photo sur Facebook pour lui rendre hommage. On y voit ma main, le bracelet bien en évidence, en train de signer un livre. Une pierre deux coups, puisque j’ai aussi pu remercier mon autre fan. Celle du crayon en forme de chien, que j’ai utilisé pour ma dédicace. Une bonne chose de faite!

Les minutes passent tranquillement et je commence à avoir hâte que ma séance se termine pour me retrouver dans les bras de Collègue Sanguinolent. En souhaitant qu’il ne se pointe pas à ma chambre avec les objets maléfiques qu’il a reçus.

-«Pis mon cadeau, lui?»

Alarmée, je regarde à ma gauche et je vois la femme qui m’a offert un pot de caramel un peu plus tôt venir vers moi. Oh là, là, c’est qu’elle semble vraiment furieuse.

-«Vous le mettez pas sur Facebook?»

Oups...Je lui présente mes excuses, je sors son présent de ma bourse et je le photographie. Comme ça, plus de jalousie! Alors que je m’apprête à rendre l’image publique, elle met son désaccord. Grrrr....À quoi on joue là?

-«Je veux que tu fasses pareil comme pour les autres.»

Hein? En fait, elle exige que je m’en serve. D’accord, mais comment? C’est un pot de caramel et je n’ai pas de rôties à portée de main. Ni même une cuiller.

Exaspérée, elle ouvre le pot et ordonne que j’y trempe mon doigt pour y goûter. Un peu intense. Mais bon, allons-y! Je m’exécute et elle prend une photo qu’elle publie ensuite sur son mur Facebook. Elle me la montre et... Non, non, non! Ce n’est pas vrai! L’index enfoncé dans la bouche, j’ai l’air de sucer mon doigt. Belle image, la romancière! C’est bien la dernière fois que je me laisse manipuler par une lectrice.

 

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