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Croire ou non au père Noël

père Noël
illustration benoit tardif, colagene.com

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Zoé qui vient d’avoir huit ans, insiste auprès de sa mère pour qu’elle lui confirme que le père Noël n’existe pas alors que son petit frère de cinq ans se fâche contre elle, car il y croit fermement. Quant à Julie, mère d’une petite fille d’un an, se demande si elle doit faire croire à sa fille que ce personnage et ses lutins existent puisqu’elle se rappelle comment elle avait eu l’impression d’avoir été trahie par ses parents pour cette même histoire. Que faire?

Zoé qui vient d’avoir huit ans, insiste auprès de sa mère pour qu’elle lui confirme que le père Noël n’existe pas alors que son petit frère de cinq ans se fâche contre elle, car il y croit fermement. Quant à Julie, mère d’une petite fille d’un an, se demande si elle doit faire croire à sa fille que ce personnage et ses lutins existent puisqu’elle se rappelle comment elle avait eu l’impression d’avoir été trahie par ses parents pour cette même histoire. Que faire?

Remettons en contexte: croire au père Noël c’est beaucoup plus qu’un doux mensonge. C’est encourager l’enfant à croire à un mythe, à participer à un rituel social, à une histoire qui fait partie de notre société.

À voir la folie des lutins ces dernières années, on voit bien que c’est plus qu’une simple histoire inventée, ça semble répondre à un besoin.

Peut-être est-ce le besoin de magie, de fantaisies, d’imaginaire pour sortir du quotidien parfois ennuyeux.

C’est un peu ce à quoi répond le développement de l’imaginaire; il permet de composer avec la réalité plus ou moins plaisante, de l’aménager en pensée au goût du jour.

Prenons les adultes comme exemple: l’hiver bien installé, après quelques tempêtes à déneiger et le froid qui persiste, plusieurs se mettent à imaginer un voyage bien au chaud dans le Sud ou encore imaginent les prochaines vacances.

C’est ce que vit l’enfant; son imaginaire vient l’aider à composer avec la réalité (contraintes du quotidien, obligations, interdictions).

Fantaisies de l’imaginaire

Le père Noël, ses lutins, les rennes et tout ce qui entoure l’histoire de Noël, font partie des fantaisies et nourrissent l’imaginaire des enfants.

Entre deux ans et demi et sept ou huit ans, l’enfant est dans la pensée magique, imagine plein de scénarios, s’invente des histoires: jeux de dragons, de princesses, de policiers, de voitures accidentées, d’hôpital, de sorcières, de loups, etc. Il est important pour le développement de l’enfant, pour son adaptation à la vie et aux difficultés qu’elle renferme, de stimuler son imaginaire.

Ce qui ne veut pas dire que les parents doivent inventer tout plein de scénarios pour l’enfant, mais il peut stimuler son imaginaire en lui demandant ce qu’il imagine.

Si l’enfant pose des questions du genre «comment le père Noël passe par la cheminée?» ou «comment il fait pour entrer alors qu’on n’a pas de cheminée?», le parent peut simplement lui répondre: «Qu’est-ce que tu imagines toi?». Puis encourager les réponses imaginées par l’enfant: «C’est intéressant ton idée, je n’avais pas pensé à ça...»

Le rôle des parents

Appartient-il alors aux parents de détruire ce mythe auprès de l’enfant avant qu’il ne l’apprenne par d’autres?

Plutôt que de décider pour l’enfant quand il est prêt ou pas, il est préférable de l’accompagner là où il est rendu. De toute façon, si l’enfant n’est pas prêt à être confronté à cette réalité, il se trouvera plein d’arguments pour justifier sa croyance. Le processus se fera naturellement, car petit à petit, l’enfant entendra des choses qui vont ébranler ses croyances, mais il gardera ce qu’il sera prêt à prendre et à «digérer».

Par contre, lorsque l’enfant demande aux parents avec insistance: «Maman, papa, dites-moi la vérité! Je sais que le père Noël n’existe pas pour vrai à cause de...»

À ce moment, ça ne sert à rien de continuer à faire semblant puisque l’enfant ne veut plus jouer. Il vaut mieux garder le lien de confiance et dire à l’enfant qu’il est rendu assez grand pour réaliser que c’est une belle histoire, qui nous permet de fêter ensemble, de donner, et que le «vrai père Noël» existe dans notre cœur d’enfant. L’enfant vivra alors une déception, un deuil certes, mais à la hauteur de ce qu’il sera capable de vivre. Il se peut aussi que la réaction de l’enfant soit forte en colère ou en larmes. Dès lors, le parent accompagnera son enfant en nommant sa déception puis en axant sur le fait que ça continue d’exister dans notre tête et dans notre cœur, par les souvenirs vécus qui sont inscrits pour toujours.

Puis, on invite l’enfant à faire ce que la plupart des autres enfants de son âge font avec cette féerie de Noël, tout comme les adultes et les parents: la perpétuer auprès des plus petits que soi!

Rappelons-nous que nos idées se rapportant à Noël sont passées du père Noël et ses lutins à l’esprit de générosité, du plaisir de recevoir des cadeaux à celles, toutes simples, de donner aux autres.


Nathalie Parent est psychologue. Elle a écrit La famille et les parents d’aujourd’hui. La communication entre parents et enfants.